Démystifier l’école à la maison

CHRONIQUE / Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a récemment déposé un nouveau projet de règlement visant à encadrer plus strictement les familles qui font l’école à la maison. De son propre aveu, le ministre souhaite s’assurer que le droit à l’éducation de chaque enfant est respecté, et plus particulièrement celui des enfants qui fréquentent des écoles religieuses illégales. L’objectif est noble, mais la mesure risque malheureusement d’être assez peu efficace, en plus de nuire à l’ensemble des familles qui font l’école à la maison. En effet, en resserrant les règles autour de l’école à la maison, le ministre s’attaque directement à la liberté éducative de ces familles, et ce, sans motif raisonnable.

D’après les dernières estimations, il y aurait près de 5000 enfants scolarisés à la maison au Québec. Et pour diverses raisons, dont je vais vous épargner l’analyse aujourd’hui, le phénomène serait en pleine croissance. Quoi qu’il en soit, l’école à la maison demeure une réalité méconnue et très critiquée. Le ministre Roberge lui-même ne semble pas vraiment affectionner cette option éducative. Nous verrons cependant que la plupart des critiques dont elle est l’objet ne reposent que sur des préjugés et des idées reçues.

Par exemple, bien des gens croient, à tort, que ce sont surtout des motifs religieux qui poussent les familles à choisir l’école à la maison. Ils ont ensuite peur que les enfants scolarisés à la maison soient en fait victimes d’une forme quelconque d’endoctrinement. Pourtant, l’ensemble des recherches effectuées sur le sujet démontre que ce n’est pas le cas. En réalité, ce sont plutôt des motifs de nature pédagogique (besoins particuliers, programmes sur mesure, etc.) qui constituent la principale motivation de ces familles.

Il est par ailleurs assez commun de penser que les enfants qui font l’école à la maison doivent souffrir d’isolement, qu’ils ne sont pas suffisamment socialisés. Ici encore, les études démontrent que c’est faux. Certes, les enfants scolarisés à la maison ne sont pas socialisés exactement de la même façon que ceux qui vont à l’école, mais ils ne souffrent aucunement de cette différence. Au contraire, on note même que, de manière générale, ces enfants adoptent plus spontanément des comportements prosociaux (tolérance, bienveillance, etc.) et qu’à l’âge adulte, ils sont plus engagés dans leur communauté – par le biais du bénévolat, par exemple. Considérant ce qu’en dit la recherche, comment expliquer les réactions très négatives que suscite le plus souvent l’école à la maison ? Et comment expliquer que le ministre Roberge tienne tant à « resserrer la vis » aux parents-éducateurs et à rompre avec un modèle qui a pourtant fait ses preuves ? Il n’y a probablement pas de réponse simple à ces questions, mais comme je l’ai mentionné précédemment, l’école à la maison demeure un phénomène assez marginal, donc entouré d’une aura de mystère. Les médias en parlent d’ailleurs assez peu, sauf lorsque vient le temps d’évoquer les rares cas d’abus – lesquels sont généralement liés à la religion.

L’hypothèse la plus simple serait donc que l’école à la maison fait peur, qu’elle suscite la méfiance. Qui plus est, puisqu’il s’agit d’un choix « antisystème », l’école à la maison dérange, car elle remet en question les évidences. En effet, dans l’esprit de la plupart des gens, l’école n’est pas une option, mais une obligation. Et il en va de même du programme et des examens que le ministre Roberge cherche justement à imposer aux familles-éducatrices. Tout cela semble aller de soi, mais dans les faits, il existe une multitude d’autres façons d’éduquer et d’évaluer les enfants.

Il y a donc tout un travail à faire afin de démystifier l’école à la maison auprès des élus et du grand public. Un travail à faire afin de faire reconnaître l’exemplarité du travail effectué par la plupart des parents-éducateurs. Et plus largement, un travail à faire afin de valoriser la liberté éducative et la diversité pédagogique. Car si tous les chemins mènent à Rome, comme on dit, il n’y a aucune bonne raison de penser que l’école soit la seule voie qui mène au succès.