Chroniques

Trump: de l’indignation à la réflexion

CHRONIQUE / Il y a quelques jours encore, le président américain Donald Trump a lancé de virulentes attaques à l’endroit de certaines élues démocrates, allant même jusqu’à leur suggérer de retourner d’où elles viennent. Bien qu’il n’ait cité aucun nom, on se doute bien qu’il faisait référence à des femmes comme Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar et Rashida Tlaib. Outre la grossièreté de ses propos (et c’est un euphémisme!), il est par ailleurs difficile de ne pas être choqué par la méconnaissance dont le président Trump fait preuve à l’égard de l’histoire de son propre pays.

À l’instar de la plupart des autres grandes démocraties occidentales, les États-Unis se sont construits sur l’immigration et sur des valeurs comme l’ouverture et la tolérance – même si, dans les faits, ces dernières ont souvent été mises à mal, notamment en raison de l’esclavage et de la ségrégation raciale. En ce sens, qu’un président américain se permette de tenir ouvertement un tel discours est non seulement préoccupant, mais représente un net recul. Et cela dénote surtout un profond malaise dans la culture politique américaine.

Chroniques

Des verts pragmatiques

CHRONIQUE / Dernièrement, la chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, a généré un mélange de surprise et d’indignation en adoptant une position relativement favorable aux sables bitumineux de l’Alberta. En effet, Mme May a affirmé que, puisque le Canada avait toujours besoin des hydrocarbures (le pétrole et le gaz naturel) pour fabriquer certains produits et pour satisfaire ses besoins énergétiques, il valait mieux « consommer local » que de dépendre des importations de pétrole étranger. Par ailleurs, elle prône une transition juste et réaliste vers les énergies vertes, sachant très bien que cela ne pourra pas se faire du jour au lendemain.

Il n’en fallait évidemment pas plus pour qu’elle soit taxée d’hypocrisie, voire de trahison, par certains militants écologistes. Et c’est sans aucun doute le même sort qui attend l’activiste Steven Guilbeault, qui vient tout juste de faire le saut en politique sous la bannière libérale. Certes, il peut sembler ironique que l’ancien directeur d’Équiterre s’engage en politique dans une formation qui, récemment encore, a donné le feu vert à l’expansion du pipeline Trans Mountain, mais il n’en demeure pas moins qu’il faudrait être de mauvaise foi pour prétendre que monsieur Guilbeault – tout comme madame May – n’est pas un écologiste sincère et convaincu.

Sébastien Lévesque

Christianisme et féminisme

CHRONIQUE / Dernièrement, j’ai écouté le film «Marie Madeleine», de Garth Davis, mettant en vedette Rooney Mara dans le rôle-titre, ainsi que Joaquin Pheonix dans le rôle de Jésus. Le film est assez peu orthodoxe, proposant une lecture féministe du personnage de Marie Madeleine en se basant à la fois sur la Bible et sur des sources apocryphes. Je suppose qu’il faut donc prendre tout cela avec un gros grain de sel, mais il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un film intéressant, en phase avec notre époque.

Personnellement, je ne suis ni chrétien, ni une femme, il pourrait donc apparaître étrange que je m’intéresse autant à la relation entre le christianisme et le féminisme. 

Seulement, si l’on considère l’impact qu’a eu le christianisme sur notre civilisation, ce serait fou de ne pas s’y intéresser, ne serait-ce que pour mieux comprendre qui nous sommes et d’où nous venons. 

La question de la place de la femme dans la société, par exemple, est intimement liée au traitement réservé aux femmes dans l’histoire du christianisme. 

Et c’est sur ce point que le film de Davis est intéressant, car il propose de faire de Marie Madeleine une icône du féminisme, et qui plus est une figure centrale du christianisme naissant.

Chroniques

La mort, source de vie

CHRONIQUE / « C’est beau la mort, c’est plein de vie dedans », chantait Félix Leclerc. Il ne croyait pas si bien dire, mais cette idée n’en est pas moins difficile à appréhender – et surtout à accepter – pour la plupart d’entre nous. Le fait est que parler de la mort n’est pas chose aisée. C’est un sujet tabou, en quelque sorte. Cela s’explique par le fait que, pour nous, la mort est le plus souvent associée à la souffrance et au chagrin. Mais pourtant, la mort fait partie de la vie, comme on dit. Elle est même notre seule certitude, dit-on parfois. Alors, pourquoi la mort nous fait-elle si peur ?

De manière générale, je dirais que si nous redoutons autant la mort, c’est qu’elle est entourée de mystère et que nous n’y sommes pas bien préparés. Ainsi, si « philosopher, c’est apprendre à mourir », comme disait Montaigne, force est de constater que nous manquons cruellement de philosophie. Cela dit, je pense que le problème de la mort est avant tout une affaire de perspective. J’entends par là que si la mort nous apparaît aussi redoutable, c’est que nous n’arrivons pas à comprendre et à apprécier son rôle dans la nature. Et pourtant, nous verrons que la mort est non seulement un passage obligé, mais aussi un bienfait – d’un certain point de vue, du moins.

Chronique

L’appel de la forêt

CHRONIQUE / Vous connaissez probablement tous ce classique de la littérature américaine. L’appel de la forêt, de Jack London, raconte l’histoire de Buck, un chien domestique qui, après avoir été confronté aux pièges et à la rudesse du territoire du Yukon, revient à ses instincts naturels et devient chef de meute. Pour nous, humains, le livre soulève certaines questions importantes, notamment celle de notre rapport à la nature.

Pour peu qu’on sache lire entre les lignes, le parti pris de London en faveur de « l’état de nature » est assez évident dans ce livre. Un peu comme Jean-Jacques Rousseau avant lui, l’auteur y défend la thèse d’une supériorité de la nature sur l’homme. Plus précisément, il convient à l’homme comme à n’importe quel animal de découvrir sa vraie nature et de s’y conformer. Cela ne signifie pas qu’il faille chercher à vivre une vie plus facile, bien au contraire, mais une vie plus vraie, plus authentique.

Opinions

Le combat de Nathan

CHRONIQUE / Peut-être en avez-vous déjà entendu parler. Nathan Choinière, un ancien élève de l’école secondaire du Verbe Divin, à Granby, s’est vu refuser le droit de se présenter en robe à son bal de finissants. Un an plus tard, il a décidé de publier une vidéo sur Facebook pour se « vider le cœur », mais aussi, et surtout, pour faire valoir les droits des membres de la communauté LGBTQ2+. Et je crois que son message mérite vraiment qu’on s’y attarde.

Pour tout dire, si je vous en parle aujourd’hui, c’est non seulement parce que cette histoire m’a touché, mais également parce que je connais Nathan. En effet, ce dernier étudie maintenant au Cégep de Jonquière et il a été un de mes étudiants l’an dernier. Je vous le dis par souci de transparence, mais aussi parce que j’ai moi-même été « confronté » à son style peu conventionnel. Enfin, confronté est un bien grand mot, car il n’y a dans les faits rien de bien dérangeant dans le style et l’attitude de Nathan, si ce n’est qu’il se démarque du lot par son originalité. Mais cela suffit évidemment à importuner certaines personnes à l’esprit un peu plus étroit.

Chroniques

Avortement: le débat impossible

CHRONIQUE / On ne l’avait pas vraiment vu venir, celle-là, mais avec ce qui se passe aux États-Unis en ce moment, la question de l’avortement est revenue hanter le débat public au Québec et au Canada. En guise de réaction, nos gouvernements ont adopté des motions visant à réaffirmer le droit des femmes à disposer de leur corps. Tous les partis politiques ont applaudi, sauf les conservateurs. Comment interpréter ce refus ? Serait-ce que les conservateurs souhaitent rouvrir le débat sur l’avortement s’ils sont élus ?

Je ne suis pas dans le secret des dieux, je ne vais donc pas spéculer sur les intentions réelles ou cachées des conservateurs. Par contre, je note qu’ils sont les seuls à ne pas soutenir inconditionnellement le droit à l’avortement, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Qu’on me comprenne bien, je n’ai pas dit que j’étais contre l’avortement, mais il m’apparaît néanmoins sain qu’une question aussi complexe et délicate que celle-là ne soit pas assujettie à une unanimité béate et simpliste. Bref, je trouve ça sain qu’on puisse en débattre.

Sébastien Lévesque

Le bonheur en famille

CHRONIQUE / La semaine dernière, j’ai lu avec intérêt la chronique de Marie-Ève Lambert, ma collègue de La Voix de l’Est. Elle y abordait l’épineuse question du bonheur parental, et plus particulièrement de la pénalité de bonheur parental. Selon plusieurs études, en effet, les parents seraient généralement moins heureux que les non-parents. Pourquoi ? En gros, parce que les enfants génèrent du stress, de la frustration et de l’inquiétude.

Je ne sais pas vous, mais pour ma part, je ne suis aucunement surpris par le résultat de ces études. Non pas que je pense que les enfants nuisent réellement au bonheur, mais parce que je crois que nous nous trompons sur la véritable nature du bonheur. De manière générale, notre société tend à nous faire croire que le bonheur réside dans l’accumulation des plaisirs intenses et immédiats ainsi que dans la réussite individuelle. Dans ces conditions, il ne fait aucun doute que les enfants constituent une entrave au bonheur, car ils entrent forcément en contradiction avec nos attentes et nos aspirations individuelles.

Le problème, c’est que l’individualisme et le narcissisme sont devenus les bases de notre société. Le bonheur y est perçu comme un bien de plus à s’approprier, un peu comme toutes ces bébelles qu’on achète chez IKEA ou au Costco pour combler le vide de notre existence. Le bonheur est devenu une marchandise, une course, une compétition. On ne compte d’ailleurs plus le nombre de livres et de conférences de « coachs de vie » qui nous promettent la recette du bonheur, mais surtout un moyen simple et rapide pour y parvenir. Pas l’temps d’niaiser, comme on dit !

Dans le registre familial, ce mal prend la forme de ce que j’appelle le « couple-jouisseur ». Le couple-jouisseur, c’est ce couple qui n’en est pas vraiment un. Ce couple qui n’est que l’addition des deux individus qui le composent et l’extension naturelle de l’individualisme narcissique qui caractérise notre époque. Ce modèle n’existe d’ailleurs que dans l’objectif d’accroître le plaisir et les opportunités de l’individu. Le couple et la famille n’y sont rien de plus que des « ingrédients » du bonheur standardisé à la sauce moderne.

Mais la désillusion ne tarde pas à venir, car il apparaît de plus en plus évident que le bonheur qu’on tente de nous vendre est factice et que les standards qu’on nous demande d’atteindre sont irréalistes. Surtout chez les femmes, pour qui le prix à payer s’avère particulièrement élevé. Mais à qui la faute ? En fait, tout indique que nous sommes en partie les artisans de notre propre malheur. D’abord, nous nous laissons entraîner dans cette spirale ridicule de « succès » et de confort matériel, puis nous recherchons une reconnaissance superficielle de la part d’une société tout aussi superficielle.

Selon moi, il faut changer nos attentes et nos aspirations, et surtout le regard que nous portons sur le couple et la famille. Car pour peu qu’on accepte l’idée que le bonheur ne se trouve pas nécessairement dans l’accumulation des plaisirs et dans la réussite matérielle et individuelle, les enfants n’apparaissent plus comme un obstacle. En réalité, le bonheur est davantage une entreprise collective dont la famille s’avère l’un des lieux privilégiés. Certes, celle-ci vient avec son lot de stress, de frustrations et d’inquiétudes, mais ce sont ces « épreuves » qui forgent notre caractère et nous aident à devenir de meilleures personnes.

À travers le couple et la famille, nous apprenons – en principe – à faire des compromis et des sacrifices. Nous apprenons le sens et la valeur du dévouement. Aussi, être parent nous confronte à nos propres limites et imperfections. Bref, nous apprenons à dépasser notre individualité pour embrasser un projet plus grand que nous. Ce n’est pas toujours facile, évidemment, mais humainement enrichissant.

Ainsi conçu, le bonheur en famille a donc quelque chose de subversif, car il appelle au renversement des valeurs de notre époque. La famille nous ouvre alors sur un bonheur profond et durable dont nous ne pouvons prendre la pleine mesure qu’avec les années. Cela s’appelle le sentiment du devoir accompli.

À LIRE AUSSI: La pénalité de bonheur parental - La chronique de Marie-Ève Lambert

Sébastien Lévesque

Le cerveau qui croit

CHRONIQUE / « Le mot “Dieu” n’est pour moi rien d’autre que l’expression et le produit de la faiblesse humaine, la Bible est une collection de légendes honorables, mais toujours purement primitives et néanmoins assez puériles. Aucune interprétation, aussi subtile soit-elle, ne pourra me faire changer d’avis », a écrit le physicien théoricien Albert Einstein dans une lettre au philosophe juif allemand Erik Gutkind.

Bien qu’on ait souvent tenté de le faire passer pour un croyant, Albert Einstein était en réalité un athée convaincu. Il n’était d’ailleurs pas toujours tendre à l’égard des croyants, comme en fait foi la citation ci-haut.

Sébastien Lévesque

Des républicains?

CHRONIQUE / C’est un sujet assez peu discuté de nos jours, mais la question de l’héritage des Patriotes de 1837-1838 a toujours été sujette à de nombreuses interprétations. Dans un ouvrage paru en 2014, le philosophe et politologue Danic Parenteau a pour sa part soutenu l’idée selon laquelle les Patriotes seraient à l’origine d’une pratique sociale d’inspiration républicaine qui, depuis lors, se serait fortement enracinée dans l’imaginaire collectif québécois. En ce sens, les Québécois seraient donc des républicains qui s’ignorent, car il faut bien admettre que le concept de républicanisme demeure à ce jour largement méconnu du grand public.

Dans son Précis républicain à l’usage des Québécois, Parenteau nous invite d’ailleurs à distinguer le républicanisme en tant que régime politique du républicanisme en tant que pratique sociale. Car si le premier a la particularité de rejeter la monarchie et les privilèges anciens, le second tend plutôt à s’opposer au libéralisme politique. Ce point est important, car c’est sur la base de cette opposition que notre auteur entend expliquer en quoi et pourquoi le multiculturalisme canadien et les accommodements religieux ne passent pas au Québec. À ses yeux, c’est clair, si les Québécois n’adhèrent pas à ce libéralisme anglo-saxon, c’est parce qu’ils possèdent une « sensibilité républicaine » héritée de la pensée des Patriotes.

Sébastien Lévesque

Faire souffrir « pour le fun »

CHRONIQUE / Dernièrement, la direction du Festival du cochon de Sainte-Perpétue, au Centre-du-Québec, a annoncé qu’elle mettait fin à la traditionnelle course au cochon graissé, une épreuve jugée cruelle par des groupes de défense des animaux. Par ailleurs, vous avez probablement entendu parler de cet enfant qui a été mordu par un zèbre lors du Salon des animaux exotiques qui s’est tenu à Chicoutimi en avril dernier. Évidemment, loin de moi l’idée de banaliser cet incident, mais je crois cependant qu’il s’agit d’une belle occasion de nous questionner sur le sort réservé aux animaux lors de ce type d’événement.

Aujourd’hui encore, de nombreux événements dans la région et partout au Québec offrent une programmation dans laquelle on retrouve diverses activités qui mettent en scène des animaux. Que ce soit lors des expositions agricoles ou des festivals western, plusieurs de ces activités – notamment le rodéo – sont fondées sur la violence, le stress et la peur. N’ayons pas peur des mots, il s’agit ni plus ni moins d’une forme de cruauté et de maltraitance envers ces animaux et je peine à comprendre comment une société comme la nôtre peut encore tolérer de telles pratiques, si ce n’est par ignorance ou par méchanceté pure et simple.

Chroniques

Un tramway nommé philo

CHRONIQUE / Que préféreriez-vous si l’on vous donnait le choix entre une vie réelle remplie de souffrances ou une vie virtuelle exempte de toute souffrance ? Dans une situation d’urgence, devons-nous vraiment sauver les femmes et les enfants d’abord ? Et si nous le pouvions, serait-il moralement justifié de remonter le temps pour tuer Adolf Hitler alors qu’il n’était encore qu’un bébé ? Ce n’est là qu’un bref échantillon des questions auxquelles certains chercheurs tentent de répondre par le biais de la philosophie expérimentale.

Dans l’esprit de la plupart des gens, la philosophie se présente comme une activité hautement spéculative et abstraite, au point où l’expression « philosophie expérimentale » peut sembler contradictoire. Il est vrai que la tradition philosophique s’est construite sur une méthode qui repose principalement sur la justification a priori, mais l’intérêt de la philosophie expérimentale relève précisément du fait qu’elle mise sur les connaissances empiriques.

Sébastien Lévesque

Ce pays qui n'est pas le nôtre

CHRONIQUE / « Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement. » — Robert Bourassa, 22 juin 1990

Vous vous souvenez du 27 octobre 1995 ? C’était trois jours avant le référendum sur la souveraineté et des dizaines de milliers de Canadiens étaient venus des quatre coins du pays pour démontrer leur volonté de conserver le Québec au sein du Canada. C’était le fameux « love-in ». Les Canadiens venaient soudainement de se découvrir un amour et un attachement pour le Québec, et ce, après plus d’une décennie de querelles constitutionnelles à travers lesquelles le Québec n’a récolté que du mépris et de la déception.

Sébastien Lévesque

Peut-on croire en Dieu?

CHRONIQUE / « Ne suffit-il pas de voir qu’un jardin est beau, sans qu’il faille aussi croire à la présence de fées au fond de ce jardin ? » - Richard Dawkins

Peut-on croire en Dieu ? Aux premiers abords, la question peut sembler étrange tellement la réponse apparaît évidente. Un peu partout dans le monde, des milliards de personnes y croient, donc bien sûr que nous pouvons croire en Dieu. Mais la vraie question est peut-être la suivante : est-il raisonnable de croire en Dieu ? Et a-t-on besoin de cette croyance pour bien vivre ? Considérant la place centrale que Dieu occupe dans la vie de nombreuses personnes, la question mérite qu’on s’y attarde.

Sébastien Lévesque

Laïcité : prenez votre gaz égal!

CHRONIQUE / ​La laïcité, encore. Cela fait maintenant plus de 10 ans que les Québécois s’entredéchirent sur cette question, ce qui devient un peu lassant à la longue. Je m’étais donc promis de ne plus en parler, mais les événements en ont décidé autrement. Mais que pourrais-je ajouter qui n’a pas déjà été dit ? Cette fois, j’ai décidé de ne pas me positionner à proprement parler sur le projet de loi 21, mais de procéder à quelques mises en garde à l’attention de celles et ceux qui s’engageront dans ce débat, et ce, afin d’éviter les dérapages habituels. Trop peu trop tard, me direz-vous.

Vous vous souvenez du sketch Le 4e Reich, de RBO ? On y décrit un Québec ayant sombré dans le totalitarisme et prenant pour cible sa minorité anglophone, laquelle doit subir de violentes tentatives d’assimilation de la part de la majorité francophone. Les anglophones y sont placés dans des camps de concentration et en sont réduits à devoir écouter de la musique francophone (du Michel Louvain, si ma mémoire est bonne) en mangeant de la poutine et du pâté chinois. L’horreur, quoi ! Il s’agit d’une satire, évidemment, mais ce sketch exprime tout de même assez bien le climat de défiance qui régnait dans le Québec des années 80, une époque marquée par les débats entourant l’application de la loi 101.

Sébastien Lévesque

Démystifier l’école à la maison

CHRONIQUE / Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a récemment déposé un nouveau projet de règlement visant à encadrer plus strictement les familles qui font l’école à la maison. De son propre aveu, le ministre souhaite s’assurer que le droit à l’éducation de chaque enfant est respecté, et plus particulièrement celui des enfants qui fréquentent des écoles religieuses illégales. L’objectif est noble, mais la mesure risque malheureusement d’être assez peu efficace, en plus de nuire à l’ensemble des familles qui font l’école à la maison. En effet, en resserrant les règles autour de l’école à la maison, le ministre s’attaque directement à la liberté éducative de ces familles, et ce, sans motif raisonnable.

D’après les dernières estimations, il y aurait près de 5000 enfants scolarisés à la maison au Québec. Et pour diverses raisons, dont je vais vous épargner l’analyse aujourd’hui, le phénomène serait en pleine croissance. Quoi qu’il en soit, l’école à la maison demeure une réalité méconnue et très critiquée. Le ministre Roberge lui-même ne semble pas vraiment affectionner cette option éducative. Nous verrons cependant que la plupart des critiques dont elle est l’objet ne reposent que sur des préjugés et des idées reçues.

Sébastien Lévesque

Pédagogie du poisson

CHRONIQUE / C’était un 1er avril. Je me lève et, comme tous les matins, je me lance vers la machine à café pour me préparer un espresso double – car il faut ce qu’il faut, comme on dit. Je ne suis pas encore tout à fait réveillé et j’ai l’esprit légèrement embrouillé lorsque je tombe sur LA nouvelle du jour : les Nordiques sont de retour à Québec ! Gary Bettman, le commissaire de la LNH, s’apprêterait effectivement à en faire l’annonce. Soudainement, même si je n’ai pas encore bu mon café, j’ai les yeux grands ouverts et tous mes sens sont en éveil. Enfin ça, c’est ce que je crois.

C’est ce que je crois, car en vérité, je viens de me faire enfumer, de m’en faire passer une p’tite vite, comme on dit en bon québécois. D’ailleurs, en cherchant un peu partout dans les autres médias, je me rends bien compte qu’aucun ne parle du retour des Nordiques. C’est louche. J’ouvre la radio. Aucun animateur ne parle de ça, même à Québec. C’est vraiment louche. Et c’est à ce moment que tout devient clair dans mon esprit, car je comprends que j’ai été victime d’un canular. Je viens de me souvenir que nous sommes le 1er avril.

Sébastien Lévesque

Les plaisirs d’Épicure

CHRONIQUE / Avant de m’installer pour de bon au Saguenay-Lac-Saint-Jean, j’ai habité quelques années dans Charlevoix. Comme vous le savez certainement, Charlevoix est une région particulièrement reconnue pour la beauté de ses paysages et la richesse de son terroir. J’en garde d’excellents souvenirs. Je me souviens aussi que l’organisme Tourisme Charlevoix avait décidé de mettre en valeur la région en misant sur l’aspect « épicurien » de ses différents attraits. Mais d’où vient le mot épicurien, et que signifie-t-il exactement ?

Le mot tire son origine d’Épicure, un philosophe grec du 4e siècle avant Jésus-Christ. Pour être épicurien, il s’agit donc d’être un disciple d’Épicure, ou à tout le moins en accord avec ses idées. Nous verrons cependant que l’usage de ce mot a passablement changé avec le temps et que l’épicurisme contemporain a bien peu de choses à avoir avec l’épicurisme antique – avec le vrai épicurisme, autrement dit.

Sébastien Lévesque

Des animaux comme les autres

CHRONIQUE / Depuis Aristote, que l’on considère souvent comme le père de la biologie, nous savons que les êtres humains sont des animaux. Et depuis le 19e siècle, notamment sous l’impulsion des travaux du naturaliste Charles Darwin, il est entendu que les êtres humains sont non seulement des animaux, mais des animaux comme les autres. Mais qu’est-ce à dire exactement ? Et quelles sont les implications de cette idée ? Aujourd’hui encore, avec les débats entourant le véganisme et l’antispécisme, on constate que la question est loin de faire l’unanimité.

En effet, dire que nous sommes des animaux comme les autres ne va pas de soi dans l’esprit de nombreuses personnes. Il faut dire qu’elle n’est somme toute pas si loin l’époque où nous pensions que l’être humain était le « chef-d’œuvre de la création divine », ou encore qu’il possédait une intelligence supérieure qui l’autorisait à dominer la nature et les animaux. D’aussi loin que je sache, nos réflexions sur « le propre de l’homme » ont toujours abouti à des conclusions visant à justifier la perception selon laquelle l’être humain serait une espèce à part, si ce n’est carrément supérieure aux autres espèces. Et pourtant…

Sébastien Lévesque

Le carême en 2019

CHRONIQUE / Dans une société historiquement marquée par les valeurs judéo-chrétiennes, mais somme toute de moins en moins attachée à ses traditions, il est intéressant de se pencher sur certaines d’entre elles afin d’en évaluer la pertinence et les implications dans le monde actuel. Peut-être l’ignoriez-vous, mais nous sommes actuellement en plein carême. Mais qu’est-ce que le carême et en quoi conserve-t-il – peut-être – une quelconque pertinence en 2019 ?

Évidemment, il s’agira ici du point de vue d’un non-croyant ; mon objectif ne sera donc pas de défendre la religion chrétienne et, encore moins, d’encourager les gens à retourner vers la pratique religieuse. Seulement, il me semble qu’il peut être enrichissant de réfléchir à la valeur morale de certains rites et pratiques religieuses, et ce, dans un contexte laïc. Après tout, ce n’est pas parce qu’une personne n’est pas croyante qu’elle ne peut pas entretenir une vie spirituelle féconde.

Sébastien Lévesque

Le règne de la déraison

CHRONIQUE / Olivier Bernard, alias le Pharmachien, a récemment été victime d’une campagne de salissage et d’intimidation relativement à certains de ses écrits.

On lui reprocherait notamment ses prises de position dans le dossier des injections de vitamine C pour les personnes atteintes de cancer. Son crime : avoir écrit un article dans lequel il affirme qu’il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique de l’efficacité de ce « traitement ». Il n’en fallait évidemment pas plus pour soulever l’ire de celles et ceux qui aimeraient bien y croire.

Le cancer est un sujet sensible. Je comprends donc très bien pourquoi les propos du Pharmachien ont suscité un certain émoi chez les partisans des injections de vitamine C. 

Et pour l’avoir moi-même vécu avec ma fille cadette – à l’âge de 5 ans, on lui a diagnostiqué une leucémie –, je sais que lorsque nous ou un de nos proches est atteint de cancer, nous serions prêts à faire n’importe quoi – ou presque – pour favoriser la guérison. Pour autant, cela ne justifie pas les comportements irrationnels, et encore moins les insultes.

La réalité n’est pas toujours plaisante. Elle peut même parfois s’avérer assez décevante, mais elle n’en demeure pas moins la réalité. 

Et la réalité, si on lit bien sur le sujet, c’est que nous ne disposons, à ce jour, d’aucune preuve quant à l’efficacité de la vitamine C injectable sur les patients atteints de cancer. 

Pire, certaines données préliminaires suggèrent même que la vitamine C à haute dose pourrait nuire à l’efficacité de la chimiothérapie. 

Principe de précaution oblige, je pense donc que la bonne chose à faire serait de NE PAS recommander les injections de vitamine C, et ce, jusqu’à ce que nous ayons procédé à des analyses plus poussées.

Pour en revenir au Pharmachien, considérant son degré d’exposition médiatique, je n’ai aucune misère à imaginer le « char de marde » qu’il doit recevoir quotidiennement, et ce, simplement parce qu’il ose remettre en question les idées reçues et les croyances irrationnelles qui circulent un peu partout sur Internet. 

Moi-même, dans une moindre mesure, j’ai quelques fois été la cible de commentaires malveillants lorsque j’ai osé soutenir l’efficacité des vaccins, ou encore la non-dangerosité du glyphosate sur la santé humaine. Parce que j’ai défendu la science, autrement dit.

Mais comme j’ai eu l’occasion de le dire dans une autre chronique, la science ne nous offre que très rarement les réponses que nous souhaitons, ce qui, en soi, explique assez bien pourquoi elle est aussi impopulaire – tout comme celles et ceux qui la défendent. 

Et comme j’aime bien le rappeler, notre cerveau peut aussi nous jouer de bien vilains tours, notamment en nous enfermant dans une illusion de connaissance et d’objectivité. 

Nous aimons tous avoir raison. C’est un fait, mais cela devient réellement un problème lorsque nous refusons obstinément de remettre en question nos croyances, et ce, même lorsque les faits tendent à nous donner tort.

La leçon à en tirer, c’est que nous pouvons tous tomber dans les pièges tendus par notre cerveau. Nous sommes tous sujets à l’erreur et aux biais cognitifs. C’est pourquoi nous devrions faire acte d’humilité et accepter que nous sommes généralement beaucoup moins rationnels que nous aimerions le croire.

Mais la bonne nouvelle, c’est que la science permet de nous prémunir contre tout cela. La démarche scientifique, parce qu’elle repose sur la suspension du jugement, permet effectivement de discerner le vrai du faux, ou à tout le moins d’écarter les hypothèses les moins crédibles. 

Elle permet par ailleurs d’éviter les écueils que sont le dogmatisme et le subjectivisme. Faire de la science, c’est donc accepter de s’en remettre aux faits, indépendamment de nos préférences personnelles.

Dans le cas contraire, c’est le règne de la déraison, un peu comme ce à quoi nous venons d’assister dans le débat opposant le Pharmachien aux partisans des injections de vitamine C. 

Pour ces derniers, en effet, il semble très difficile d’accepter la réalité, au point où certains d’entre eux préfèrent s’enfermer obstinément dans leurs croyances irrationnelles… et dans les attaques personnelles.

Sébastien Lévesque

Gare au biais de confirmation

CHRONIQUE / Notre cerveau est une prodigieuse machine à apprendre, mais il peut aussi nous jouer de bien vilains tours. Et bien que nous aimions croire que nous sommes des êtres rationnels, le fait est que nous commettons très souvent des erreurs de raisonnement qui nous enferment dans une illusion de connaissance et d’objectivité. Nombre de ces erreurs relèvent de ce que nous appelons les biais cognitifs, c’est-à-dire des déviations systématiques et inconscientes de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité.

Dernièrement, il a beaucoup été question du glyphosate dans les médias. De nombreuses informations ont été diffusées sur le sujet, notamment pour nous mettre en garde contre les dangers potentiels de cet herbicide sur la santé humaine. Aux dires de certaines personnes, le produit serait cancérigène. Mais qu’en est-il vraiment ? Pour en avoir le cœur net, j’ai fait une petite recherche sur Internet et ce que j’y ai découvert risque peut-être de vous surprendre.

Chroniques

Vaccins, rumeurs et désinformation

CHRONIQUE / Il faut que je vous raconte l’histoire d’Emmanuel Bilodeau, ce père de famille au cœur d’une épidémie de rougeole en Colombie-Britannique. C’est une histoire somme toute banale, mais néanmoins représentative du climat de suspicion et de paranoïa qui règne sur Internet au sujet des vaccins, et plus largement à l’égard de la science et des autorités médicales et gouvernementales. Mais l’histoire de M. Bilodeau, c’est aussi et surtout celle d’un homme victime d’une campagne de désinformation, et je suis convaincu que de nombreux parents s’y reconnaîtront.

À vue d’œil, je dirais que M. Bilodeau est un homme tout ce qu’il y a de plus normal. Un bon père de famille qui, comme n’importe quel parent, souhaite offrir ce qu’il y a de mieux à ses enfants. Et c’est parce qu’il est prudent et consciencieux au sujet de la santé de ses enfants qu’il a décidé de ne pas les faire vacciner contre la rougeole. Vous avez bien lu, c’est parce que la santé de ses enfants était pour lui une source de préoccupations que M. Bilodeau n’a pas fait vacciner ses enfants, et ce, en dépit des recommandations du bureau de santé publique et des nombreuses études qui démontrent l’efficacité des vaccins.

Sébastien Lévesque

La science et nous

CHRONIQUE / Avec toutes ces histoires de gens qui croient que la Terre est plate, que les vaccins sont dangereux, que la théorie de l’évolution n’est qu’une simple hypothèse parmi tant d’autres, ou encore que le réchauffement climatique serait une supercherie orchestrée par les « environnementeurs », je me rends compte que la science est généralement mal comprise, pour ne pas dire carrément mal-aimée. En fait, certaines personnes n’y croient tout simplement pas. Mais ce qu’il y a de bien avec la science, c’est que nous n’avons justement pas besoin d’y croire, car elle fonctionne, c’est tout.

Par ailleurs, comme le disait si bien l’astronome Carl Sagan, « la science est une façon de penser beaucoup plus qu’elle n’est un corps de connaissances ». Autrement dit, contrairement à l’image que nous nous en faisons, la science n’est pas un ensemble de connaissances, mais une méthode d’investigation du réel. La science est une façon de regarder le monde et de l’interroger. La science ne prétend donc pas détenir la vérité, comme on l’entend trop souvent, mais simplement nous aider à nous en approcher.

Sébastien Lévesque

Islamophobes, les Québécois ?

CHRONIQUE / En marge de la commémoration du deuxième anniversaire de l’attentat à la grande mosquée de Québec, le premier ministre François Legault a suscité la controverse en affirmant qu’il n’y a pas d’islamophobie au Québec. Considérant le contexte dans lequel il a tenu ces propos, il est assez compréhensible que cela ait causé un certain émoi, d’autant plus que certaines personnes réclament actuellement la création d’une journée nationale contre l’islamophobie. Pour autant, je ne suis pas certain que les critiques à son endroit étaient justifiées.

Dans les jours qui ont suivi, monsieur Legault a bien cherché à s’expliquer et à nuancer son propos, précisant qu’il y a bel et bien de l’islamophobie au Québec, mais pas de « culture islamophobe », mais c’était peine perdue. Pourtant, sur ce point, je suis parfaitement d’accord avec notre premier ministre. Bien sûr qu’il y a de l’islamophobie au Québec, personne ne prétend le contraire, mais là n’est pas la vraie question. La vraie question, c’est est-ce qu’il y a plus d’islamophobie au Québec qu’ailleurs en Amérique du Nord et dans les autres pays occidentaux ? Et à cette question, la réponse est non, résolument non.

Sébastien Lévesque

Le côté sombre du militantisme

CHRONIQUE / Parmi les proverbes populaires, « l’enfer est pavé de bonnes intentions » est certainement celui que je répète le plus souvent. Et même s’il peut paraître un brin pessimiste, je l’aime bien ce proverbe, notamment parce qu’il nous dit que, dans le fond, les méchants ne sont pas vraiment méchants, que le mal n’est qu’une « erreur ». Cette idée est rassurante, certes, mais aussi un peu effrayante, car on se rend alors compte que nous sommes tous plus ou moins enclins à l’erreur, donc au mal, et ce, indépendamment de nos bonnes intentions.

Autrement dit, lorsque nous commettons le mal, nous pensons généralement faire le bien. Et s’il y a bien un groupe de personnes à qui ce principe s’applique, ce sont les militants. De gauche ou de droite, anti-ceci ou pro-cela, les militants forment une catégorie d’individus qui m’est particulièrement insupportable. Et si je les trouve insupportables, ce n’est pas parce que je pense que les militants sont de mauvaises personnes, mais simplement parce qu’ils incarnent, à mes yeux, tout ce qui ne va pas dans nos débats publics, à savoir le refus de dialoguer et de soumettre ses opinions à l’examen critique.

Sébastien Lévesque

Révolution végane? Oui, mais…

CHRONIQUE / Une petite révolution se déroule actuellement sous nos yeux. En effet, il ne se passe pratiquement plus une journée sans que nous entendions parler du véganisme. Même le nouveau Guide alimentaire canadien, bien qu’il ne nous invite pas forcément à devenir végane, nous incite néanmoins à réduire sensiblement notre consommation de viande et de produits d’origine animale. Mais comme il fallait s’y attendre, le débat est très polarisé, et entre les militants véganes et leurs détracteurs, il peut être difficile de s’y retrouver. Dans ce texte, nous tâcherons donc d’y voir plus clair en résumant quelques arguments avancés par les tenants du véganisme.

Par souci de transparence, je dois cependant admettre que je suis moi-même végétarien et en transition vers le véganisme. Et si j’ai fait ce choix, c’est forcément que je considère qu’il existe de bons arguments qui le soutiennent. Pour autant, je veillerai à ce que mon propos soit le plus nuancé et respectueux possible, en me basant sur des données scientifiques fiables, ainsi que sur les plus récentes réflexions en éthique animale.

Opinions

Une Église en faillite

CHRONIQUE / Bien que je ne sois pas à proprement parler un chrétien ni un croyant, je n’ai jamais caché mon attachement aux valeurs chrétiennes et mon admiration pour le Christ, que je considère comme un modèle et une source d’inspiration. Après tout, bien que nous n’en soyons pas toujours conscients, c’est au christianisme que nous devons l’essentiel des valeurs qui définissent notre civilisation, donc les individus que nous sommes. Pour autant, je n’ai jamais ressenti le moindre attachement envers l’Église catholique, que je considère comme une institution vétuste, voire foncièrement malsaine.

Mais n’y a-t-il pas là une contradiction flagrante ? Comment pourrais-je admirer le Christ, mais pas ses représentants ? Et comment notre civilisation pourrait-elle être autant redevable au christianisme, mais pas à l’Église ? Pour répondre à ces questions, il faut selon moi retourner aux sources du christianisme, notamment au message évangélique. Or, si l’on tient compte du Christ lui-même, de sa vie et de son œuvre, on a vite fait de constater que l’Église s’est montrée bien peu digne de lui. Pire, j’irais même jusqu’à dire qu’à bien des égards, l’Église constitue une « perversion », car elle s’est non seulement détournée du message évangélique, mais elle l’a aussi et surtout altéré pour servir ses propres intérêts.

Chroniques

Terra incognita

CHRONIQUE / Si, comme moi, vous êtes des passionnés d’astronomie, je suppose que vous suivez la mission de l’astronaute canadien David Saint-Jacques, actuellement en orbite autour de la Terre dans la Station spatiale internationale. Pendant son affectation dans l’espace, qui devrait durer plus de six mois, ce dernier effectuera une série d’expériences scientifiques, notamment dans les domaines de la robotique et des nouvelles technologies. Mais à quoi bon tout cela, me demanderez-vous ? C’est une question légitime : à quoi sert l’exploration spatiale ?

Il y a plusieurs façons de répondre à cette question. Personnellement, puisque je suis professeur de philosophie, j’ai toujours pensé que l’exploration spatiale répondait à un besoin humain fondamental, soit celui d’explorer et de repousser toujours davantage les limites de la connaissance et du monde connu. À mes yeux, il y a d’ailleurs de nombreuses ressemblances entre la philosophie et l’astronomie, à commencer par le fait que ce sont deux disciplines qui stimulent la réflexion et l’imaginaire. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de se pencher sur la condition humaine, sur notre passé, notre présent et notre avenir, et qui plus est sur la place que nous occupons dans l’univers.

Sébastien Lévesque

À la boxe comme dans la vie

CHRONIQUE / Dernièrement, en raison des blessures subies par Adonis Stevenson, il a beaucoup été question de boxe. L’état de santé de ce dernier inquiète toujours, mais il devrait s’en sortir – non sans séquelles, cela dit. N’empêche que cet incident soulève de nombreuses questions quant aux risques associés à la pratique de ce sport, que certains jugent barbare et rétrograde. Devrait-on bannir ce sport dangereux ?

Personnellement, je m’y connais assez peu en boxe et je n’ai pas du tout envie de porter un jugement de valeur sur le choix de celles et ceux qui, volontairement, s’exposent à de tels risques.