Sébastien Lévesque

Les plaisirs d’Épicure

CHRONIQUE / Avant de m’installer pour de bon au Saguenay-Lac-Saint-Jean, j’ai habité quelques années dans Charlevoix. Comme vous le savez certainement, Charlevoix est une région particulièrement reconnue pour la beauté de ses paysages et la richesse de son terroir. J’en garde d’excellents souvenirs. Je me souviens aussi que l’organisme Tourisme Charlevoix avait décidé de mettre en valeur la région en misant sur l’aspect « épicurien » de ses différents attraits. Mais d’où vient le mot épicurien, et que signifie-t-il exactement ?

Le mot tire son origine d’Épicure, un philosophe grec du 4e siècle avant Jésus-Christ. Pour être épicurien, il s’agit donc d’être un disciple d’Épicure, ou à tout le moins en accord avec ses idées. Nous verrons cependant que l’usage de ce mot a passablement changé avec le temps et que l’épicurisme contemporain a bien peu de choses à avoir avec l’épicurisme antique – avec le vrai épicurisme, autrement dit.

Sébastien Lévesque

Des animaux comme les autres

CHRONIQUE / Depuis Aristote, que l’on considère souvent comme le père de la biologie, nous savons que les êtres humains sont des animaux. Et depuis le 19e siècle, notamment sous l’impulsion des travaux du naturaliste Charles Darwin, il est entendu que les êtres humains sont non seulement des animaux, mais des animaux comme les autres. Mais qu’est-ce à dire exactement ? Et quelles sont les implications de cette idée ? Aujourd’hui encore, avec les débats entourant le véganisme et l’antispécisme, on constate que la question est loin de faire l’unanimité.

En effet, dire que nous sommes des animaux comme les autres ne va pas de soi dans l’esprit de nombreuses personnes. Il faut dire qu’elle n’est somme toute pas si loin l’époque où nous pensions que l’être humain était le « chef-d’œuvre de la création divine », ou encore qu’il possédait une intelligence supérieure qui l’autorisait à dominer la nature et les animaux. D’aussi loin que je sache, nos réflexions sur « le propre de l’homme » ont toujours abouti à des conclusions visant à justifier la perception selon laquelle l’être humain serait une espèce à part, si ce n’est carrément supérieure aux autres espèces. Et pourtant…

Sébastien Lévesque

Le carême en 2019

CHRONIQUE / Dans une société historiquement marquée par les valeurs judéo-chrétiennes, mais somme toute de moins en moins attachée à ses traditions, il est intéressant de se pencher sur certaines d’entre elles afin d’en évaluer la pertinence et les implications dans le monde actuel. Peut-être l’ignoriez-vous, mais nous sommes actuellement en plein carême. Mais qu’est-ce que le carême et en quoi conserve-t-il – peut-être – une quelconque pertinence en 2019 ?

Évidemment, il s’agira ici du point de vue d’un non-croyant ; mon objectif ne sera donc pas de défendre la religion chrétienne et, encore moins, d’encourager les gens à retourner vers la pratique religieuse. Seulement, il me semble qu’il peut être enrichissant de réfléchir à la valeur morale de certains rites et pratiques religieuses, et ce, dans un contexte laïc. Après tout, ce n’est pas parce qu’une personne n’est pas croyante qu’elle ne peut pas entretenir une vie spirituelle féconde.

Sébastien Lévesque

Le règne de la déraison

CHRONIQUE / Olivier Bernard, alias le Pharmachien, a récemment été victime d’une campagne de salissage et d’intimidation relativement à certains de ses écrits.

On lui reprocherait notamment ses prises de position dans le dossier des injections de vitamine C pour les personnes atteintes de cancer. Son crime : avoir écrit un article dans lequel il affirme qu’il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique de l’efficacité de ce « traitement ». Il n’en fallait évidemment pas plus pour soulever l’ire de celles et ceux qui aimeraient bien y croire.

Le cancer est un sujet sensible. Je comprends donc très bien pourquoi les propos du Pharmachien ont suscité un certain émoi chez les partisans des injections de vitamine C. 

Et pour l’avoir moi-même vécu avec ma fille cadette – à l’âge de 5 ans, on lui a diagnostiqué une leucémie –, je sais que lorsque nous ou un de nos proches est atteint de cancer, nous serions prêts à faire n’importe quoi – ou presque – pour favoriser la guérison. Pour autant, cela ne justifie pas les comportements irrationnels, et encore moins les insultes.

La réalité n’est pas toujours plaisante. Elle peut même parfois s’avérer assez décevante, mais elle n’en demeure pas moins la réalité. 

Et la réalité, si on lit bien sur le sujet, c’est que nous ne disposons, à ce jour, d’aucune preuve quant à l’efficacité de la vitamine C injectable sur les patients atteints de cancer. 

Pire, certaines données préliminaires suggèrent même que la vitamine C à haute dose pourrait nuire à l’efficacité de la chimiothérapie. 

Principe de précaution oblige, je pense donc que la bonne chose à faire serait de NE PAS recommander les injections de vitamine C, et ce, jusqu’à ce que nous ayons procédé à des analyses plus poussées.

Pour en revenir au Pharmachien, considérant son degré d’exposition médiatique, je n’ai aucune misère à imaginer le « char de marde » qu’il doit recevoir quotidiennement, et ce, simplement parce qu’il ose remettre en question les idées reçues et les croyances irrationnelles qui circulent un peu partout sur Internet. 

Moi-même, dans une moindre mesure, j’ai quelques fois été la cible de commentaires malveillants lorsque j’ai osé soutenir l’efficacité des vaccins, ou encore la non-dangerosité du glyphosate sur la santé humaine. Parce que j’ai défendu la science, autrement dit.

Mais comme j’ai eu l’occasion de le dire dans une autre chronique, la science ne nous offre que très rarement les réponses que nous souhaitons, ce qui, en soi, explique assez bien pourquoi elle est aussi impopulaire – tout comme celles et ceux qui la défendent. 

Et comme j’aime bien le rappeler, notre cerveau peut aussi nous jouer de bien vilains tours, notamment en nous enfermant dans une illusion de connaissance et d’objectivité. 

Nous aimons tous avoir raison. C’est un fait, mais cela devient réellement un problème lorsque nous refusons obstinément de remettre en question nos croyances, et ce, même lorsque les faits tendent à nous donner tort.

La leçon à en tirer, c’est que nous pouvons tous tomber dans les pièges tendus par notre cerveau. Nous sommes tous sujets à l’erreur et aux biais cognitifs. C’est pourquoi nous devrions faire acte d’humilité et accepter que nous sommes généralement beaucoup moins rationnels que nous aimerions le croire.

Mais la bonne nouvelle, c’est que la science permet de nous prémunir contre tout cela. La démarche scientifique, parce qu’elle repose sur la suspension du jugement, permet effectivement de discerner le vrai du faux, ou à tout le moins d’écarter les hypothèses les moins crédibles. 

Elle permet par ailleurs d’éviter les écueils que sont le dogmatisme et le subjectivisme. Faire de la science, c’est donc accepter de s’en remettre aux faits, indépendamment de nos préférences personnelles.

Dans le cas contraire, c’est le règne de la déraison, un peu comme ce à quoi nous venons d’assister dans le débat opposant le Pharmachien aux partisans des injections de vitamine C. 

Pour ces derniers, en effet, il semble très difficile d’accepter la réalité, au point où certains d’entre eux préfèrent s’enfermer obstinément dans leurs croyances irrationnelles… et dans les attaques personnelles.

Sébastien Lévesque

Gare au biais de confirmation

CHRONIQUE / Notre cerveau est une prodigieuse machine à apprendre, mais il peut aussi nous jouer de bien vilains tours. Et bien que nous aimions croire que nous sommes des êtres rationnels, le fait est que nous commettons très souvent des erreurs de raisonnement qui nous enferment dans une illusion de connaissance et d’objectivité. Nombre de ces erreurs relèvent de ce que nous appelons les biais cognitifs, c’est-à-dire des déviations systématiques et inconscientes de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité.

Dernièrement, il a beaucoup été question du glyphosate dans les médias. De nombreuses informations ont été diffusées sur le sujet, notamment pour nous mettre en garde contre les dangers potentiels de cet herbicide sur la santé humaine. Aux dires de certaines personnes, le produit serait cancérigène. Mais qu’en est-il vraiment ? Pour en avoir le cœur net, j’ai fait une petite recherche sur Internet et ce que j’y ai découvert risque peut-être de vous surprendre.

Chroniques

Vaccins, rumeurs et désinformation

CHRONIQUE / Il faut que je vous raconte l’histoire d’Emmanuel Bilodeau, ce père de famille au cœur d’une épidémie de rougeole en Colombie-Britannique. C’est une histoire somme toute banale, mais néanmoins représentative du climat de suspicion et de paranoïa qui règne sur Internet au sujet des vaccins, et plus largement à l’égard de la science et des autorités médicales et gouvernementales. Mais l’histoire de M. Bilodeau, c’est aussi et surtout celle d’un homme victime d’une campagne de désinformation, et je suis convaincu que de nombreux parents s’y reconnaîtront.

À vue d’œil, je dirais que M. Bilodeau est un homme tout ce qu’il y a de plus normal. Un bon père de famille qui, comme n’importe quel parent, souhaite offrir ce qu’il y a de mieux à ses enfants. Et c’est parce qu’il est prudent et consciencieux au sujet de la santé de ses enfants qu’il a décidé de ne pas les faire vacciner contre la rougeole. Vous avez bien lu, c’est parce que la santé de ses enfants était pour lui une source de préoccupations que M. Bilodeau n’a pas fait vacciner ses enfants, et ce, en dépit des recommandations du bureau de santé publique et des nombreuses études qui démontrent l’efficacité des vaccins.

Sébastien Lévesque

La science et nous

CHRONIQUE / Avec toutes ces histoires de gens qui croient que la Terre est plate, que les vaccins sont dangereux, que la théorie de l’évolution n’est qu’une simple hypothèse parmi tant d’autres, ou encore que le réchauffement climatique serait une supercherie orchestrée par les « environnementeurs », je me rends compte que la science est généralement mal comprise, pour ne pas dire carrément mal-aimée. En fait, certaines personnes n’y croient tout simplement pas. Mais ce qu’il y a de bien avec la science, c’est que nous n’avons justement pas besoin d’y croire, car elle fonctionne, c’est tout.

Par ailleurs, comme le disait si bien l’astronome Carl Sagan, « la science est une façon de penser beaucoup plus qu’elle n’est un corps de connaissances ». Autrement dit, contrairement à l’image que nous nous en faisons, la science n’est pas un ensemble de connaissances, mais une méthode d’investigation du réel. La science est une façon de regarder le monde et de l’interroger. La science ne prétend donc pas détenir la vérité, comme on l’entend trop souvent, mais simplement nous aider à nous en approcher.

Sébastien Lévesque

Islamophobes, les Québécois ?

CHRONIQUE / En marge de la commémoration du deuxième anniversaire de l’attentat à la grande mosquée de Québec, le premier ministre François Legault a suscité la controverse en affirmant qu’il n’y a pas d’islamophobie au Québec. Considérant le contexte dans lequel il a tenu ces propos, il est assez compréhensible que cela ait causé un certain émoi, d’autant plus que certaines personnes réclament actuellement la création d’une journée nationale contre l’islamophobie. Pour autant, je ne suis pas certain que les critiques à son endroit étaient justifiées.

Dans les jours qui ont suivi, monsieur Legault a bien cherché à s’expliquer et à nuancer son propos, précisant qu’il y a bel et bien de l’islamophobie au Québec, mais pas de « culture islamophobe », mais c’était peine perdue. Pourtant, sur ce point, je suis parfaitement d’accord avec notre premier ministre. Bien sûr qu’il y a de l’islamophobie au Québec, personne ne prétend le contraire, mais là n’est pas la vraie question. La vraie question, c’est est-ce qu’il y a plus d’islamophobie au Québec qu’ailleurs en Amérique du Nord et dans les autres pays occidentaux ? Et à cette question, la réponse est non, résolument non.

Sébastien Lévesque

Le côté sombre du militantisme

CHRONIQUE / Parmi les proverbes populaires, « l’enfer est pavé de bonnes intentions » est certainement celui que je répète le plus souvent. Et même s’il peut paraître un brin pessimiste, je l’aime bien ce proverbe, notamment parce qu’il nous dit que, dans le fond, les méchants ne sont pas vraiment méchants, que le mal n’est qu’une « erreur ». Cette idée est rassurante, certes, mais aussi un peu effrayante, car on se rend alors compte que nous sommes tous plus ou moins enclins à l’erreur, donc au mal, et ce, indépendamment de nos bonnes intentions.

Autrement dit, lorsque nous commettons le mal, nous pensons généralement faire le bien. Et s’il y a bien un groupe de personnes à qui ce principe s’applique, ce sont les militants. De gauche ou de droite, anti-ceci ou pro-cela, les militants forment une catégorie d’individus qui m’est particulièrement insupportable. Et si je les trouve insupportables, ce n’est pas parce que je pense que les militants sont de mauvaises personnes, mais simplement parce qu’ils incarnent, à mes yeux, tout ce qui ne va pas dans nos débats publics, à savoir le refus de dialoguer et de soumettre ses opinions à l’examen critique.

Sébastien Lévesque

Révolution végane? Oui, mais…

CHRONIQUE / Une petite révolution se déroule actuellement sous nos yeux. En effet, il ne se passe pratiquement plus une journée sans que nous entendions parler du véganisme. Même le nouveau Guide alimentaire canadien, bien qu’il ne nous invite pas forcément à devenir végane, nous incite néanmoins à réduire sensiblement notre consommation de viande et de produits d’origine animale. Mais comme il fallait s’y attendre, le débat est très polarisé, et entre les militants véganes et leurs détracteurs, il peut être difficile de s’y retrouver. Dans ce texte, nous tâcherons donc d’y voir plus clair en résumant quelques arguments avancés par les tenants du véganisme.

Par souci de transparence, je dois cependant admettre que je suis moi-même végétarien et en transition vers le véganisme. Et si j’ai fait ce choix, c’est forcément que je considère qu’il existe de bons arguments qui le soutiennent. Pour autant, je veillerai à ce que mon propos soit le plus nuancé et respectueux possible, en me basant sur des données scientifiques fiables, ainsi que sur les plus récentes réflexions en éthique animale.