Sébastien Lévesque

Des républicains?

CHRONIQUE / C’est un sujet assez peu discuté de nos jours, mais la question de l’héritage des Patriotes de 1837-1838 a toujours été sujette à de nombreuses interprétations. Dans un ouvrage paru en 2014, le philosophe et politologue Danic Parenteau a pour sa part soutenu l’idée selon laquelle les Patriotes seraient à l’origine d’une pratique sociale d’inspiration républicaine qui, depuis lors, se serait fortement enracinée dans l’imaginaire collectif québécois. En ce sens, les Québécois seraient donc des républicains qui s’ignorent, car il faut bien admettre que le concept de républicanisme demeure à ce jour largement méconnu du grand public.

Dans son Précis républicain à l’usage des Québécois, Parenteau nous invite d’ailleurs à distinguer le républicanisme en tant que régime politique du républicanisme en tant que pratique sociale. Car si le premier a la particularité de rejeter la monarchie et les privilèges anciens, le second tend plutôt à s’opposer au libéralisme politique. Ce point est important, car c’est sur la base de cette opposition que notre auteur entend expliquer en quoi et pourquoi le multiculturalisme canadien et les accommodements religieux ne passent pas au Québec. À ses yeux, c’est clair, si les Québécois n’adhèrent pas à ce libéralisme anglo-saxon, c’est parce qu’ils possèdent une « sensibilité républicaine » héritée de la pensée des Patriotes.

Sébastien Lévesque

Faire souffrir « pour le fun »

CHRONIQUE / Dernièrement, la direction du Festival du cochon de Sainte-Perpétue, au Centre-du-Québec, a annoncé qu’elle mettait fin à la traditionnelle course au cochon graissé, une épreuve jugée cruelle par des groupes de défense des animaux. Par ailleurs, vous avez probablement entendu parler de cet enfant qui a été mordu par un zèbre lors du Salon des animaux exotiques qui s’est tenu à Chicoutimi en avril dernier. Évidemment, loin de moi l’idée de banaliser cet incident, mais je crois cependant qu’il s’agit d’une belle occasion de nous questionner sur le sort réservé aux animaux lors de ce type d’événement.

Aujourd’hui encore, de nombreux événements dans la région et partout au Québec offrent une programmation dans laquelle on retrouve diverses activités qui mettent en scène des animaux. Que ce soit lors des expositions agricoles ou des festivals western, plusieurs de ces activités – notamment le rodéo – sont fondées sur la violence, le stress et la peur. N’ayons pas peur des mots, il s’agit ni plus ni moins d’une forme de cruauté et de maltraitance envers ces animaux et je peine à comprendre comment une société comme la nôtre peut encore tolérer de telles pratiques, si ce n’est par ignorance ou par méchanceté pure et simple.

Chroniques

Un tramway nommé philo

CHRONIQUE / Que préféreriez-vous si l’on vous donnait le choix entre une vie réelle remplie de souffrances ou une vie virtuelle exempte de toute souffrance ? Dans une situation d’urgence, devons-nous vraiment sauver les femmes et les enfants d’abord ? Et si nous le pouvions, serait-il moralement justifié de remonter le temps pour tuer Adolf Hitler alors qu’il n’était encore qu’un bébé ? Ce n’est là qu’un bref échantillon des questions auxquelles certains chercheurs tentent de répondre par le biais de la philosophie expérimentale.

Dans l’esprit de la plupart des gens, la philosophie se présente comme une activité hautement spéculative et abstraite, au point où l’expression « philosophie expérimentale » peut sembler contradictoire. Il est vrai que la tradition philosophique s’est construite sur une méthode qui repose principalement sur la justification a priori, mais l’intérêt de la philosophie expérimentale relève précisément du fait qu’elle mise sur les connaissances empiriques.

Sébastien Lévesque

Ce pays qui n'est pas le nôtre

CHRONIQUE / « Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement. » — Robert Bourassa, 22 juin 1990

Vous vous souvenez du 27 octobre 1995 ? C’était trois jours avant le référendum sur la souveraineté et des dizaines de milliers de Canadiens étaient venus des quatre coins du pays pour démontrer leur volonté de conserver le Québec au sein du Canada. C’était le fameux « love-in ». Les Canadiens venaient soudainement de se découvrir un amour et un attachement pour le Québec, et ce, après plus d’une décennie de querelles constitutionnelles à travers lesquelles le Québec n’a récolté que du mépris et de la déception.

Sébastien Lévesque

Peut-on croire en Dieu?

CHRONIQUE / « Ne suffit-il pas de voir qu’un jardin est beau, sans qu’il faille aussi croire à la présence de fées au fond de ce jardin ? » - Richard Dawkins

Peut-on croire en Dieu ? Aux premiers abords, la question peut sembler étrange tellement la réponse apparaît évidente. Un peu partout dans le monde, des milliards de personnes y croient, donc bien sûr que nous pouvons croire en Dieu. Mais la vraie question est peut-être la suivante : est-il raisonnable de croire en Dieu ? Et a-t-on besoin de cette croyance pour bien vivre ? Considérant la place centrale que Dieu occupe dans la vie de nombreuses personnes, la question mérite qu’on s’y attarde.

Sébastien Lévesque

Laïcité : prenez votre gaz égal!

CHRONIQUE / ​La laïcité, encore. Cela fait maintenant plus de 10 ans que les Québécois s’entredéchirent sur cette question, ce qui devient un peu lassant à la longue. Je m’étais donc promis de ne plus en parler, mais les événements en ont décidé autrement. Mais que pourrais-je ajouter qui n’a pas déjà été dit ? Cette fois, j’ai décidé de ne pas me positionner à proprement parler sur le projet de loi 21, mais de procéder à quelques mises en garde à l’attention de celles et ceux qui s’engageront dans ce débat, et ce, afin d’éviter les dérapages habituels. Trop peu trop tard, me direz-vous.

Vous vous souvenez du sketch Le 4e Reich, de RBO ? On y décrit un Québec ayant sombré dans le totalitarisme et prenant pour cible sa minorité anglophone, laquelle doit subir de violentes tentatives d’assimilation de la part de la majorité francophone. Les anglophones y sont placés dans des camps de concentration et en sont réduits à devoir écouter de la musique francophone (du Michel Louvain, si ma mémoire est bonne) en mangeant de la poutine et du pâté chinois. L’horreur, quoi ! Il s’agit d’une satire, évidemment, mais ce sketch exprime tout de même assez bien le climat de défiance qui régnait dans le Québec des années 80, une époque marquée par les débats entourant l’application de la loi 101.

Sébastien Lévesque

Démystifier l’école à la maison

CHRONIQUE / Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a récemment déposé un nouveau projet de règlement visant à encadrer plus strictement les familles qui font l’école à la maison. De son propre aveu, le ministre souhaite s’assurer que le droit à l’éducation de chaque enfant est respecté, et plus particulièrement celui des enfants qui fréquentent des écoles religieuses illégales. L’objectif est noble, mais la mesure risque malheureusement d’être assez peu efficace, en plus de nuire à l’ensemble des familles qui font l’école à la maison. En effet, en resserrant les règles autour de l’école à la maison, le ministre s’attaque directement à la liberté éducative de ces familles, et ce, sans motif raisonnable.

D’après les dernières estimations, il y aurait près de 5000 enfants scolarisés à la maison au Québec. Et pour diverses raisons, dont je vais vous épargner l’analyse aujourd’hui, le phénomène serait en pleine croissance. Quoi qu’il en soit, l’école à la maison demeure une réalité méconnue et très critiquée. Le ministre Roberge lui-même ne semble pas vraiment affectionner cette option éducative. Nous verrons cependant que la plupart des critiques dont elle est l’objet ne reposent que sur des préjugés et des idées reçues.

Sébastien Lévesque

Pédagogie du poisson

CHRONIQUE / C’était un 1er avril. Je me lève et, comme tous les matins, je me lance vers la machine à café pour me préparer un espresso double – car il faut ce qu’il faut, comme on dit. Je ne suis pas encore tout à fait réveillé et j’ai l’esprit légèrement embrouillé lorsque je tombe sur LA nouvelle du jour : les Nordiques sont de retour à Québec ! Gary Bettman, le commissaire de la LNH, s’apprêterait effectivement à en faire l’annonce. Soudainement, même si je n’ai pas encore bu mon café, j’ai les yeux grands ouverts et tous mes sens sont en éveil. Enfin ça, c’est ce que je crois.

C’est ce que je crois, car en vérité, je viens de me faire enfumer, de m’en faire passer une p’tite vite, comme on dit en bon québécois. D’ailleurs, en cherchant un peu partout dans les autres médias, je me rends bien compte qu’aucun ne parle du retour des Nordiques. C’est louche. J’ouvre la radio. Aucun animateur ne parle de ça, même à Québec. C’est vraiment louche. Et c’est à ce moment que tout devient clair dans mon esprit, car je comprends que j’ai été victime d’un canular. Je viens de me souvenir que nous sommes le 1er avril.

Sébastien Lévesque

Les plaisirs d’Épicure

CHRONIQUE / Avant de m’installer pour de bon au Saguenay-Lac-Saint-Jean, j’ai habité quelques années dans Charlevoix. Comme vous le savez certainement, Charlevoix est une région particulièrement reconnue pour la beauté de ses paysages et la richesse de son terroir. J’en garde d’excellents souvenirs. Je me souviens aussi que l’organisme Tourisme Charlevoix avait décidé de mettre en valeur la région en misant sur l’aspect « épicurien » de ses différents attraits. Mais d’où vient le mot épicurien, et que signifie-t-il exactement ?

Le mot tire son origine d’Épicure, un philosophe grec du 4e siècle avant Jésus-Christ. Pour être épicurien, il s’agit donc d’être un disciple d’Épicure, ou à tout le moins en accord avec ses idées. Nous verrons cependant que l’usage de ce mot a passablement changé avec le temps et que l’épicurisme contemporain a bien peu de choses à avoir avec l’épicurisme antique – avec le vrai épicurisme, autrement dit.

Sébastien Lévesque

Des animaux comme les autres

CHRONIQUE / Depuis Aristote, que l’on considère souvent comme le père de la biologie, nous savons que les êtres humains sont des animaux. Et depuis le 19e siècle, notamment sous l’impulsion des travaux du naturaliste Charles Darwin, il est entendu que les êtres humains sont non seulement des animaux, mais des animaux comme les autres. Mais qu’est-ce à dire exactement ? Et quelles sont les implications de cette idée ? Aujourd’hui encore, avec les débats entourant le véganisme et l’antispécisme, on constate que la question est loin de faire l’unanimité.

En effet, dire que nous sommes des animaux comme les autres ne va pas de soi dans l’esprit de nombreuses personnes. Il faut dire qu’elle n’est somme toute pas si loin l’époque où nous pensions que l’être humain était le « chef-d’œuvre de la création divine », ou encore qu’il possédait une intelligence supérieure qui l’autorisait à dominer la nature et les animaux. D’aussi loin que je sache, nos réflexions sur « le propre de l’homme » ont toujours abouti à des conclusions visant à justifier la perception selon laquelle l’être humain serait une espèce à part, si ce n’est carrément supérieure aux autres espèces. Et pourtant…