Steve Bergeron

Similaires mais pas semblables

J’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi «semblable» disparaît au profit de «similaire». Les deux mots n’ont pourtant pas exactement le même sens. Plus personne ne dit «semblable». Il semble que cela soit plus à la mode d’utiliser «similaire» à toutes les sauces. Qu’en pensez-vous?

Si «semblable» et «similaire» sont souvent confondus, c’est parce que la plupart des gens ignorent que ces deux mots ne sont pas de parfaits synonymes.

Précisons, à leur défense, que la nuance est subtile, et que même de grands auteurs chutent, comme vous le verrez plus loin. Mais il y a très certainement aussi l’influence de l’anglais «similar», qui signifie à la fois «semblable» et «similaire». L’esprit humain étant conditionné au moindre effort, il n’est pas étonnant que plusieurs traduisent «similar» par «similaire», sans s’interroger davantage.

Je trouve tout de même que peu de dictionnaires arrivent à distinguer les deux mots avec clarté. J’aurais aimé tomber sur un article qui aurait énoncé: «Deux choses sont semblables quand elles sont ainsi; elles sont similaires lorsqu’elles sont comme ça.»

Résumons en statuant que le degré de ressemblance est plus important avec «semblable» qu’avec «similaire». «Semblable», explique la Banque de dépannage linguistique, «se dit de personnes ou de choses qui se ressemblent, qui partagent des caractéristiques essentielles au point d’être considérées de même type ou de même nature».

Plus concrètement, quand deux choses sont semblables, on risque davantage de les confondre.

Lorsque deux choses sont similaires, on veut dire qu’elles ont un certain nombre de points communs, assez pour qu’on puisse les assimiler l’une à l’autre, les placer dans un même groupe, dans une même famille. Voici un exemple extrait de Termium Plus qui vous aidera à comprendre.

 

«Le magasin vend des marteaux, des tournevis et d’autres objets similaires.»

 

On peut en effet mettre des marteaux et des tournevis dans la même famille (ce sont des outils, ils servent à travailler le bois, etc.). Par contre, il n’y a pas vraiment de risque de les confondre.

La plupart des ouvrages affirment que «similaire» appartient surtout à la langue technique ou commerciale. Ce n’est évidemment pas absolu, et la recrudescence de «similaire» dans la langue courante (parfois erronément, parfois correctement) laisse penser que ce mot est en train de changer de registre.

Là où vous pourriez vous faire taper sur les doigts, c’est si vous disiez qu’une chose est «similaire à une autre». Presque tous les dictionnaires proscrivent cette construction, qu’ils réservent à semblable, car ce dernier implique toujours une comparaison.

 

«Votre chapeau est semblable au mien.»

«Les demeures londoniennes sont souvent semblables à leurs voisines.»

 

Mais comme la plupart des gens pensent que ces deux mots signifient la même chose, ils sont naturellement enclins à dire qu’un objet est similaire à un autre. Alors qu’il faudrait plutôt se borner à exprimer qu’une chose ou que plusieurs choses sont similaires, point.

 

«Lucie a terminé en deux minutes, et Jean aussi, en employant une méthode similaire.»

«La boxe, la lutte et les autres sports similaires présentent des risques de blessures.»

 

Maintenant, si cela peut vous rassurer, sachez que même Marcel Proust, rapporte «Le bon usage», a écrit que «quelque chose […] paraissait affreusement similaire à l’esprit d’Oriane», dans «À la recherche du temps perdu».

Il ne serait donc pas étonnant que les emplois de «semblable» et «similaire» finissent par… s’assimiler. Surtout que l’on accepte que des synonymes de «similaire», tels «comparable» et «analogue», se construisent avec la préposition «à».

Pourquoi refuser cette tournure seulement avec «similaire»?

Perles de la semaine

Un dernier petit «Sportnographe» avant les vacances?

 

«Price en est pas à ses premiers ébats dans la Ligue nationale.»

«Ç’a pas l’air d’être un gars qui coule sous la pression.»

«Rien que je peux dire sur les airs [en ondes].»

«Dans les transactions les plus difficiles, y en a pas qui me frappent les yeux.»

«Est-ce que la NCAA va jouer? Est-ce que les clubs des… C’est toute des questions, c’est des hypothèques. On n’a aucune idée.»

 

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.