Steve Bergeron
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Mon «mononcle» et ta «matante»

CHRONIQUE / Il me semble que ma «matante» et mon «mononcle» sont de plus en plus utilisés, même par les présentateurs et les artistes. Qu’en pensez-vous [Nicole V. Thomassin, Québec]?

Il faut se méfier des impressions. Peut-être êtes-vous malencontreusement tombée, en très peu de temps, sur trois ou quatre personnes qui utilisent encore cette tournure populaire. Pour ma part, j’ai plutôt le sentiment que cette faute presque enfantine est en voie de disparition. Du moins, je ne l’entends pratiquement jamais plus (peut-être parce que je n’ai pas d’enfants). Même là, je n’ai pas souvenir de l’avoir captée chez mes nièces ni les enfants de mon entourage. Précisons toutefois que, la plupart de mes amis œuvrant comme moi dans le milieu des communications, je les vois très mal tolérer un «mon mononcle» ou un «ma matante» dans la bouche de leurs rejetons…

Votre question m’a quand même fait retourner dans mes archives, car j’ai déjà abordé ce sujet en avril 2004. Qu’écrivais-je à l’époque? Que ce sont d’abord et avant tout les parents qui transmettent cette façon de parler à leurs enfants. Et pas forcément parce qu’ils disent «ton mononcle» ou «ta matante».

Mais si votre bambin entend régulièrement des phrases comme «on s’en va chez mon oncle Éric aujourd’hui» ou «c’est ma tante Annie qui va te garder ce soir», lorsqu’il est question de SES oncles et de SES tantes, que pensez-vous qu’il se passe dans sa petite tête? Si «mon» et «ma» étaient des possessifs, vous auriez dit «on s’en va chez TON oncle» ou «c’est TA tante qui va te garder», de la même façon que vous auriez dit «on s’en va chez ton grand-père» ou «ta cousine va te garder». 

Votre garçon ou votre fille, qui sont vraiment brillants, déduisent donc que ce «mon» et ce «ma» ne sont pas des possessifs et font plutôt partie du mot.

Je fais ici une courte parenthèse: comment pensez-vous que les mots «monsieur», «madame», «mademoiselle» et «monseigneur» sont apparus en français? Poser la question, c’est déjà y répondre.

Maintenant, comment déprogrammer votre enfant si celui-ci inonde ses conversations de «mon mononcle»? Donner l’exemple est évidemment le meilleur point de départ. Ça demande un effort, mais c’est possible, j’y suis arrivé. Remarquez, j’utilise encore des «mon oncle» et des «ma tante», mais seulement lorsque je m’adresse directement à eux. Je n’en suis quand même pas rendu à dire «oncle Denis» et «tante Christiane». Mais pour le reste, j’ai fini par intégrer les bons possessifs.

J’ai aussi envie de vous dire de ne pas trop vous en faire. Plusieurs fautes de langage ont tendance à se corriger naturellement avec les années, la scolarité et l’émulation de modèles qui ont un niveau de langue plus soutenu. Évidemment, il y a des exceptions. Mais ce n’est quand même pas une question de vie ou de mort.

Antidote, la suite…

Je reviens brièvement sur ma chronique de la semaine dernière portant sur le logiciel Antidote. À propos du bogue que j’évoquais (Antidote me proposait d’écrire «fairent» dans la phrase «il n’en a que faire»), Gisèle Bernais a fait le test elle-même… et Antidote s’est tenu coi.

Sébastien Dreyfuss, directeur du service à la clientèle chez Druide informatique, explique que ce bogue a été corrigé dans une version ultérieure d’Antidote (j’utilise la version 9.4 et l’éditeur en est à la version 10.4). Il mentionne qu’Antidote 10 reconnaît désormais les italiques, ce qui devrait aussi régler le problème des accords lorsque le sujet est le titre d’une œuvre.

«Une grande partie des améliorations et corrections apportées à Antidote viennent du signalement par notre clientèle. C’est ainsi que nous l’affinons à chaque version», souligne-t-il.

Le futur d’Antidote s’annonce par ailleurs très intéressant. «Nous préparons le terrain pour introduire à moyen terme l’intelligence artificielle, afin qu’Antidote puisse comprendre la phrase. Pour l’instant, le mécanisme de compréhension de phrase est plutôt basé sur une comparaison avec les textes (références, articles de journaux, etc.) que nous avons mis dans le logiciel. Par exemple, avec la phrase "je serre la main", c’est en comparant les différences entre "serrer" et "servir" qu’Antidote détermine s’il faut écrire "serre" ou "sers"», explique Sébastien Dreyfuss. 

Perles de la semaine 

Avec les examens qui se tiennent à deux mètres, copier est devenu plus difficile... 

«Quels phénomènes maritimes menacent le littoral?»
Les rats des marais et les stunamys. 

«Qui recopiait les livres au Moyen Âge?»
Des druides. 

«Quel genre de texte est-ce?»
Un compte. 

«Qui était Voltaire?»
Le physicien qui a inventé les volts. 

«Mettez au féminin "un temps pluvieux".»
Une journée plus vieille. 


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.