Le cas Evenko

CHRONIQUE / Lorsque le producteur et diffuseur montréalais Groupe Spectacles Gillett est devenu Evenko en 2011, les dirigeants ont décidé que ce nouveau nom commencerait non pas par une majuscule mais par une minuscule (evenko).

À l’annonce de cette nouvelle, plusieurs médias ont sans hésitation suivi cette orthographe particulière et la respectent encore aujourd’hui.

De mon côté, en constatant cette subordination presque instantanée chez certains collègues, je n’ai pu m’empêcher, sourire en coin, de m’imaginer tous les éditeurs québécois de grammaires et de dictionnaires renvoyant leurs ouvrages à l’imprimerie pour tenir compte de cette nouvelle réalité. Désormais, au chapitre nous expliquant que la première lettre d’un nom propre est toujours une majuscule, on lirait: «Exception: evenko.»

Ce n’est évidemment pas ça qui s’est passé. Mais à voir d’importants médias se plier sans hésitation à cette graphie particulière, la question se pose: doit-on absolument respecter les spécificités des noms propres même lorsque celles-ci vont à l’encontre des règles de grammaire, de prononciation, de syntaxe ou d’orthographe?

Vous devinez bien que non. En fait, on peut le faire, mais rien ne nous y oblige. Car le choix d’Evenko n’est pas une exception imposée : il s’agit tout simplement d’une signature graphique. Ce n’est pas une nouvelle règle qu’il faut respecter au doigt et à l’œil.

Remarquez, la compagnie est parfaitement dans son droit d’agir ainsi. Elle peut aussi étendre cette particularité à toutes ses communications écrites, internes comme externes.

Mais en dehors d’Evenko, plus d’obligation. Si les clients, les entreprises partenaires ou les médias décident de respecter cette originalité, c’est seulement et uniquement par courtoisie, rien d’autre.

On pourrait mettre Ici Télé, Ici Première, Ici Explora et Ici Patati Patata dans le même bateau. Faut-il absolument toujours écrire ICI entièrement en majuscules comme le fait le réseau? Comme le mot «ici» n’est pas un sigle (comme SQDC ou FTQ), rien ne justifie l’utilisation exclusive de majuscules... sauf la signature graphique.

L’exemple ultime, c’est... le journal que vous tenez en ce moment! Lors de la dernière refonte des grilles graphiques, les publications du Groupe Capitales Médias ont laissé tomber, à la une et dans leurs logos, la majuscule de l’article initial (la Tribune, le Soleil, le Quotidien...).

Inévitablement, un lecteur de La Tribune a fini par me poser la question : fallait-il désormais écrire «la Tribune»?

Eh non! La bonne vieille règle prévaut toujours (il y a une règle spécifique pour les journaux et périodiques, car leur nom est à la fois un titre et une raison sociale): une majuscule à l’article (s’il fait partie du titre), une autre au premier nom et, le cas échéant, à l’adjectif qui se trouve entre les deux (tel Le Nouvel Observateur). Si vous portez attention, les journalistes continuent de suivre cette règle dans leurs textes.

La majuscule disparaît dans l’article lorsqu’il y a contraction, le plus souvent avec les prépositions «à» ou «de».

«J’ai renouvelé mon abonnement au Soleil.»
«Elle a lu l’info dans un article du Quotidien.»

Que retenir de tout ça? Que si l’on dispose d’une certaine liberté quant à ce qu’on fait chez soi, il ne faudrait quand même pas penser que le reste du monde va ensuite aller chercher la baballe comme un bon chien-chien. Aux dernières nouvelles, les professionnels de la communication, dont les journalistes, se réfèrent toujours au Petit Robert, au Petit Larousse, au Multidictionnaire et à l’Office québécois de la langue française. Imaginez s’il fallait en plus qu’ils se plient aux fantaisies de chacun!


Perles de la semaine

Quelques «Hein?» du Protégez-vous et autres...

«Imitation dried noodle [similinouilles déshydratées]»
Imitation séché nouilles

«Little circle fried shrimp flour [farine pour crêpes vietnamiennes aux crevettes]»
Farine du petit cercle frit avec crevette

«Add a fried squid starter [ajoutez une entrée de calmars frits]!»
Ajoutez un démarreur de calamars!

«Hygienic liner for fitting purposes [protège-slip adapté]»
Revêtement de hygiénique pour des buts convenables

«Smile, you are eating right [souriez, vous mangez bien]!»
Souriez, vous êtes bien manger!

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.