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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Le conseil municipal doit décider du sort de la piscine Claire-Fontaine. Il y a une semaine, la Ville de Sherbrooke décidait de ne pas réparer la piscine Coeur-Immaculée-de-Marie pour la transformer en jeux d’eau.
Le conseil municipal doit décider du sort de la piscine Claire-Fontaine. Il y a une semaine, la Ville de Sherbrooke décidait de ne pas réparer la piscine Coeur-Immaculée-de-Marie pour la transformer en jeux d’eau.

Se baigner ou se rafraichir?

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CHRONIQUE / On a appris la semaine dernière que la piscine extérieure du Cœur-Immaculée-de-Marie, à Fleurimont, fermait non seulement pour l’été, mais définitivement. Les réparations seraient longues, coûteuses et incertaines. La Ville de Sherbrooke a décidé de remplacer la piscine par des jeux d’eau dès l’été prochain. Une nouvelle qui a sûrement déçu plusieurs personnes.

La piscine Cœur-Immaculée-de-Marie a accueilli plus de 7000 baigneurs et baigneuses en 2019 – j’ai volontairement choisi de me fier à l’année 2019 plutôt que 2020, étant donné la pandémie.

C’est plutôt un bon achalandage si on compare aux autres piscines extérieures de Sherbrooke. Elle est loin des 16 000 de Saint-Alphonse-de-Liguori dans le Vieux-Nord, mais leur saison n’a pas la même durée non plus. Si on regarde la moyenne quotidienne, Cœur-Immaculée-de-Marie attirait 158 personnes par jour, la plaçant au milieu des moyennes d’achalandage (qui varient de 95 personnes par jour à 284 selon la piscine).

Si en nombre absolu cette piscine n’est pas dans les plus visitées, c’est parce qu’elle était, pour différentes raisons, souvent hors service. En plus d’une saison plus courte, elle a dû fermer 13 jours sur les 58 prévus en 2019. C’est une journée sur cinq hors service. Alors que celle du parc Nault n’a fermé que 4 jours sur 84 et celle de Mi-Vallon n’a jamais fermé, par exemple. 

Visiblement, cette piscine en arrachait un peu, mais elle répondait à un besoin. Selon les données de 2019, les trois piscines de l’arrondissement de Fleurimont ont attiré à elles seules environ 37 500 personnes, ce qui est un peu moins que les près de 43 000 pour les quatre piscines des Nations, mais plus que les 25 500 de Brompton-Rock-Forest-Saint-Élie-Deauville, qui compte aussi quatre piscines. 

Pourtant, malgré cet achalandage, l’arrondissement de Fleurimont passe de trois à deux piscines extérieures.

On peut se demander si les deux piscines toujours actives de l’Est pourront absorber cette demande. Je me permets d’en douter, déjà que celle des Optimistes est celle avec la plus grande moyenne d’usagers par jour et que celle de Claire-Fontaine obtient la troisième plus grande moyenne quotidienne.

En plus, les deux piscines restantes sont presque voisines, à moins d’un kilomètre l’une de l’autre – Cœur-Immaculée-de-Marie est à environ deux kilomètres de ces deux offres aquatiques. Les deux piscines restantes sont donc un peu loin pour ceux et celles qui demeurent davantage au sud de l’arrondissement, comme les rues du Conseil, Galt Est, Lavigerie ou Bowen Sud. 

Je me demande, devant ces chiffres, si des jeux d’eau peuvent vraiment remplacer ou combler le vide créé par la fermeture de Cœur-Immaculée-de-Marie. Certes, la Ville de Sherbrooke a un nombre de piscines extérieures plus élevées que d’autres villes similaires (Trois-Rivières et Saguenay ont 9 et 7 piscines extérieures, par exemple), mais s’asseoir là-dessus est un beau nivellement par le bas.

Besoins différents

Les jeux d’eau sont des infrastructures très intéressantes, là n’est pas le problème. Ils font la joie des enfants et des parents, parce qu’ils sont simples d’utilisation, demandent beaucoup moins de surveillance, moins de préparation et sont efficaces pour se rafraichir.

En fait, je crois qu’il devrait y avoir plus de jeux d’eau. En ce moment, il n’y en a que deux à Sherbrooke. L’un au parc de Saint-Boniface (Vieux-Nord) et l’autre au parc Belvédère (Ascot). Il devrait y avoir des jeux d’eau dans chaque quartier, non seulement pour les enfants autour, mais aussi parce que c’est vraiment nécessaire lors des vagues de chaleur. Mais pas au détriment des piscines publiques.

Il ne faut pas oublier que se rafraichir, ce n’est pas la même chose que se baigner. Évidemment, se baigner est une façon de se rafraichir, mais limiter la baignade qu’à cette utilité est réducteur. 

Déjà, se rafraichir avec un jet d’eau et se rafraichir dans une piscine sont deux choses très différentes. C’est aussi différent qu’une douche et un bain. Il y a un effet de relaxation qui n’est pas là avec des jets. Tu ne peux pas t’étendre dans des jeux d’eau. 

En 2011, la Ville de Gatineau réalisait que transformer les pataugeoires en jeux d’eau avait peut-être été une erreur. Le responsable de programme aquatique de l’époque, Jean-Marc Lacroix, avait expliqué à La Presse : « Ce ne sont pas les mêmes gens qui utilisent les jeux d’eau, les pataugeoires et les piscines extérieures. Ce ne sont pas les mêmes clientèles. » Les milieux défavorisés préfèrent de loin les pataugeoires et les piscines, parce qu’ils n’ont pas de piscines à la maison.

Les piscines publiques servent aussi à l’exercice physique. Pour plusieurs personnes, la piscine est un rare endroit pour faire de l’exercice, que ce soit pour des contraintes physiques ou financières. 

Elles sont aussi d’important lieu d’apprentissage. La Société de sauvetage soulevait déjà des inquiétudes en 2016 sur la conversion des piscines en jeux d’eau. Elle rappelait que ce sont souvent avec les piscines publiques et les pataugeoires que les jeunes apprennent à nager.

Ce n’est pas vrai que tout le monde a les moyens de payer des cours de natation à ses enfants. Et si ces enfants ne peuvent s’exercer dans une infrastructure publique et n’ont pas accès à une piscine, comment vont-ils apprendre à nager? La Société de sauvetage estimait qu’environ un enfant sur cinq ne savait pas nager en eau profonde. 

Je comprends l’idée administrative derrière. Les jeux d’eau sont deux à trois fois moins chers qu’une piscine publique extérieure en plus de demander beaucoup moins d’entretien et ne nécessitent pas d’engager de sauveteurs et sauveteuses. Mais ce n’est pas le même service à la population.

On apprenait aussi la semaine dernière que la piscine Claire-Fontaine, également dans Fleurimont, avait une grosse fissure. Elle aussi date des années 1960. Peut-être que si elle avait été mieux entretenue, elle ne serait pas dans cette situation, comme celle de Cœur-Immaculée-de-Marie.

Le conseil municipal doit décider de son sort. Espérons que les conseillers et conseillères aillent au-delà de la décision comptable et n’oublient pas comment une telle infrastructure peut faire une différence dans la vie des gens. Elles méritent qu’on se mouille pour les sauver.