Les échanges entre le libéral Marc Tanguay et le caquiste Simon Jolin-Barrette risquent de faire des flammèches.

Savoir tomber, savoir rebondir

CHRONIQUE / Mercredi, le gouvernement Legault a nommé Fatima Houda-Pepin, chroniqueuse chez MédiaQMI et ex-députée libérale, déléguée générale du Québec à Dakar. Jeudi, le chef libéral Pierre Arcand a annoncé la nomination de Marc Tanguay à titre de leader parlementaire des libéraux à l’Assemblée nationale...

Ceci n’explique pas cela, mais on peut tout de même noter que Marc Tanguay est à l’origine de la crise qui a vu Mme Houda-Pepin quitter le caucus libéral en début d’année 2014, en pleine précampagne électorale.

Quelque temps auparavant, elle avait dénoncé publiquement Marc Tanguay, qui s’était montré favorable à ce qu’une candidate libérale porte le tchador. Un épisode qui a été la goutte qui a fini par faire déborder le vase en ce qui la concerne.

Marc Tanguay est un militant libéral dans l’âme. Il ne rechigne pas à monter au créneau et peut avoir un ton cassant au Salon bleu. À titre de leader parlementaire, ses échanges avec le caquiste Simon Jolin-Barrette risquent de faire des flammèches. D’autant que M. Jolin-Barrette peut aussi être cassant dans son rôle de leader parlementaire du gouvernement.

Mais le prochain vrai défi du Parti libéral du Québec, à terme, se déroulera hors du Salon bleu. Il sera de conserver dans son giron la circonscription de Jean-Talon, abandonnée la semaine dernière par Sébastien Proulx — que Marc Tanguay, donc, remplace dans ses fonctions parlementaires.

Moins loin que le PQ

Le gouvernement Legault n’ira pas aussi loin que le souhaite le Parti québécois dans le dossier linguistique. Mais il voudra aller assez loin pour pouvoir dire à un moment qu’il a agi et sans doute suffisamment loin pour apaiser les craintes qui peuvent exister dans la majorité francophone — ou qui finiraient par surgir plus fortement s’il demeurait les bras croisés.

Pour le Parti québécois, tactiquement parlant, le fait que le dossier soit passé des mains de la ministre Nathalie Roy à celles de Simon Jolin-Barrette est une mauvaise nouvelle. D’abord, parce que M. Jolin-Barrette est un nationaliste convaincu et affiché, et qu’il est fort possible que les mesures qu’il présentera inspirent, déjà de ce seul fait, confiance à une majorité de citoyens. Ensuite, ce politicien naturel saura calculer instantanément le rapport entre les coûts et les bénéfices politiques des décisions qu’il prendra.

Bousculé depuis des mois par le gouvernement Legault sur le terrain du nationalisme, le Parti québécois n’avait évidemment pas le choix d’affirmer qu’il replace l’indépendance du Québec au coeur de ses actions à venir. Il doit se distinguer des caquistes.

Dans la tourmente, il faut de toute façon revenir à la base — quitte à laisser aller le pouvoir pendant un certain temps.

Rien n’est mieux pour un parti que de prendre appui sur ses convictions, même si elles ne sont pas populaires.

Pour l’heure, ce qui doit faire humainement le plus mal à certains députés péquistes, ce n’est pas la place qu’ils occupent dans les intentions de vote, c’est de voir des compagnes et des compagnons de route continuer de partir travailler au sein de l’appareil politique du gouvernement Legault. C’est maintenant au tour de l’ancienne attachée de presse de l’ex-chef péquiste Pauline Marois, Marie Barrette, d’effectuer ce saut. Mme Barrette vient de joindre le cabinet du ministre Lionel Carmant.

Des exemples pour le NPD?

Sur la scène fédérale, au milieu des tuiles, une bonne nouvelle pour le NPD cette semaine : le cinéaste Hugo Latulippe veut se lancer sous la bannière orange dans la circonscription de Montmagny–­L’Islet–Kamouraska–­Rivière-­du-Loup. Mais ce bon coup ne panse pas la plus récente plaie ouverte par le passage d’ex-candidats néo-démocrates provinciaux du Nouveau-­Brunswick chez les Verts.

Des partis qui surmontent des difficultés, voire des crises, cela existe pourtant.

Malgré le départ fracassant de Fatima Houda-­Pepin et la tourmente dans laquelle ils étaient plongés sur les signes religieux durant l’hiver 2014, les libéraux de Philippe Couillard ont remporté le scrutin général du mois d’avril cette année-là.

Autre exemple : en juin 2011, le Parti québécois de Pauline Marois a sombré dans une profonde crise lorsque cinq de ses députés ont claqué la porte. L’automne suivant, Mme Marois, qui s’est alors appuyée sur quelques fidèles, dont son attachée de presse Marie Barrette et des députés, a dû faire face à une nouvelle fronde interne. Le Parti québécois a tout de même remporté les élections générales l’année suivante.

Sur papier, des exemples comme ceux-là seraient de nature à susciter un peu d’espoir au sein du NPD. Mais il existe une différence fondamentale entre, d’une part, la situation du Parti libéral du Québec et du Parti québécois d’alors et, d’autre part, celle du NPD d’aujourd’hui. 

Les libéraux et les péquistes étaient à ce moment-là encore au centre du jeu politique au Québec. Ils représentaient l’«alternative» au gouvernement en place. Malheureusement pour lui, ce n’est pas le cas actuellement pour le NPD.