Personne, de Mathieu Bock-Côté, Chantal Hébert et Luc Lavoie, n'a voulu prédire l'issue de l'élection fédérale, outre qu'elle formera un gouvernement minoritaire.

«Tout le monde en parle»: «110%» politique

CHRONIQUE / Personne, de Mathieu Bock-Côté, Chantal Hébert et Luc Lavoie, n'a voulu prédire l'issue de l'élection fédérale, outre qu'elle formera un gouvernement minoritaire. Mais cette conversation avec le trio d'analystes politiques fut l'un des rares véritables bons moments de cette édition écourtée de «Tout le monde en parle» dimanche.

C'est à un «110%» politique que se sont prêtés les trois passionnés de politique, avec à chaque bout, Bock-Côté et Lavoie, en désaccord sur une chose: la nécessité de la loi 21, qui a créé quelques frictions. Pour le reste, tout le monde s'entendait qu'Yves-François Blanchet avait fait une campagne exceptionnelle, que Jagmeet Singh avait été bon, et Luc Lavoie a identifié le premier débat à TVA comme le point tournant. «L'apparition très nette de François Legault dans la campagne» a joué un grand rôle, ajoute Bock-Côté. À l'inverse, le trio souligne l'absence de charisme d'Andrew Scheer et le peu d'intérêt qu'il ait suscité au pays, tout comme la mauvaise performance d'Elizabeth May. Si Lavoie pense que Scheer partira s'il est battu, Hébert n'y croit pas. «Si le résultat est serré, je m'attends à ce que personne ne démissionne le soir même», dit-elle.

«Les gens vont vouloir avoir 18 mois de répit» avant de retourner en élection, selon Lavoie, qui ne croit pas à un gouvernement de coalition. Hébert considère que la promesse d'Andrew Scheer d'abolir la taxe carbone constitue la meilleure façon de faire tomber «à la première occasion» un éventuel gouvernement conservateur. L'appui de Barack Obama à Justin Trudeau vient trop tard et n'aura pas de réelle influence, selon Bock-Côté et Lavoie.

Venu promouvoir l'album Pour déjouer l'ennui, Pierre Lapointe a dénoncé l'inertie du gouvernement face aux géants du web, et plaidé pour une diversité d'opinions dans les médias, dont la survie est menacée. Questionné sur les allégations contre Patrick Bruel, pour qui il a écrit deux chansons, il se montre prudent, insistant pour dire qu'il ne fallait «pas minimiser ce genre de dénonciations-là.» L'animateur du Premier Gala de l'ADISQ mercredi se sentait «un peu mal» que Voivod n'ait jamais chanté à l'ADISQ; il a donc voulu ouvrir la soirée avec le groupe métal et Éric Lapointe. Une mise en scène du Cirque du Soleil l'a amené trois semaines à Monaco, une expérience à la fois formidable et déstabilisante. La visite des groupes criminalisés et les dépenses extravagantes l'ont beaucoup dérangé, admet-il.

Dans l'essai Le boys club sur le pouvoir masculin encore trop présent, l'écrivaine, professeure et militante féministe Martine Delvaux pointe du doigt ces hommes blancs, hétéros, assez riches, «qui fonctionnent en circuit fermé». Elle reste abasourdie par le propos du documentaire Bitch! Une incursion dans la manosphère, qui prétend au contraire que les femmes dominent le monde, ce qui est contraire à ce qu'elle observe. Elle a écrit ce livre après avoir entendu parler de «la ligue du LOL», un groupe Facebook formé de journalistes et de rédacteurs en chef, qui intimidaient et humiliaient des jeunes femmes. Une misogynie bien réelle en journalisme politique, confirme Chantal Hébert, qui parle de «partis qui ciblent systématiquement des journalistes féminines». Tout un chapitre du Boys club porte sur le viol collectif, démonstration ultime de la domination masculine. Elle déplore notamment qu'on ait pu voir une cinquantaine de viols dans les cinq premières saisons du Trône de fer, et préfère de loin la manière d'aborder ce thème dans la série Unbelievable (Incroyable) sur Netflix, «un suspense enlevant». «Si on peut être qui on est au Québec, c'est parce que les femmes ont pris leur place», a tenu à dire Pierre Lapointe, au sujet de notre ouverture à la diversité. Conclusion de Martine Delvaux sur les féministes qui se font accuser de haïr les hommes: «Tout ce qu'on veut, c'est de l'amour. C'est juste ça, le combat féministe.»

On ne sait désormais que croire d'Alexandre Jardin, qui apparaissait presque vulnérable en citant ces mensonges qu'il a cultivés si longtemps dans son œuvre. «J'en avais besoin», affirme l'auteur du Zèbre, qui avait en partie fait son coming-out de menteur sur le même plateau en 2005. «Parce que je pouvais dire ça au Québec», pas en France. L'Alexandre des premiers romans, c'était «le type que j'ai fabriqué pendant des années pour arriver à supporter la réalité. [...] J'ai entièrement réinventé ma vie pour pouvoir la vivre.» Sa nouvelle vérité, qu'il expose dans «Le roman vrai d'Alexandre», lui a permis d'être enfin heureux et de resserrer les liens avec ses enfants. Très impliqué auprès des Gilets jaunes, il croit que leurs manifestations étaient en quelque sorte «une répétition» à une révolution beaucoup plus explosive.

Coup de cœur pour l'auteure et illustratrice Élise Gravel, qui a publié une cinquantaine de livres jeunesse, dont son plus grand succès, Une patate à vélo. Son nouveau, C'est quoi un réfugié?, s'y prend tôt pour inculquer aux tout petits des valeurs d'ouverture. Et pourquoi pas chez les grands? «Je ne suis pas bonne pour parler aux adultes. Je suis trop immature», affirme l'artiste, qui fait du bénévolat dans les classes d'accueil d'enfants réfugiés, qu'elle initie au dessin. Le grand Antonio, homme fort qui tirait des autobus et qu'elle a illustré, reste son personnage favori «de tous les temps». Élise Gravel reconnaît que sa carrière américaine est 10 fois plus payante que sa carrière au Québec.

Vous aurez remarqué que le segment sur la dépendance aux jeux a été retiré du montage, par choix éditorial, raison pour laquelle l'émission a fini plus tôt. Tout le monde en parle fera place au Gala de l'ADISQ dimanche prochain.

Pour commenter, rendez-vous sur ma page Facebook.

Suivez-moi sur Twitter.

Consultez QuiJoueQui.com.

Coup de cœur pour l'auteure et illustratrice Élise Gravel, qui a publié une cinquantaine de livres jeunesse.