Serge Savard dirigeait le Canadien quand l’équipe a remporté sa dernière coupe Stanley en 1993. Philippe Cantin signe sa biographie.

Soirée avec une légende vivante à «Tout le monde en parle»

CHRONIQUE / Serge Savard a été un invité en or dimanche à «Tout le monde en parle», une émission marquée entre autres par les envolées colériques de Denise Bombardier, inquiète pour la survie de la langue française, et la visite de Justin Trudeau, fier de ses quatre ans au pouvoir même s'il est loin d'«être parfait», a-t-il reconnu.

On ne peut éprouver que de l'admiration pour Serge Savard, qui dirigeait le Canadien quand l'équipe a remporté sa dernière coupe Stanley en 1993. Et pourtant, «sur papier, les Nordiques étaient meilleurs que nous autres», affirme celui qui s'est raconté au collègue Philippe Cantin dans une biographie intitulée Serge Savard: Canadien jusqu'au bout. L'ex-joueur et directeur général, à qui je décerne mon étoile du match, envoyait quatre à cinq dépisteurs sur le terrain pour trouver les meilleurs joueurs francophones, ce qui n'existe plus aujourd'hui. Celui qu'on surnomme encore le «Sénateur» garde un goût amer de son congédiement, convaincu qu'il aurait gagné la coupe Stanley avec l'équipe qu'il avait formée cette année-là. «En l'espace de 15 minutes, tu deviens une personne non grata», déplore-t-il, après avoir été tenu à l'écart de l'équipe une bonne dizaine d'années par la suite. Cet amoureux de la politique a été un grand partisan de Brian Mulroney, qu'il considère encore comme «le meilleur premier ministre qu'on a eu au Canada.»

La vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault, s'est montrée très solide en début d'émission, tenant un discours limpide et cohérent, notamment au sujet des ratées de l'UPAC. Elle espère qu'un nouveau commissaire soit nommé dès cette semaine. L'entrevue a peut-être dissipé une partie des rumeurs sur ses sautes d'humeur et le fait qu'elle entretienne une haine viscérale des péquistes. Elle a ri quand l'animateur lui a parlé de son aversion pour les Montréalais, ce qu'elle nie. «Je suis assez chauvine par rapport à Québec mais ça fait un peu partie de mes fonctions», a-t-elle rétorqué. Puis: «J'ai eu un langage peut-être un petit peu fleuri», au sujet de la compétence des employés qu'elle a remerciés. Elle nie aussi que des conflits l'opposent à certains de ses collègues. «Ça se pourrait à un moment donné qu'il y ait des frictions», reconnaît-elle, ajoutant que «le Jell-o a vraiment pogné» dans l'équipe caquiste depuis l'élection d'il y a un an.

Entrevue explosive avec Denise Bombardier – on se serait cru sur un plateau français –, qui a dû en sortir ravie, parce qu'on sait qu'elle adore se coller à la controverse. Comme à sa dernière visite, qui avait scandalisé les communautés francophones hors Québec, qu'elle disait pratiquement éteintes. Le tournage du documentaire Denise au pays des Francos l'a en quelque sorte confortée dans cette idée. «Je ne suis pas jovialiste par rapport à la survie du français en dehors du Québec», dit-elle aujourd'hui. Son voyage au Manitoba lui a rappelé un épisode douloureux vécu 40 ans plus tôt. «La première fois que j'ai entendu un anglophone au Canada me dire « Speak white! », c'était à Winnipeg. […] L'émotion m'est revenue comme si c'était hier.»

Denise Bombardier donne un show, frappant à coups de poing sur la table, quand Dany Turcotte la soupçonne d'avoir renié le milieu ouvrier d'où elle vient. Beaucoup de rires aussi dans cette entrevue, où il a été question de la qualité de la langue. «Dans l'avion, on m'a dit : «Bonjour Hi». J'ai dit «A-I-L»? Mais elle a pas compris évidemment», raconte Mme Bombardier. «Je voudrais que tous les francophones des autres provinces aient les mêmes droits et les mêmes protections que les anglophones du Québec», a-t-elle tout de même conclu.

Accueilli sur l'air de la chanson-thème sa campagne, la bonne version française cette fois, Justin Trudeau n'est sorti ni gagnant ni perdant de cette entrevue. Il considère que son gouvernement a fait «plus pour l'environnement que n'importe quel autre». Quand l'animateur lui demande s'il restera à la tête du Parti libéral s'il perd le 21 octobre, il répond qu'il ne peut imaginer «qu'on va se réveiller le 22 octobre avec un gouvernement qui n'aura pas de plan pour lutter contre les changements climatiques» et «peut-être reculer sur les droits des femmes et des communautés LGBT». Denise Bombardier croit qu'il n'aurait pas dû s'excuser pour sa photo du «blackface», mais le premier ministre considère que le geste a pu blesser des gens, et qu'il fallait s'excuser. «La question qui tue» a fait crouler de rire l'assistance: «En quoi allez-vous vous déguiser pour l'Halloween cette année?» Comme en 2012, M. Trudeau a embrassé volontiers Dany Turcotte, qui lui lançait ce défi sur sa carte.

Christian Tétreault communique avec sa fille, décédée à deux ans dans ses bras en 1985. Il en parle dans «Conversations avec Marie», un second livre qui lui est consacré. «Un enfant, ça meurt pas. […] Ma fille vit pour le vrai à l'intérieur de moi», dit-il, se défendant bien de ne pas être fou ou illuminé. Il ne boit plus depuis 530 jours, après avoir été arrêté pour ivresse au volant en avril 2018. «J'étais pas à point zéro huit, j'étais à point beaucoup», dit-il. Il pouvait dissimuler son alcoolisme même à son épouse, en privilégiant la vodka et le rince-bouche. «Le bonheur total», dit-il de sa sobriété, dont il savoure chaque instant.

En bonne position pour remporter le Félix de la révélation de l'année – il est neuf fois en nomination –, Vincent Roberge, alias Les Louanges, a avoué être nerveux d'aller sur ce plateau. Manifestement, Denise Bombardier n'éprouvait pas le même plaisir que nous à voir l'artiste, qu'on a somme toute peu vu à la télévision depuis sa fulgurante ascension, avec des chansons comme Pitou et La nuit est une panthère. Une renommée qui lui a inspiré la chanson «Attends-moi pas». Il ne comprend pas pourquoi il devrait chanter en anglais alors qu'il se lève le matin, qu'il rit, qu'il pleure en français, comme le lui avait fait remarquer un ami. Et c'est tant mieux.

Pour ceux qui se posaient la question, Maxime Bernier est le seul chef de parti à avoir refusé l'invitation de Tout le monde en parle.

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