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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
À la Santé et aux Services sociaux, Christian Dubé a été méthodique et résolu.
À la Santé et aux Services sociaux, Christian Dubé a été méthodique et résolu.

Revue politique en temps de COVID (2e volet)

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CHRONIQUE / Après François Legault et Justin Trudeau, ainsi que l’ensemble des chefs des formations politiques québécoises et fédérales la semaine dernière, ce deuxième volet de notre revue politique est consacré à des ministres et à des députés de l’Assemblée nationale. À tout seigneur tout honneur, il doit commencer par une pensée particulière pour Christian Dubé, un personnage clé de la deuxième moitié de 2020 au Québec. 

Les remaniements ministériels sont souvent des opérations casse-gueule. Celui auquel a procédé François Legault en juin a donné des résultats intéressants cet automne.

Le 22 juin, le ministre Christian Dubé a pris les rênes de la Santé. Et Sonia LeBel lui a succédé au Conseil du trésor. Mme LeBel a mené à bon port le projet de loi sur l’accélération de projets d’infrastructure, celui dont la première mouture présentée par M. Dubé avait été décriée avec raison par la Vérificatrice générale et d’autres. Depuis qu’elle est ministre, Mme LeBel remplit ses tâches avec brio et sans esbroufe.

Sonia LeBel remplit ses tâches avec brio et sans esbroufe.

À la Santé et aux Services sociaux, Christian Dubé a été méthodique et résolu. Il a été un facteur de changements positifs dans cette immense machine. Je le souligne avec d’autant plus de force que lors du remaniement de juin, je m’étais demandé s’il était bien judicieux de changer de capitaine au beau milieu de la tempête — entre deux vagues de COVID-19. Danielle McCann connaissait le réseau; Christian Dubé, à peu près pas.

Or, le regard neuf de cet «opérationnel» a constitué un atout. Comment peut-on dire cela alors que des hôpitaux sont débordés par des cas de COVID? Ce ministre ne pouvait pas faire de miracle contre le virus ni remédier au manque chronique d’infirmières et d’infirmiers. Mais il y a désormais un capitaine tenant mieux le gouvernail à la Santé et aux Services sociaux. Les ordres et les consignes se perdent moins qu’avant dans les dédales administratifs. Ça n’a l’air de rien, mais c’est beaucoup. Sans cela, la situation serait encore pire.

À l’Enseignement supérieur, Danielle McCann n’a rien fait pour apaiser le sentiment d’abandon et de désespoir de bien des étudiants du cégep et des universités. À sa décharge, bien peu de ministres parviennent à imprimer leur marque dans ces réseaux où l’«autonomie» est sacrée.

Deux en deux? C’est rare, mais un autre remaniement ministériel a été porteur. Début octobre, Ian Lafrenière a succédé à Sylvie D’Amours à titre de responsable des Affaires autochtones. L’ancien policier est rapidement devenu un atout pour les caquistes. Il s’est notamment fait une place à part entière aux côtés des deux coprésidents du Groupe d’action contre le racisme, Lionel Carmant et Nadine Girault.

Ian Lafrenière est rapidement devenu un atout pour les caquistes.

Points de repère

Poursuivons ce bilan avec la... non-présentation du projet de renforcement du statut de la langue française au Québec, un dossier de Simon Jolin-Barrette. Cette présentation est sans cesse «à venir», on le sait. Ces dernières semaines, le ministre est cependant parvenu à forger des consensus au Québec. Surtout, il a usé d’un ton et de mots qui sont de bon augure pour la suite des choses.

Des mots et un ton pas du tout «contre», mais «pour». Pas revanchards ou contre autrui, mais pour la pérennité et l’épanouissement de la langue française. C’est bienvenu. Car, au-delà de nécessaires mesures musclées, notre langue a besoin d’un élan largement partagé.

Simon Jolin-Barrette est parvenu à forger des consensus autour du statut de la langue française au Québec.

Sur un autre plan, deux pièces majeures ont été présentées cet automne par le gouvernement Legault. D’abord, le projet de loi visant à réformer le régime de santé et de sécurité du travail du ministre Jean Boulet. À elle seule, cette présentation était un tour de force. Depuis fort longtemps, personne n’avait osé jouer là-dedans de crainte de rompre un soi-disant équilibre.

Deuxième pièce majeure : le Plan pour une économie verte 2030. Ce plan du ministre Benoit Charette est bien sûr tombé dans la moulinette du cabinet du premier ministre. Il n’a pas été élaboré pour bouleverser les choses. Il a été pensé pour guider une évolution. Le plan gagnera en portée si chaque mise à jour à venir constitue une occasion d’ajouter aux 42 % des mesures déjà identifiées pour réduire les GES de 37,5 % par rapport à 1990.

Le Plan pour une économie verte du ministre Benoit Charette a été pensé pour guider une évolution.

Impossible aussi de ne pas retenir ceci : «La bibitte Pierre Fitzgibbon vient avec un bagage.» C’est ce qu’avait déclaré le ministre de l’Économie en avril 2019. C’était déjà comme un défi lancé à la Commissaire à l’éthique et à la déontologie, qui commençait à se pencher sur son cas. À ce défi, il a récemment ajouté un pied de nez.

Mais pourquoi François Legault a-t-il mis tout son poids politique pour défendre son ami? Il était politiquement impossible qu’un second blâme soit voté par l’Assemblée nationale contre Pierre Fitzgibbon. Une fois, c’est déjà une affaire exceptionnelle. Accepter qu’un deuxième blâme lui soit infligé aurait été comme lui montrer la porte. Le «faites ce que je dis, pas ce que je fais» l’a emporté.

Poursuivons. Cet automne, la tension entourant les mesures de restriction dues à la COVID-19 a fait commettre de faux pas à certains. La ministre Marie-Eve Proulx fait partie du groupe. Elle a accusé à tort le député libéral Monsef Derraji d’avoir appelé à défier les règles de la Santé publique.

On retient par ailleurs que la vice-première ministre Geneviève Guilbault n’a pas mis ses talents de communicatrice au service du projet de transport structurant de Québec, dont l’épine dorsale repose sur le tramway.

Du côté de l’opposition

La très déterminée libérale Marwah Rizqy, la pertinente solidaire Christine Labrie et la toujours solide péquiste Véronique Hivon ont poursuivi pour une deuxième année d’affilée leur travail d’équipe et talonné le ministre Jean-François Roberge.

Un autre mot sur Véronique Hivon au passage : elle a su sortir du rang péquiste sans créer de crise interne. En disant qu’elle-même reconnaissait le «racisme systémique» sans partir en guerre contre la direction de sa formation, elle a offert un bel exemple de ce que pourrait être un assouplissement des «lignes» de parti. À méditer.

Véronique Hivon a su sortir du rang péquiste sans créer de crise interne.

Une mention spéciale à son collègue Sylvain Gaudreault. Il a su rebondir après sa défaite dans la course à la direction au PQ. Il a contribué à améliorer le projet de loi sur les projets d’infrastructures du gouvernement sur des aspects liés à l’environnement.

Chez les libéraux, André Fortin a démontré qu’on peut exercer la délicate fonction de leader parlementaire en défendant son groupe sans tomber dans des bassesses contre les adversaires d’en face. De la vraie bonne tenue.

On ne peut en dire autant de la libérale Isabelle Melançon, qui connaît ses dossiers et qui les fait généralement bien passer. Elle a surpris en accusant le premier ministre Legault de diriger un gouvernement de «mononcles», un «Boys Club».

Comme critique en matière de Santé, la libérale Marie Montpetit a parfois énervé Christian Dubé. Mais elle a offert ce type d’opposition qui oblige à se surpasser lorsqu’on est au pouvoir.

Chez Québec solidaire, et puisqu’il a déjà été question des cochefs Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois la semaine dernière, je retiens la pleine vitesse de croisière atteinte par le député Vincent Marissal comme parlementaire. Quoi que chacun pense de l’«impôt pandémie», il a su défendre le dossier, tout comme il a été efficace dans celui des privilèges éhontés accordés à des membres du crime organisé par le Casino de Montréal ou encore pour illustrer l’accroc de Pierre Fitzgibbon, qui «s’est fait prendre sur l’autoroute à 135 kilomètres/heure, mais qui va plaider devant un juge qu’il faut changer le Code de la route».

Retour à la CAQ

Ce qui suit n’est pas un point de repère politique, mais un morceau choisi. Remontons un peu dans le temps : le 14 février 2018, le député caquiste Éric Lefebvre, de son fauteuil du Salon bleu, avait demandé sa compagne en mariage. Il l’avait fait devant ses collègues députés. Les avis sur une demande aussi personnelle formulée dans un tel lieu étaient partagés. Je l’avoue, j’étais dubitatif.

Mais ce doute a été chassé. C’est un être entier et impliqué dans les choses de la vie qu’on a pu découvrir récemment. Un petit matin gris, le député Lefebvre s’est amené au Salon bleu. Il n’avait plus de cheveux. Son crâne était rasé. Il s’est levé. A pris la parole.

Il a expliqué aux députés présents et à la présidence de l’Assemblée nationale qu’il ne s’agissait pas d’un «nouveau look». Non, ce n’était pas ça. C’était un message d’appui à un ado de 16 ans qu’il lançait ce matin-là, un ado de sa circonscription qui combat une leucémie. Ce message, il l’a lancé les yeux dans l’eau et à voix haute : «Romain, ne lâche pas!».

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