François Bourque
Le Soleil
François Bourque
La Ville imagine l'aménagement de parcs et d'allées de verdures pour faire le lien entre le pôle commercial Place Fleur-de-Lys et les artères environnantes.
La Ville imagine l'aménagement de parcs et d'allées de verdures pour faire le lien entre le pôle commercial Place Fleur-de-Lys et les artères environnantes.

Revitalisation du pôle Hamel-Laurentienne: un beau plan mais peu de contrôle

CHRONIQUE / Beaucoup de pistes attrayantes dans la vision de l’administration Labeaume pour le secteur Hamel/Laurentien.

Plus d’habitation, plus de verdure, (un peu) moins d’autoroute, moins d’espaces gaspillés, un nouveau quartier, etc. On ne peut qu’applaudir.

Cette proposition a cependant l’inconvénient que la ville n’en contrôle rien ou très peu. Sa mise en oeuvre dépendra du gouvernement et de l’intérêt de promoteurs privés à s’y investir.

L’administration Labeaume parle de sept projets déjà «sur la table» pour des investissements de 650 M $ voire plus, et un potentiel de 3000 logements au moins.

Va pour le projet à Fleur de Lys, mais pour les autres on va retenir encore un peu notre enthousiasme.

Je pense au terrain de l’ancien concessionnaire Giguère, face à Expo-Cité. Voici des décennies qu’on y annonce un développement imminent, mais rien ne se passe.

La ville souhaite revoir la configuration de l’autoroute Laurentienne et du pont d’étagement à la hauteur de Hamel. Bonne idée. Voici aussi des décennies qu’on en parle. Mais ce n’est pas la ville, mais le gouvernement Legault qui va en décider.

Ce même gouvernement qui projette d’y faire émerger un tunnel autoroutier en provenance de Lévis, ce qui semble incompatible avec l’idée de transformer Laurentienne en boulevard urbain.

Il est évident que l’administration Labeaume en sait plus long qu’elle ne veut le dire sur le projet du tunnel avec Lévis.

Il est vraisemblable de croire qu’elle en a tenu compte dans la proposition qu’elle vient de déposer pour le pôle Hamel/Laurentienne. Sauf que sur les plans, rien n’y paraît encore et le maire écarte toutes les questions sur le sujet.

L’élément central de la vision dévoilée lundi est sans contredit la transformation du centre commercial Fleur de Lys et des stationnements qui l’entourent. Le projet est d’en faire un nouveau quartier habité avec des promenades, commerces, bureaux, activités de divertissement et d’enseignement, de l’hôtellerie, etc.

On connaissait déjà depuis un moment les intentions des propriétaires (Trudel Alliance), mais le projet reçoit désormais l’imprimatur de la ville, ce qui est une excellente nouvelle.

***

Plus inattendue est la transformation annoncée du boulevard Hamel en une avenue «verte» bordée au sud par des immeubles résidentiels et commerciaux qui pourraient atteindre 10 à 14 étages.

Un contraste spectaculaire avec l’enfilade actuelle de stationnements de surface, d’affiches commerciales tapageuses et d’immeubles hétéroclites sans envergure ni grandes qualités architecturales.

Le boulevard Hamel fait partie de ces artères relâchées d’une autre époque qui ont mal vieilli et ne répondent plus aux standards des quartiers d’aujourd’hui où on aime retrouver mixité, densité, verdure et sécurité pour les piétons.

On ne peut qu’applaudir à l’idée de relever le boulevard Hamel. Je vois même une sorte de symbole dans la proposition de le faire passer par-dessus l’autoroute Laurentienne plutôt de le laisser en dessous des voies rapides.

Au plan urbain, ce scénario laisse cependant à désirer.

Pour raccommoder les quartiers Vanier et Limoilou, il était envisagé un boulevard urbain à partir de la rue Soumande, près d’Expo-Cité.

Cette hypothèse avait d’autant plus de sens qu’on projette un nouveau quartier à Fleur de Lys.

On comprend aujourd’hui que les voies rapides vont demeurer jusqu’à la rue Lee, au sud de la rivière St-Charles. C’est donc une bien modeste portion de l’autoroute Laurentienne qui sera transformée. Si transformation, il finit par y avoir.

Dans un monde idéal, on aurait imaginé une véritable intersection au croisement de Hamel et Laurentienne, avec des immeubles dans chacun des quadrants pour marquer le caractère urbain d’une entrée en ville.

On se consolera à l’idée que les bretelles d’accès de l’autoroute seront démantelées et remplacées par des voies de service plus discrètes.

La connexion avec Hamel se fera sur une plate-forme au-dessus de l’autoroute au centre de laquelle on retrouvera des feux de circulation. Rien de très invitant pour les piétons de Hamel qui devront attendre leur signal au milieu d’un «no man’s land» au-dessus de l’autoroute.

Pourquoi ne pas avoir retenu un scénario de transformation plus audacieux? L’explication est dans le volume des voitures qui empruntent l’autoroute Laurentienne en direction du centre-ville le matin.

Un feu de circulation à la hauteur de la rue Soumande ou du boulevard Hamel risquerait de provoquer un refoulement jusque sur l’autoroute Félix-Leclerc, ce qui soulève semble-t-il un enjeu de sécurité.

Peut-être. N’empêche qu’au plan urbain, on va y perdre.

Comme on a perdu ce jour où l’administration Labeaume a choisi de ne pas construire son amphithéâtre en façade du boulevard Hamel, près de Laurentienne.

Ça aurait pu être le coup d’envoi d’une revitalisation de cette artère et du voisinage, mais la ville y a renoncé à cause des coûts de décontamination du terrain qui aurait fait sauter le budget de 400 M $ auquel tenait le maire.

On y a finalement aménagé un stationnement de surface pour le Centre de foire. Pas ce qui il y de plus productif pour améliorer l’urbanité d’un quartier.

J’ai remarqué dans le plan montré lundi qu’on avait esquissé deux ou trois immeubles sur ce stationnement.

Intéressant, mais j’imagine que les terrains qui étaient contaminés le sont toujours et que ça ne coûtera pas moins cher qu’il y a dix ans pour les réhabiliter.

J’ai l’impression qu’on n’est pas à la veille d’y voir pousser quelque chose. Comme quoi il faut toujours se méfier un peu des jolis plans qu’on nous montre.

***

Parlant d’amphithéâtre, le maire Labeaume y voit le point de départ des centaines de millions d’investissements à venir dans le secteur et des millions de taxes que la ville va en tirer.

C’est un peu court. Ce n’est pas tant l’amphithéâtre qui a rendu le quartier plus attrayant, mais plus probablement le marché et les espaces publics autour.

Les travaux de verdissement et de reconfiguration du boulevard Hamel y ajouteront, mais le lien avec l’amphithéâtre est pour le moins ténu.

Quant aux retours de taxes, la ville en aurait eu de toute façon. Si des promoteurs planifient de nouveaux immeubles, c’est parce que la population augmente et qu’il y a un besoin. Un besoin qui n’est pas né de l’amphithéâtre ou des nouveaux joueurs des Nordiques.

C’est bien si Québec peut densifier ce «nouveau» quartier du centre-ville et en tirer des taxes.

Mais ces immeubles, que ce soit autour du pôle Hamel/Laurentienne ou ailleurs, rapporteront les mêmes taxes.

Ce qui change, c’est l’effort public nécessaire pour attirer les investisseurs dans un quartier plutôt qu’un autre. Dans le cas du pôle Hamel/Laurentienne, je trouve que l’effort projeté par la ville en vaut la peine.