Je vous ai parlé de Nathalie Bisson la première fois il y a un peu plus de trois ans, j’avais été impressionnée par sa façon de voir la vie, surtout d’avoir fait le marathon de Paris sans jamais être allée voir son chrono.

Retour sur 2019: quoi de neuf?

CHRONIQUE / C’est maintenant presque une tradition, voici des nouvelles de certaines histoires que j’ai partagées avec vous par le passé, parce que la vie continue, et parce qu’elle prend parfois de nouveaux chemins.

Un marathon sans la montre 

Je vous ai parlé de Nathalie Bisson la première fois il y a un peu plus de trois ans, j’avais été impressionnée par sa façon de voir la vie, surtout d’avoir fait le marathon de Paris sans jamais être allée voir son chrono. Atteinte de polyarthrite rhumatoïde sévère, elle n’en avait rien à cirer du temps. 

Pour vrai. 

Elle n’avait pas toujours été comme ça, elle m’a raconté son détour au pays de la performance, mais surtout son rêve de voir un jour son «pace du bonheur» — de courir (ou de marcher) à son propre rythme — être proposé dans le circuit officiel de course, une épreuve où seule la distance compte.

C’est maintenant chose faite, le marathon de Rimouski a annoncé il y a quelques semaines la tenue d’un marathon au Pace du bonheur à part entière, une vraie course, pas un départ plus tôt pour les gens qui courent moins vite. Au lieu des six heures généralement allouées pour parcourir 42,2 kilomètres, les participants auront huit heures.

Ils peuvent marcher ou courir.

Pas grave.

Les inscriptions ont débuté le 16 décembre, les places se sont envolées comme des petits pains chauds, tellement qu’il a fallu en ajouter une centaine. Nathalie a raconté l’engouement sur sa page Facebook : «Les inscriptions du Marathon du Pace du Bonheur ont dépassé en 48 heures le nombre de participants au marathon régulier de 42,2 km à Rimouski l’an dernier. Vous dire à ce point mon bonheur, impossible!»

Le procès continue

Cette mère attendait depuis plus d’un mois, le juge avait pris une demande en délibéré, les policiers accusés en déontologie avaient demandé un arrêt des procédures.

Pour un dossier détruit par la DPJ.

Une histoire compliquée et triste, des agressions sexuelles sur son fils de cinq ans par un voisin ado, des accusations qui n’ont pas été portées, une trousse médico-légale qui ne s’est jamais rendue au laboratoire pour analyse. Sans compter l’absence de services pour cette mère et son enfant, qu’on a placé en centre jeunesse.

Il a 15 ans aujourd’hui, il est brisé.

La mère poursuit les policiers qui ont mené ce dossier tout croche, il a fallu deux ans et demi avant que les audiences commencent et à peine une semaine après le début du procès, les policiers ont demandé l’arrêt des procédures parce que des notes dans le dossier de DPJ du présumé agresseur auraient été détruites.

Le 11 décembre, le Comité de déontologie a rendu sa décision, le procès se poursuit. «Les intimés n’ont pas établi que la destruction de certains documents cause un préjudice concret à leur droit de présenter une défense pleine et entière. […] Aucune preuve n’a été faite à cet égard», est-il écrit dans le jugement.

Donc, une fois de plus, après ce nouveau délai, cette nouvelle perte de temps, le procès pourra reprendre.

Et souhaitons-le, justice pourra être rendue.

La mère était soulagée, elle m’a écrit en apprenant la nouvelle. «Je suis passée au travers de plusieurs obstacles dans ma vie, je me suis battue pour ma vie et je suis du genre à pardonner et à me dire que malgré tout, je passerais au travers. Mais pour cette fois, je veux aller jusqu’au bout et j’aimerais que la lumière se fasse, car pour moi, on s’en est pris à mon enfant, on l’a abandonné, ignoré, et je vois bien ce qu’il devient à cause de tout ça. Mon cœur de maman se sentira mieux quand je verrai une lueur d’espoir dans les yeux de mon enfant.»

Steve Fortin, qui souffre de rétinite pigmentaire, a trouvé un bon boulot. Il a d’abord été embauché chez Qualtech où il pouvait aller avec Manouche son chien guide et il s’est fait offrir, récemment, un emploi dans la fonction publique fédérale.

La nouvelle vie de Steve

J’ai croisé Steve Fortin au Diamant le 2 décembre, j’étais là pour rencontrer les lecteurs du Soleil, il en a profité pour me présenter Jimmy. Jimmy avait lu la chronique que j’avais écrite sur Steve, sur les efforts qu’il faisait pour se trouver un emploi, il avait été touché par son histoire. 

Jimmy avait un frère qui avait la même maladie que Steve, une rétinite pigmentaire, il m’avait écrit pour inviter Steve à un match de football aux États-Unis. Steve est un fan fini de football.

Ils se sont d’abord rencontrés pour prendre un café, le courant a passé, ils sont partis ensemble à New York pendant la fin de semaine de l’Action de grâce en octobre. «Le samedi, on est allés au hockey voir les Rangers contre Edmonton et le dimanche, au football, on est allés voir les Jets contre les cowboys de Dallas. On est arrivés le vendredi et on a visité pas mal.»

Steve utilise l’expression «voir» même s’il ne voit plus rien. Il voit autrement, il ressent, c’est la même chose quand il va voir un spectacle de heavy métal. Il est d’ailleurs allé voir un show de Godsmack grâce à des âmes généreuses.

Steve et Jimmy sont amis depuis.

Et Steve a trouvé un bon boulot, il a d’abord été embauché chez Qualtech où il peut aller avec Manouche son chien guide et il s’est fait offrir, récemment, un emploi dans la fonction publique fédérale…

Depuis l’annonce de nouveaux délais dans la construction du pôle d’échange du Phare, Miguel Ross, qui est programmeur analyste, cherche du travail.

Miguel cherche du boulot

Aveugle lui aussi, Miguel Ross avait décroché l’emploi de ses rêves au Groupe Dallaire, un poste permanent comme programmeur analyste. Miguel y

travaillait depuis plus d’une année, il était heureux, comme il m’écrivait d’avoir «enfin les pieds fixés». Mais l’annonce de nouveaux délais dans la construction du pôle d’échange du Phare a changé la donne, il est des 100 travailleurs qui se sont retrouvés au chômage du jour au lendemain.

Quelqu’un a besoin d’un programmeur analyste?

Toujours plus de lecture

Godelieve de Koninck est une habituée de mes suites de fin d’années, son magnifique projet Liratoutâge n’en finit plus de faire des petits. 

Elle était seule au début en 2006, elle avait eu l’idée d’aller dans des CHSLD à raison d’une heure par semaine pour faire la lecture aux résidents. Elle lisait d’un peu de tout, de la poésie à l’horoscope en passant par l’actualité et des romans. Pour certains résidents, c’était leur seule «visite» de la semaine.

Ce n’est pas rien.

Godelieve croit beaucoup en la lecture, elle m’avait écrit pour recruter des bénévoles, elle a été servie. Plusieurs personnes ont répondu à son appel, elle a dû leur trouver des résidences où aller, ce qui n’a pas toujours été facile. On lui disait parfois que les résidents n’avaient pas besoin de ça. «Je réalise que tout va bien dans une résidence quand la responsable (ou la direction) est convaincue de l’importance de la lecture. Sinon, c’est plus difficile», m’écrivait Godelieve.

Six ans plus tard, Godelieve coordonne une escouade dévouée. «J’en suis maintenant à 56 bénévoles, 59 établissements, je lis encore à trois endroits, on s’attache… m’a-t-elle écrit par courriel. Je reçois quotidiennement des offres de bénévoles et des demandes d’établissements d’un peu partout dans la province; Montréal, Thetford, Drummondville, etc. Mes bénévoles, ils sont TOUS extraordinaires d’autonomie, de dynamisme et d’empathie.» 

Elle ne peut plus les recevoir chez elle pour le bilan annuel, elle leur donne rendez-vous à la Maison de la littérature, le lieu coule de source.

Et elle voit encore plus grand, elle est en contact avec une association pour étendre Liratoutâge à toute la province. «Quant à recevoir de l’aide pour étendre Liratouâge au reste de la province pour pouvoir apporter lecture et plaisir à un plus grand nombre, j’attends une réponse sous peu qui sera, je l’espère, positive!» 

Comme quoi une toute petite idée peut faire une grande différence.

À condition d’y croire.

Et d’y travailler.

Françoise* a ressorti son sapin

Quand je suis allée chez Françoise* il y a deux ans, nous n’avions pas pu faire l’entrevue chez elle tellement c’était encombré, pas un centimètre carré où s’asseoir, même y marcher relevait de l’exploit. «C’est de l’encombrement extrême», m’avait alors résumé Françoise, tirée à quatre épingles. 

J’avais écrit alors que «Françoise a accepté de me raconter son histoire parce qu’elle n’est pas la seule à souffrir de “déficience organisationnelle”. Elle est un cas sévère, “mais il y a pire encore”. Et cette désorganisation a un point de bascule. C’est souvent causé par un événement précis, par un deuil, par une maladie, même par une naissance.» 

Françoise, elle, est retournée aux études à temps plein il y a 10 ans. «C’est là que ça a commencé pour moi. Je passais toutes mes journées à l’école, du matin au soir, je faisais mes travaux là-bas... C’est à ce moment-là que j’ai commencé à perdre le contrôle.» Graduellement. «Ça commence par un papier qu’on jette par terre, par un verre qu’on ne ramasse pas, par la vaisselle qu’on ne fait plus.»

Jusqu’à ce qu’on ne voie plus le plancher, littéralement.»

Le jour de notre rencontre, elle m’avait dit être déterminée à reprendre le contrôle de son appartement, elle savait exactement quoi faire, elle avait un plan, y aller étape par étape, pièce par pièce. «Là, je suis vraiment déterminée. Je me suis donné des objectifs, j’ai plein de projets. Tu sais, quand ta maison est comme ça, quand tu es dans l’encombrement, tous tes projets sont repoussés...»

Un de ces projets-là, c’était de pouvoir installer un petit sapin de Noël qu’elle avait reçu en cadeau cinq ans plus tôt.

Qu’elle n’avait même pas déballé.

J’étais partie en lui faisant promettre de m’envoyer une photo de son sapin, j’espérais tellement qu’elle y arrive. Et puis, le jour de Noël, j’ai reçu la photo, Françoise avait réussi avec l’aide d’une amie à désencombrer son logement, sa vie. 

Je lui ai écrit il y a deux semaines pour savoir si elle avait pu installer son sapin cette année, je croisais les doigts.

Elle m’a envoyé une photo.

Le sapin est là, sur sa table de cuisine, quelques papiers épars autour. «Comme vous voyez, j’ai installé mon arbre. Chez moi, c’est toujours encombré, mais cela s’améliore. J’ai du coaching du CLSC pour que j’en finisse une fois pour toutes.» Elle a plein de projets, elle veut redécorer son salon, se faire un joli chez soi.

C’est un long travail, elle y arrivera.

Et, au début de l’année, elle reverra Désirée, cette femme qui l’a aidée à reprendre le contrôle de son logement et dont elle n’avait pas eu de nouvelles depuis un bout, tellement qu’elle pensait que le cancer l’avait emportée. «Lorsque cette femme extraordinaire est venue m’aider, elle était rongée par le cancer, ce qui ne l’empêchait pas de travailler comme un bœuf. J’adore cette femme, c’est une des plus belles personnes que j’ai connues. […] Je la revois le 3 janvier, c’est le bonheur».

Les cadeaux ne sont pas tous sous le sapin.

Une famille à la fois

Nour Sayem vient de Syrie, elle a écrit un livre magnifique, Ma vie entre figuier et érable, où elle raconte son parcours, entre autres son intégration au Québec. Elle y vit depuis plus longtemps que moi, elle est arrivée ici deux ans avant que je naisse, elle connaît donc bien cette «société d’accueil» qu’elle a fait sienne.

Je vous ai parlé de Nour en juillet 2015, elle me disait qu’elle aimerait que son expérience serve aux nouveaux arrivants. «Je connais bien les deux cultures, je suis comme une plateforme qui fait le lien entre deux logiciels. Je sens qu’il y a quelque chose que je peux traduire, pour mieux se comprendre… Je veux faire du mentorat avec les arrivants à Québec. Il y a trop de bureaucratie, il faudrait une simplification. En même temps, il faudrait être plus sélectif. Il faut s’assurer que les gens qu’on accepte veulent faire leur vie ici, contribuer.»

Elle y a mis l’effort, et elle y arrive. Elle a pris sous son aile — façon de parler — des familles syriennes qui sont arrivées dans la capitale, elle a eu l’idée d’une entreprise sociale, Les Aliments ensemble, où les talents culinaires des femmes sont mis à contribution, d’où elles tirent des revenus.

Le mot «ensemble» est le plus important.

Sans faire de bruit, l’idée de Nour permet à des gens de s’intégrer, de contribuer. «Ça va bien chez Aliments ensemble, m’a-t-elle écrit en octobre. Cinq familles n’ont plus besoin de l’aide sociale, 25 réfugiés et immigrants ont travaillé chez nous, plusieurs ont trouvé des emplois ailleurs. Il y a 18 familles syriennes qui ont choisi Québec avec notre projet. Nous sommes au Grand Marché, on se prépare pour le Marché de Noël. Présentement, il y a trois personnes à temps plein et quatre à temps partiel qui œuvrent dans l’entreprise. Il y a de quoi à être fiers d’eux!»

Vraiment.

Le 8 novembre 2013, le jeune Étienne Gourdes, 28 ans, se faisait renverser par une voiture au beau milieu de la nuit sur la rue du Court-Métrage à Loretteville.

2243 jours

Le 8 novembre 2013, le jeune Étienne Gourdes, 28 ans, se faisait renverser par une voiture au beau milieu de la nuit sur la rue du Court-Métrage à Loretteville. Le conducteur a aussitôt fui la scène de l’accident, Étienne est décédé à l’hôpital de ses blessures, et on ne sait toujours pas qui était au volant.

Ça fait 2243 jours.

Quelqu’un sait, quelqu’un qui se regarde chaque matin dans le miroir.

Et qui sait.