Régis Labeaume au chantier du grand marché d’Expo-­Cité, mardi

Régis Labeaume: le retour du Bruins

CHRONIQUE / «Go Bruins Go», a-t-il lancé à travers sa barbe des séries en quittant le point de presse. Personne n’a été surpris de son choix.

Pas juste parce que sa grande vedette, Patrice Bergeron, vient de Québec, mais parce que l’aura de cette équipe opiniâtre et travaillante lui sied bien. 

À l’époque (1928), le premier propriétaire, Charles Adams, voulait un nom d’animal sauvage de forte taille, puissant, agile, féroce et rusé, dont la couleur reprendrait celle de sa chaîne d’épicerie du Vermont (brun et jaune).  

Il avait reçu des douzaines de suggestions, rapporte le site Internet de la LNH, toutes écartées, jusqu’à ce que son secrétaire soumette le nom de «Bruins», un mot de vieil anglais désignant l’ours brun dans des contes traditionnels.  

Tenu à l’écart depuis deux mois pour une maladie au bas du corps, le maire Labeaume a choisi de revenir au jeu le jour où ses Bruins entraient en finale de la Coupe Stanley. 

Deux questions l’attendaient. L’une essentielle. L’autre incontournable, mais un peu prématurée.

Comment ça va? Serez-vous là pour la prochaine élection? 

Il a répondu à la première avec tous les détails. «Je suis guéri», a-t-il dit. Du cancer, s’entend. Pour le reste, on verra avec le temps. 

On lui avait parlé de radiothéraphie. Il a préféré «l’opération, une méthode plus drastique» pour viser «un résultat plus sûr». C’est bien lui. 

Guéri donc, mais on ne sait jamais. La statistique indique 30 % de récidive a-t-il rappelé. On lui souhaite d’être du bon côté de la statistique.

Il fut plus évasif pour la seconde question. «Je n’ai jamais pensé que je ne pourrais pas revenir», mais «à deux ans et demi de la prochaine élection, je ne suis vraiment pas là». 

Pour ceux qui pouvaient s’inquiéter de son absence pour la Ville, celle-ci ne semble pas avoir souffert. D’autres ont pris le relais et mené les dossiers. Assez que «je me demande si je suis encore utile», s’est-il amusé.

La réalité est aussi qu’il n’a pas été aussi absent qu’il pouvait paraître. Dès le surlendemain de l’opération, il était de retour aux affaires, au bout du téléphone pour les décisions et disponible pour les signatures.

«J’ai pas vraiment arrêté, on se parle continuellement. On n’a pas arrêté de travailler».

La plupart des élus de son équipe l’ont revu pour la première fois lundi, mais depuis les coulisses, il avait continuer à négocier le financement du transport structurant, le grand dossier de ce printemps. 

Il a échangé avec les ministres; est allé souper avec la mairesse Valérie Plante lorsque le gouvernement a voulu pelleter le problème dans la cour des villes.

Une absence prolongée de l’espace public aurait sans doute fini par nuire à la Ville. On a vu à Montréal pendant des années ce que pouvait donner l’absence de leadership dans une ville. Mais à court terme, pas de dommage. 

L’impact le plus visible fut probablement pour les médias. Lui, s’est très bien accommodé et a même trouvé «assez agréable» de ne pas voir «sa grosse face dans le journal» et de constater que «ça marche pareil».

Comment je l’ai trouvé? 

Il avait l’air bien. J’ai eu un doute lors de sa première sortie du jour au Relais l’Espérance, importante œuvre communautaire du quartier Limoilou. Il était ému, la voix par moment presque inaudible. Je lui ai trouvé l’air songeur. 

Mais on a revu le Bruins quelques minutes plus tard au chantier du grand marché d’Expo-­Cité. Énergique, déterminé, au-dessus de ses affaires et cabotin par moments, contrôlant le jeu et forçant à courir derrière pour le suivre. Plus de trace des Blues des derniers mois.