Jean-Marc Salvet
Pierre Fitzgibbon
Pierre Fitzgibbon

Rééquilibrer la mondialisation

CHRONIQUE / La COVID-19 ne marquera pas la fin de la mondialisation de l’économie. Elle modifiera cependant probablement pendant assez longtemps celle, toujours plus débridée, que l’on a connue ces dernières décennies. 

Cette épidémie galopante conduira vraisemblablement à un rééquilibrage des échanges internationaux — ne serait-ce que par un ralentissement de la croissance à cet égard au cours des prochaines années.

Le choc qu’elle provoque aiguise des consciences.

La quête d’un meilleur équilibre serait logique. 

Établissons d’abord que la mondialisation des échanges — économiques, mais pas seulement — est un phénomène lié à l’évolution des êtres humains. La mondialisation est ancrée dans l’histoire, dans la vie. Voilà pourquoi les échanges économiques et autres entre les nations du monde demeureront toujours importants — et qu’il le faut.

Tous ces échanges sont d’ailleurs primordiaux à plusieurs égards. Voilà pourquoi la mondialisation ne disparaîtra pas. Et qui pourrait le souhaiter? La mondialisation est source de très nombreux bienfaits, cela va sans dire. Elle est source d’évolution. Et comment être contre l’idée de l’ouverture sur le monde?

Ce n’est pas d’extrême dont nous avons besoin — de sa réduction à peau de chagrin (ce qui n’arrivera de toute façon pas) —, mais tout simplement d’un meilleur équilibre.

Or, la volonté d’un rééquilibrage se répand. Elle existait déjà de plus en plus en raison du souci à l’égard des questions environnementales.

La crise sanitaire internationale charpente et charpentera davantage cette volonté. On se dirige vers un changement de vision globale. 

Le rééquilibrage qui pourrait se matérialiser un jour par un aplanissement de la courbe de croissance de la mondialisation ne se décrétera pas. Il s’effectuera touche par touche, au fil du temps.

Voilà ce que l’on peut ajouter à ce qu’a glissé, jeudi, le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, lors d’une conférence de presse à laquelle participaient le premier ministre François Legault et son collègue des Finances, Eric Girard. C’est la perspective que l’on peut donner à ce qu’il a indiqué en trois phrases, alors qu’il dévoilait des mesures d’aide pour des entreprises forcées d’entrer en «hibernation» en raison du coronavirus.

«Je constate, a dit M. Fitzgibbon, qu’il n’y a pas si longtemps on disait que, dans la mondialisation, les distances physiques n’avaient plus aucune importance. Certes, c’est encore vrai, et plusieurs entreprises feront fi de la localisation pour continuer à attaquer tous les marchés, mais le nouvel environnement géopolitique favorise une forte économie domestique. Le stress dans les chaînes d’approvisionnement mondiales va nous faire focaliser sur les approvisionnements locaux.» Une forte économie domestique, oui, voilà.

Tout comme M. Legault, il a invité les Québécois à «acheter localement» lorsque c’est possible.

Il serait fou de tenter de jeter la mondialisation avec l’eau du bain. Nous en avons besoin. Elle est indispensable. Mais ce serait fou de ne pas tendre vers un meilleur équilibre. Surtout si ce n’est pas contre les autres, mais avec eux et pour soi.