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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Les actions proposées par les ministres Lionel Carmant (photo), Nadine Girault et Ian Lafrenière constituent une petite victoire pour tous ceux qui veulent voir la société progresser sur la voie de l’égalité.
Les actions proposées par les ministres Lionel Carmant (photo), Nadine Girault et Ian Lafrenière constituent une petite victoire pour tous ceux qui veulent voir la société progresser sur la voie de l’égalité.

Racisme: Legault contre les sceptiques

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CHRONIQUE / Lorsqu’un comité interministériel de lutte contre le racisme présente une série d’actions dans des domaines aussi divers que la sécurité publique, l’emploi, le logement et le système de justice, c’est qu’il existe à tout le moins une discrimination systémique — qu’elle dise son nom ou pas.

Puisqu’il ne figurait pas dans le mandat du Groupe d’action contre le racisme créé en juin par François Legault, c’est évidemment sans surprise que le mot «systémique» n’apparaît pas dans les conclusions du comité. Mais c’est tout comme s’il y était, tellement les recommandations ratissent large.

Les actions proposées par les ministres Lionel Carmant, Nadine Girault et Ian Lafrenière constituent une petite victoire pour tous ceux qui veulent voir la société progresser sur la voie de l’égalité. Pensons à l’interdiction des interpellations policières aléatoires. Il s’agit de la toute première des recommandations de leur rapport, qui en compte 25.

Mais il faut bien constater que le groupe n’a pas réinventé la roue. Il a rassemblé de très nombreuses propositions avancées au fil des ans. Il y en avait beaucoup! Elles s’empoussiéraient.

Plusieurs des recommandations révèlent à quel point l’État a failli à donner suite à des promesses et à des engagements passés. Pensons à son rôle d’employeur. On lui suggère maintenant d’«augmenter, d’ici cinq ans, le taux de présence des membres des minorités visibles au sein de l’effectif de la fonction publique afin qu’il soit représentatif de celui observé au sein de la population active du Québec». 

Ce n’est pas la première fois qu’une recommandation semblable est formulée.

L’opposition parlementaire

Politiquement, le comité aurait gagné à inclure des députés de l’opposition en son sein. On aurait au moins pu avoir la certitude que l’exercice a été poussé jusqu’au bout — quitte à ce que certaines des recommandations n’obtenant pas l’aval d’une majorité d’élus soient présentées comme des pistes à explorer dans l’avenir.

Avec des députés de l’opposition, est-ce que le comité aurait suggéré qu’un régime de sanctions supplémentaire à ce qui existe aujourd’hui soit mis en place afin de maximiser les chances que l’égalité des droits de tous soit plus effective? On aurait au moins été certain que la question soit soupesée.

En étant parties prenantes au processus, les partis d’opposition auraient en outre dû confronter leurs propres propositions au test d’un certain réel dans les moyens d’action — tant pour les personnes issues de minorités visibles que pour celles des communautés autochtones.

Paradoxalement…

Qu’un responsable gouvernemental ait la tâche de faire avancer les 25 recommandations et d’en mesurer les progrès est un élément clé du plan interministériel. En recommandant que ce responsable soit un ministre, le gouvernement voulait prouver aux sceptiques qu’il est sérieux dans sa démarche.

En 2017, on pouvait à bon droit déplorer que la CAQ, alors dans l’opposition, et le Parti québécois mènent une lutte acharnée contre le mot «systémique» pour des raisons surtout tactiques au départ. Le terme «systémique» a fait les frais d’un contexte politique.

En soutenant que le gouvernement de Philippe Couillard voulait instruire le «procès des Québécois» avec sa consultation finalement avortée sur la «discrimination systémique et le racisme», ces deux formations entendaient dresser celui des libéraux. Le gouvernement libéral était impopulaire chez les francophones. La Coalition avenir Québec et le Parti québécois se disputaient l’électorat, rappelons-le.

Compte tenu de cela, le gouvernement caquiste avait des gages à donner depuis quelques mois. Il devait prouver qu’il n’accoucherait pas d’une coquille vide sur le front de la lutte au racisme.

Paradoxalement, et c’est là que je veux en venir, ce sera peut-être finalement en raison du refus de François Legault d’accepter le terme «systémique» que son gouvernement commencera à faire avancer un peu plus les droits des personnes discriminées au Québec. L’actuel premier ministre peut être mieux entendu et mieux compris que ne l’aurait par exemple été Philippe Couillard.

En juin, quelques jours avant qu’il n’annonce formellement la création de ce comité interministériel, M. Legault avait parlé d’une nécessaire «évolution tranquille» pour signifier que les choses devaient changer. Évolution tranquille… C’était faiblard.

L’important aujourd’hui est que cette évolution soit durable et solide.

Car, que le Québec ne soit pas pire que d’autres n’est ni une consolation, ni acceptable.