Pas de grand vainqueur ni de vaincus, mais intéressant débat mardi soir devant les Chambres de commerce de Québec avec plusieurs grosses pointures régionales : Joëlle Boutin, Diane Lavallée, Sébastien Proulx et Sol Zanetti.

Quelle sera votre question de l'urne?

CHRONIQUE / Pas de lapins sortis du chapeau, pas de silences gênants ni de coups de gueule assassins.

Pas de grand vainqueur ni de vaincus. Mais intéressant débat mardi soir devant les Chambres de commerce de Québec avec plusieurs grosses pointures régionales : Sébastien Proulx du Parti libéral du Québec (PLQ), Joëlle Boutin de la Coalition avenir Québec (CAQ), Diane Lavallée du Parti québécois (PQ) et Sol Zanetti de Québec solidaire (QS).

Ce fut intéressant, non pas pour les informations inédites et argumentaires nouveaux, mais pour l’évidence qu’il y a entre ces partis davantage de similitudes de vue que de divergences irréconciliables. 

Sauf peut-être pour Québec solidaire dont les utopies peuplent un monde parallèle. Voire une autre époque. M. Zanetti rêve encore par exemple de la retraite à 55 ans au moment où les autres cherchent des moyens de ramener des retraités au travail.

Sauf aussi pour l’incontournable troisième lien, pour lequel la CAQ demeure la plus pressée, le Parti libéral le plus pragmatique et le Parti québécois le plus réservé des trois.

«On ne vous croit pas», a lancé M. Proulx à Mme Boutin sur la capacité de la CAQ à mettre un troisième lien en chantier dans un premier mandat. Ce fut une des répliques les plus cinglantes du débat.

La grande collision attendue sur le thème des seuils d’immigration ne s’est jamais produite et on a rapidement vu émerger des consensus.   

L’immigration est un moyen de lutter contre la pénurie de main-d’œuvre, mais pas le seul ni une solution miracle.

Il faudra miser aussi sur une meilleure formation à école et en entreprise; une meilleure rétention des employés déjà au travail; inventer une «conciliation travail-retraite». 

Il faudra miser sur une immigration encore mieux ciblée sur les emplois à pourvoir, une reconnaissance plus facile des diplômes, un meilleur accueil des nouveaux arrivants, etc.

Comme souvent dans les débats, on a eu droit à beaucoup d’évidences, de généralités et d’intentions pieuses : mieux soutenir les entreprises, développer la culture «entreprenariale», préparer la relève, etc. Quand on reste dans le général, ce n’est pas ce qui aide à départager les partis. 

Les candidats n’avaient pas choisi les thèmes ni les questions, aussi est-il difficile de leur en faire reproche. 

Mais j’aurais aimé les entendre sur des enjeux économiques plus controversés : projet d’agrandissement du Port de Québec, projet du Phare, dézonage des terres agricoles des Sœurs de la Charité à Beauport et dézonages éventuels sur la Rive-Sud et à Saint-Augustin. 

Ce sont des enjeux qui débordent, il me semble, le cadre des débats municipaux où on a tendance à les confiner. Ces projets auront un impact sur le paysage et la qualité de vie de Québec. 

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Le débat de mardi a mis en lumière la tension grandissante entre le Parti québécois et Québec solidaire, qui se font une lutte féroce dans Taschereau.

Le PQ cherche à y sauver sa peau; QS à y faire une première percée hors du centre-ville de Montréal. 

Un sondage récent a placé les quatre partis en haut de 20 % dans les intentions de vote. Cela rend l’issue très imprévisible. Ce sera une des luttes les plus intéressantes de la soirée du 1er octobre. 

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Quelle sera la «question de l’urne» pour les gens de Québec. L’enjeu principal, si vous préférez. Le troisième lien? La pénurie de main-d’œuvre? La réfection du pont de Québec? 

Depuis quelques jours, les grands partis ont tous essayé d’imposer leur question de l’urne. Pour la CAQ, c’est le changement; pour Québec solidaire, le changement climatique; pour le Parti libéral, la question de l’urne est changeante (hier, la bonne gestion, aujourd’hui, l’immigration, puis l’économie); pour le PQ, c’est la crédibilité à réaliser le changement. 

Quelle sera votre question de l’urne?  

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Le PLQ dit miser sur la «stabilité et la prévisibilité». Le PQ est dans le sauve-qui-peut. La CAQ dans l’incantation du changement et Québec solidaire dans celle du rêve.

Si les partis politiques étaient des temps de verbe, QS serait un futur plus-que-parfait, le Parti libéral un imparfait de l’infinitif présent, le PQ un passé antérieur pas simple et la CAQ, un conditionnel imparfait au futur simpliste.

Mon choix? Un participe présent. À défaut d’un futur parfait.