Quel message pour l’administration Labeaume?

CHRONIQUE / La partielle de dimanche dans Neufchâtel-Lebourgneuf ne changera rien au rapport de force à l’hôtel de ville de Québec, où le maire Labeaume continuera de détenir les pleins pouvoirs.

Je ne me souviens d’ailleurs d’aucune partielle, tous niveaux politiques confondus, qui aurait menacé le pouvoir en place.

Les électeurs le savent et sont souvent la moitié moins nombreux à voter aux élections partielles.

Une partielle permet cependant de passer des messages. C’est une sorte de «référendum sur l’administration en place», décrit Frédéric Bastien, professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal.

La littérature scientifique au Québec et au Canada montre que l’opposition et les petits partis y obtiennent souvent de meilleurs résultats qu’aux élections générales.

Les mécontents se mobilisent davantage et les petits partis peuvent y concentrer leurs efforts.

Il n’existe aucune recherche spécifique sur les partielles municipales. Celles-ci sont rares (c’est seulement la deuxième à Québec depuis la fusion de 2002) et intéressent peu les chercheurs.

M. Bastien croit cependant que les observations sur le provincial et le fédéral valent pour une ville comme Québec, où il y a des partis politiques et une «couverture média décente».

Quel message les citoyens de Neufchâtel-Lebourgneuf pourraient-ils vouloir envoyer à l’hôtel de ville?

Ils ont voté il y a un an à peine pour Équipe Labeaume (55 %), devant Québec 21 (33 %) et Démocratie Québec (9 %).

Les choses n’ont pas tant changé depuis, mais la dernière année a fourni aux citoyens de Québec beaucoup de matière à réflexion.

Seulement 20 000 citoyens ont droit de vote, mais on aura une bonne idée du sentiment général après une première année de mandat où le maire aura été plus discret qu’à l’habitude.

Certains y ont vu un signe de lassitude ou de fatigue. C’est possible après 11 années intenses de mairie.

C’est le «mandat de trop», a déjà conclu le leader de l’opposition Jean-François Gosselin.

Cette (relative) discrétion peut cependant s’expliquer aussi par un choix de stratégie et/ou un concours de circonstances.

L’espace public de la dernière année a été beaucoup accaparé par l’élection provinciale, ce qui en laissait moins pour le maire.

Les citoyens de Neufchâtel-Lebourgneuf voudront-ils «sanctionner» l’attitude du maire envers l’ancien conseiller Jonatan Julien? Son attitude générale envers ceux qui diffèrent d’opinion avec lui?

Le sanctionner pour avoir relancé le projet de tramway après avoir juré en campagne que le transport structurant ne serait pas un tramway?

Voudront-ils exprimer leur désaccord avec les consultations (bidon) sur Le Phare? Lui reprocher son appui timide au troisième lien? Le coût de ses missions à l’étranger? Les choix artistiques des statues de Jean Béliveau ou des frères Stastny?

On peut imaginer mille raisons d’être insatisfaits du maire. Ou d’être satisfaits.

Des citoyens peuvent aimer le projet de transport, même si leur quartier ne sera pas directement desservi par le tramway ou le trambus.

Ils peuvent aimer le projet du Phare ou de grand marché à ExpoCité, etc. Peuvent préférer le maire et son équipe à celle de l’opposition.

Sans enlever aux mérites de Dominique Turgeon (Équipe Labeaume) et Patrick Paquet (Québec 21), la personne des candidats ne pèse pas très lourd dans une élection.

On vote d’abord pour un maire et un parti. Ou contre.

Rien ne me fait croire que ce soit très différent lors d’une partielle.

On a assisté depuis des semaines à une surenchère de promesses locales, nouvelles ou recyclées.

La congestion à l’angle de Lebourgneuf et de Robert-Bourassa semble être le principal irritant local. Équipe Labeaume propose un viaduc par-dessus l’autoroute; Québec 21, un ajout de voies sur l’autoroute.

Pour le reste, on s’est beaucoup relancé sur des projets de parcs et d’équipements communautaires. Démocratie Québec a choisi de passer son tour.

Le maire et sa candidate auront joué jusqu’à la fin et presque à l’indécence la carte du pouvoir : votez du bon bord si vous voulez régler les problèmes de circulation.

Le maire a ainsi retenu la suggestion de sa candidate, qu’il activera la semaine prochaine en «redonnant» aux voitures des heures de voies réservées aux autobus sur Lebourgneuf.

«Nous avons pris l’engagement d’instaurer, elle et moi, dans les jours suivant son élection…» lit-on dans son communiqué de fin de campagne.

J’ignore si c’est une bonne ou une mauvaise idée pour la circulation, mais on joue ici de façon grossière, racoleuse et triomphante l’argument du pouvoir.

Une élection partielle est un bon indicateur des humeurs du moment, comme l’est un sondage. Il serait cependant hasardeux d’en tirer des prédictions pour l’élection suivante.

Pour reprendre le titre d’une étude sur les partielles du professeur Louis Massicotte de l’Université Laval, «un bon thermomètre, mais un mauvais baromètre» pour prédire le temps qu’il fera demain.