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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Eric Duhaime rencontre ses militants OTL Chicoutimi 
Eric Duhaime rencontre ses militants OTL Chicoutimi 

Quand on a les bleus sur les bleus

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CHRONIQUE / Quand on connaît un peu le Québec, on sait qu’il y a une forte majorité de gens qui se conçoivent comme «progressistes».

Qui, à partir du centre, évoluent dans toutes les teintes dites de gauche, même s’il s’en trouve dans les faits très peu à l’extrême.

Alors, il y a forcément eu beaucoup plus de monde à se réjouir du refus plutôt très canonique de trois restaurateurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean à accepter dans leur établissement le chef du Parti conservateur du Québec pour une petite réunion partisane qu’il n’y en a eu pour s’en offusquer.

Précisons tout de suite qu’il n’y a aucun lien, du moins apparent, entre le PCQ et le Parti conservateur du Canada. Il peut y avoir sans doute chez un bon nombre de militants une certaine parenté d’esprit, mais ça s’arrête là.

On connaît l’histoire. Le refus des trois restaurateurs a été connu quand l’un d’entre eux, copropriétaire de la microbrasserie L’Hopera, à Jonquière, l’a fait savoir sur son compte Facebook sur un ton non équivoque en qualifiant Duhaime «d’osti de cave rétrograde».

Le restaurateur a par la suite nuancé son propos et expliqué que c’est à la saveur politique de la rencontre (une dizaine de personnes) qu’il en avait et non au chef du PCQ qu’il admettrait volontiers dans son établissement s’il y venait en simple client.

Cela reste donc un geste politique, même s’il a été cru et tranchant, tout à fait légitime et légal puisque, on le sait, en vertu de nos chartes, il n’aurait pu refuser une personne en vertu de sa couleur ou de ses convictions, religieuses ou politiques.

Ce qu’on comprend, c’est que le chef du PCQ traîne avec lui une grande partie de son passé radiophonique à Québec au cours duquel il a souvent soutenu des points de vue incendiaires. Il a souvent été hautement provocateur, et même méprisant, sur la question du viol, en particulier, qu’il avait traitée avec une légèreté choquante. Il ne faisait pas dans la dentelle.

Éric Duhaime a récemment encore fait controverse en s’opposant au projet de l’éventuel passeport vaccinal qui pourra faire une différence dans certains cas, lorsque la situation sanitaire l’exigera, entre les gens pleinement vaccinés et ceux qui ne le sont pas.

Même si lors de son élection à la tête du parti il a promis d’insuffler un «nouveau conservatisme» au PCQ, encore mal défini, les «wokes», assurément, peuvent le percevoir comme s’il était le chef de la Meute.

Encore que la Meute n’est pas autant d’extrême-droite qu’on veut bien le croire et qu’en dehors de son symbole animalier, un loup aux yeux perçants, ses crocs n’ont encore fait de mal à personne.

On évitera de faire une association non désirée entre les deux organisations, même si on peut concevoir que le seul parti provincial dans lequel les loups de la Meute peuvent peut-être se retrouver un peu, c’est le PCQ. Mais même Maxime Bernier refuse d’être associé à ce groupe «identitaire».

Les restaurateurs du Saguenay et du Lac-Saint-Jean qui ont fermé leurs portes à un genre d’assemblée de cuisine du PCQ dans leur établissement ont posé un geste politique.

Ils ont exprimé un refus qui correspond à leurs valeurs, ont-ils fait valoir. Ce qui leur a quand même valu une énorme salve d’insultes et de menaces, même de mort. «Je vais te trouver et te couper la tête», a prévenu un internaute. Là aussi, on n’a pas fait dans la dentelle.

Peu importe où l’on se situe politiquement, il reste qu’il y a un besoin au Québec pour un parti qui penche un peu beaucoup à droite.

La CAQ annonçait au départ une position légèrement à droite. Avec la pandémie, l’aiguille a plutôt bougé vers le centre-gauche. Une position que cherche à rejoindre le PLQ. Le PQ a toujours évidemment été porté vers la gauche et il ne fait pas de doute sur ce penchant affirmé de Québec solidaire.

Mais entendons-nous que QS, ce n’est pas de l’extrême-gauche pure et que le PCQ, ce ne sera pas de la vraie extrême-droite dure. Au Québec, on est toujours un peu dilué politiquement.

Il est surtout important, puisqu’on est en démocratie, qu’un parti d’esprit conservateur existe sur la scène québécoise. Il y a une clientèle politique qui était orpheline jusque-là et qui doit pouvoir se retrouver dans un parti politique.

Certes, le parti conservateur provincial existait. Mais sans rayonnement, sans personnalités en vue pour séduire l’électorat.

Aux élections de 2018, le PCQ a obtenu 1,46 pour cent des votes exprimés. Les limbes ou pas loin. Dans les trois circonscriptions de la Mauricie, les candidats ont tous moins bien fait que les représentants du Parti vert… et c’est sans comparaison avec ceux de Québec solidaire.

L’élection en couronnement (96 %) d’Éric Duhaime à la tête du parti, en avril, a comme propulsé le Parti conservateur du Québec qui récolte maintenant entre 6 et 9 pour cent de la faveur populaire. On est encore loin de pouvoir reluquer le pouvoir, mais il lui arrive même de talonner le Parti québécois dans les intentions de vote.

Pour l’instant, c’est plus dans la région de Québec et dans Beauce-Appalaches que le PCQ obtient ses meilleurs appuis.

S’il vient en Mauricie, on pourra quand même conseiller à son chef de profiter de nos bons restaurants, sans y tenir de discours politiques.

Même si le dernier chef conservateur que le Québec a élu c’était un p’tit gars de Trois-Rivières, un certain Maurice Duplessis… en 1936, l’emballement bleu n’est pas encore palpable.