François Bourque
Le Soleil
François Bourque
La ville de Québec a intérêt à ne pas perdre de vue que la hausse du tourisme a des conséquences sur la vie de quartier du Vieux-Québec et pourrait en avoir un jour sur son statut auprès de l’UNESCO.
La ville de Québec a intérêt à ne pas perdre de vue que la hausse du tourisme a des conséquences sur la vie de quartier du Vieux-Québec et pourrait en avoir un jour sur son statut auprès de l’UNESCO.

Quand le tourisme menace

CHRONIQUE / Québec s’apprête à fermer les livres sur la meilleure année touristique de son histoire.

On parle de près de 2 millions de nuitées vendues en 2017 et probablement plus de 5 millions de visiteurs avec une industrie de croisières en plein essor.

Le premier réflexe est de se réjouir du succès. Les chiffres s’ajoutent ici à de nombreux prix et reconnaissances internationales.

En cette fin de campagne électorale, Équipe Labeaume propose de continuer à «améliorer l’expérience des touristes». 

Elle plaide que Québec est en concurrence avec le reste du monde et qu’il faut être «audacieux et avant-gardistes» pour demeurer «en tête de peloton».

Le constat est juste.

Il y a cependant un revers à la hausse de l’achalandage touristique. 

Québec accueille aujourd’hui quatre fois plus de visiteurs qu’en 1985, année où elle fut inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

La grande majorité (82%) des visiteurs étrangers passent par le Vieux-Québec, ce qui met une pression croissante sur le quartier et y fragilise l’équilibre entre les fonctions résidentielles et touristiques.

Pendant cette même période (1986-2016), le nombre de résidents permanents dans le Vieux-Québec a chuté de 10,5%, passant de 5 181 à 4 689. Le déclin a repris après une embellie au début des années 2000.

Cela signifie que le ratio touristes/résidents s’est profondément modifié dans le Vieux-Québec depuis 30 ans.

Ce n’est pas insignifiant.

Le fait d’avoir un vieux quartier habité était un des critères qui ont valu à Québec son inscription au patrimoine de l’UNESCO. 

L’autre était la conservation du système de défense et d’urbanisme militaire, notamment les fortifications.

Parcs Canada est le «gardien» du statut de ville du patrimoine de l’UNESCO de Québec.

Jo-Anick Proulx, gestionnaire de dossier, n’appuie pas sur le bouton panique, mais convient que le ratio touristes/résidents «soulève des questionnements».

«On en parle en continu avec la ville», rapporte M.Proulx. Les chiffres de tourisme de 2017 seront une nouvelle «occasion de réflexion», croit-il.

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La reconnaissance de l’UNESCO est un argument de vente indéniable pour une ville. Pas essentiel, mais intéressant. Ce statut vient cependant avec des responsabilités.

L’an dernier, l’UNESCO a menacé de recaler Venise (Italie) au rang de «ville du patrimoine en péril» en raison du tourisme de masse devenue intenable.

Près de 30 millions de visiteurs y ont déferlé cette année, notamment sur des paquebots de croisière à proximité des canaux étroits.

La population au centre-ville de Venise n’est plus que de 55 000, la moitié moins qu’il y a 30 ans et le quartier achève de perdre ses commerces de proximité.

Plus tôt cette année, l’UNESCO a aussi menacé de déclasser Dubrovnik (Croatie) pour les mêmes raisons. Le tourisme y a explosé depuis le tournage de Game of Thrones. La ville s’apprête à imposer une limite de 4000 visiteurs par jour dans son vieux quartier.

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Québec n’est pas (encore) Venise ou Dubrovnik et personne ne s’opposera à ce que la ville s’embellisse et ajoute des poubelles et des toilettes pour bonifier l’expérience des touristes. 

Mais la ville a intérêt à ne pas perdre de vue que la hausse du tourisme a des conséquences sur la vie de quartier du Vieux-Québec et pourrait en avoir un jour sur son statut auprès de l’UNESCO.