Vice-président de l’exécutif, Jonatan Julien était apprécié au-delà de son parti pour ses compétences, sa rigueur et son sens éthique élevé.

Quand le meilleur s’en va

CHRONIQUE / On a souvent vu le maire Labeaume discréditer des adversaires ou acteurs publics pour gagner des batailles politiques.

On le savait très dur parfois dans son caucus à l’endroit de conseillers qui ne répondaient pas à ses attentes ou ne mettaient pas assez de cœur à l’ouvrage. 

Mais on ne l’avait encore jamais vu s’en prendre aussi ouvertement à un membre de sa propre équipe. Et pas n’importe lequel.

Vice-président de l’exécutif, Jonatan Julien était apprécié au-delà de son parti pour ses compétences, sa rigueur et son sens éthique élevé. 

La sortie du maire étonne d’autant plus que les arguments semblent minces. 

Certes, l’administration Labeaume ne paraît pas bien dans ce projet de nouvelle centrale de police.

Après avoir coupé dans le projet pour en réduire les coûts, il a fallu revenir à des plans et à une facture qui se rapprochent de ce qui était prévu. 

Cela donne une impression d’improvisation et d’amateurisme. Le maire n’aime peut-être pas ça, mais il en est lui aussi imputable. Surtout qu’il était tenu informé des aléas du dossier. 

Essayer de faire porter le chapeau à un autre pour protéger sa propre image n’est pas très noble. 

Peut-être le maire n’a-t-il pas mesuré l’impact que pouvaient avoir ses propos. La sensibilité et le flair pour les sentiments humains ne sont pas donnés également à tout le monde. 

Deux jours plus tard, on cherche encore à comprendre comment le maire a pu l’échapper à ce point. 

Car dans cette affaire, c’est bien lui qui l’a échappé, davantage que le conseiller Julien.

À moins qu’on apprenne qu’il se cachait d’autres motifs que celui du ratage de la centrale de police pour expliquer la charge du maire.

Que cette charge n’ait pas été menée sur un ton agressif n’y change rien. Le résultat est le même. Le lien de confiance a été brisé pour M. Julien.

À la différence des attaques contre des syndicats ou des élus, M. Labeaume ne trouvera pas cette fois beaucoup de sympathie dans le public.

Pour plusieurs, l’affaire sera probablement sans intérêt ou vite oubliée. Un autre élu prendra la place et comme de toute façon, c’est le maire qui mène…

Mais on ne peut pas perdre son meilleur joueur sans qu’il y ait des conséquences. 

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C’est un homme brisé et trahi qui s’est présenté devant la presse. C’est triste parce que Jonatan Julien était à la fois le plus solide pilier d’Équipe Labeaume et le plus indépendant d’esprit.

C’est une lourde perte. Il avait trouvé le délicat équilibre entre la loyauté pour le chef et le respect pour les points de vue différents. 

Il était un des rares d’Équipe Labeaume à ne pas se sentir l’obligation de demander la permission au chef avant de répondre aux journalistes sur des sujets difficiles.

Il ne s’offusquait pas de nos questions qu’il trouvait légitimes, peut-être parce que lui-même se les était déjà posées aussi. 

Il estimait normal d’avoir à rendre des comptes et ne cherchait pas à se défiler. C’est un luxe de plus en plus rare en politique.

M. Julien reste au conseil municipal comme indépendant. Je ne connais pas ses intentions pour la suite, mais son expertise pourrait en faire un conseiller d’opposition redoutable et pertinent. Qui sait, peut-être un futur candidat à la mairie. 

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Le départ de M. Julien annonce-t-il une crise de leadership à Équipe Labeaume et la désertion d’autres conseillers? 

J’en doute.

M. Julien est parti parce que son honneur a été atteint. Ce n’est pas le cas des autres.

Et puis, il y a un monde entre envoyer un mot d’empathie discret à un collègue qu’on apprécie et avoir l’audace et l’abnégation de partir par solidarité.