La promesse de la Coalition avenir Québec en matière d’immigration va en sens contraire des priorités exprimées ces dernières semaines par les maires de Lévis et de Québec, Gilles Lehouillier et Régis Labeaume, qui cette fois, sont sur la même longueur d’onde.

Quand la CAQ ferme la porte

CHRONIQUE / La détermination de la Coalition avenir Québec (CAQ) à réduire l’immigration dès 2019 heurte de plein front les attentes de la région de Québec aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre.

Le chef François Legault veut limiter à 40 000 par an le nombre d’immigrants, soit 10 000 de moins que le rythme actuel (- 20 %).

Cette promesse (ou faut-il la voir comme une menace) va en sens contraire des priorités exprimées ces dernières semaines par les maires de Québec et de Lévis, qui cette fois, sont sur la même longueur d’onde.

Les élus locaux font valoir que 17 000 postes sont actuellement à pourvoir dans la région, soit 10 000 sur la rive nord et 7000 sur la rive sud.

M. Labeaume voudrait que Québec accueille davantage d’immigrants (francophones) et demande d’accélérer les procédures administratives. Il en a fait sa grande priorité électorale.  

Gilles Lehouillier demande aussi de «favoriser l’attraction de la main-d’œuvre». 

La CAQ, à qui les sondages locaux sont depuis longtemps favorables, tiendrait-elle déjà la région de Québec pour acquise en ignorant ainsi ses demandes? Ce serait beaucoup d’arrogance pour un parti qui n’est pas encore élu.

Dans les querelles intestines qui ont opposé à l’époque les militants de l’ancienne Action démocratique du Québec à ceux de la CAQ, il était reproché à M. Legault un penchant «montréaliste» et un manque de sensibilité pour Québec. Sa posture sur l’immigration en serait-elle une nouvelle manifestation? 

Réduire les seuils d’immigration n’empêche pas d’aller recruter des travailleurs à l’étranger ni de faciliter leur accueil et leur intégration, comme le demandent les élus locaux. 

La loi du nombre voudra cependant que s’il y a moins d’immigrants au total, il risque d’y en avoir moins aussi pour Québec.

Déjà que près de 75 % des 370 000 immigrants entrés entre 2006 et 2015 et encore présents en 2017 se sont installés à Montréal (seulement 5,4 % à Québec et moins de 1 % dans Chaudière-Appalaches).

On voit mal comment baisser le seuil d’immigration pourrait aider à en attirer plus à Québec et sur la rive sud. 

Les maires, chambres de commerce, Québec International, entreprises et autres acteurs économiques locaux se tromperaient-ils tous en même temps lorsqu’ils voient dans l’immigration un moyen de répondre aux problèmes de main-d’œuvre?

J’étais curieux d’entendre les candidats locaux de la CAQ sur ce sujet délicat. Les Jonatan Julien, Éric Caire et autres. Je n’avais eu aucun retour à mes messages au moment d’écrire. 

J’ai hâte aussi de voir où loge Christian Dubé, ex-député de Lévis et nouveau candidat-vedette de la CAQ dans La Prairie. La rareté de la main-d’œuvre à Québec et sur la rive sud inquiétait déjà au moment où il avait quitté le navire en 2014. Il ne pouvait l’ignorer. 

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La grande région de Québec n’est pas la seule à miser sur l’immigration pour les besoins de main-d’œuvre. Le gouvernement croit que d’ici 10 ans, 285 000 des 1,3 million d’emplois à pourvoir au Québec pourraient l’être par des immigrants. 

La CAQ est-elle la seule à avoir le pas en pensant le contraire?  

Ou alors, aurait-elle flairé autre chose? Croit-elle qu’elle a plus à gagner à cultiver la méfiance de l’étranger qu’à s’attaquer aux problèmes de main-d’œuvre? Les citoyens sauront en juger.