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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Le parc Central, dans le secteur du Plateau, à Gatineau
Le parc Central, dans le secteur du Plateau, à Gatineau

Punir les ti-culs

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CHRONIQUE / J’ai été témoin d’un spectacle troublant lundi.

C’était le congé du lundi de Pâques, le temps était magnifique. En fin d’après-midi, je suis allé jogger dans le quartier. Une petite trotte pépère, histoire de profiter de la douceur du soleil.

Je suis passé devant le parc Central, tout près de la nouvelle bibliothèque du Plateau. Comme toujours, l’endroit était bondé de monde. Des jeunes roulaient sur le skatepark bétonné, des petites familles marchaient ou roulaient dans les sentiers, d’autres jouaient au soccer ou au basket…

C’est là que je les ai vus.

De l’autre côté de la rue, deux policiers masqués donnaient des contraventions à un petit groupe de jeunes de 14 à 18 ans.

Les ti-culs formaient un cercle assez lâche autour des policiers. L’air penaud, ils portaient eux aussi un masque. Un masque qu’on devinait fraîchement posé sur leur nez juvénile, sans doute à l’instigation des deux policiers de la brigade COVID.

L’un des policiers faisait le tour des jeunes, son épais carnet de contravention à la main. Nom, adresse, numéro de téléphone? Impassible, son collègue supervisait la scène d’un air martial, les deux mains posées sur les hanches.

Sur le coup, j’ai trouvé ça raide.

Quoi, on est rendus là? À infliger des amendes à des jeunes qui s’amusent au parc?

En temps de paix, je veux dire, hors de cette foutue pandémie, des jeunes qui jouent dehors, qui bougent, qui s’épivardent, c’est ce qu’on souhaite. N’importe quoi plutôt que de les voir s’abrutir devant un écran.

Je n’avais pas la berlue.

Le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) m’a confirmé le tout. Les policiers ont remis 7 constats d’infraction de 500 $ à des mineurs, au parc Central, pour rassemblement illégal. À la suite de nombreuses plaintes.

«C’est un parc qui est considéré problématique en raison des rassemblements, m’a expliqué Andrée East, porte-parole du SPVG. C’est pourquoi notre unité COVID y est intervenue, dans l’esprit des directives du gouvernement Legault qui nous demandait d’être plus sévère durant le week-end de Pâques.»

Le parc Central, dans le secteur du Plateau, à Gatineau

J’ai voulu savoir si c’était la première fois que des mineurs étaient visés par des amendes à Gatineau.  «C’est sûr que ce n’est pas la majorité des constats qui sont adressés à des mineurs, répond-elle. Mais dès que tu as 14 ans, tu peux recevoir un constat d’infraction.»

J’imagine le retour à la maison des ti-culs, le skate-board sous un bras, la contravention dans les poches.

Maman, papa, j’ai une surprise pour vous…

J’en ai parlé à des collègues, des amis qui respectent à la lettre les consignes de la santé publique. Eux n’ont pas grand pitié pour les jeunes qui se sont faits prendre au parc Central.

Ils m’ont dit: bien fait pour eux.

Si ces jeunes n’ont pas encore compris la gravité de la situation après un an de pandémie, ils méritent de recevoir une contravention.

Et c’est vrai que le temps des avertissements et des avis de courtoisie est révolu.

Nous sommes tous engagés dans le dernier droit d’une course folle pour battre de vitesse le nouveau variant du virus. Un variant encore plus féroce et contagieux que la souche originale. Et qui «envoie les gens à l’hôpital plus vite et plus longtemps», a résumé hier le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford.

On rapportait 3000 nouveaux cas en Ontario mardi. Les hôpitaux y accueillent des familles entières touchées par le virus. C’est ce qu’on veut éviter à tout prix en Outaouais où le système de santé est fragile, où il manque de personnel pour dépister, vacciner et soigner tout le monde… J’ai bien peur que l’intervention des policiers au parc Central soit tout à fait en lien avec la dangerosité de la situation.

Une triste nécessité.