Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Là où l’on vendra des Porsche se trouve actuellement un concessionnaire de voitures… Alfa Romeo et Maserati.
Là où l’on vendra des Porsche se trouve actuellement un concessionnaire de voitures… Alfa Romeo et Maserati.

Pour en finir avec les Porsche

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Vendre des Porsche à Vanier !? Devrais-je me fabriquer une affiche qui se lit « scandale ! » ou déchirer ma chemise sur la place publique ?

Je vous rappelle les faits: un nouveau concessionnaire de voitures Porsche sera construit à l’angle du chemin de Montréal et du boulevard Saint-Laurent à Ottawa. Le propriétaire de ce futur « magasin de chars de luxe », Mrak Holdings, s’est vu octroyer un crédit de taxes commerciales de 2,9 millions $ sur 10 ans de la Ville d’Ottawa pour s’établir à cet endroit. Ce crédit de taxes est accordé dans le cadre du Plan d’améliorations communautaires du chemin de Montréal.

Tout est en règle, semble-t-il. Il n’y aurait pas de magouille là. La Ville a créé un programme et une entreprise a décidé d’en profiter.

Tant mieux pour Mrak Holdings, diront certains. Tant mieux pour la Ville qui récoltera près de 4 millions $ en taxes foncières sur 10 ans, diront d’autres. Et tant mieux pour les gens aisés de l’Est d’Ottawa qui se magasineront bientôt une Porsche.

Mais « scandale ! » a-t-on crié. Comment la Ville d’Ottawa peut-elle aider financièrement une entreprise qui vend des voitures de luxe à s’installer dans un quartier défavorisé ? Et j’ai nommé: Vanier.

Est-il là, le débat ? Vraiment ? Il est là, le scandale ? On ne devrait pas construire un concessionnaire Porsche dans la cour des pauvres petits Vaniérois ?

Si c’est le cas, ne m’attendez pas pour le « déchirage » de chemises sur le chemin de Montréal, vous ne m’y verrez pas.

Je suis Vaniérois, vous le savez. Un pur-sang. Je ne peux pas parler pour tous les autres Vaniérois mais, personnellement, je m’en contrefiche de la construction de ce concessionnaire de voitures Porsche. Je m’en balance. Et j’habite à cinq minutes de marche de ce futur vendeur de voitures inabordables pour un p’tit cul de Vanier.

L’arrivée de ce concessionnaire changera quoi au paysage au juste ? Les gens qui crient au scandale savent-ils au moins ce qui se trouve présentement à l’endroit où sera construit le concessionnaire de Porsche ?

Sinon, je vais leur dire. Là où l’on vendra des Porsche se trouve actuellement un concessionnaire de voitures… Alfa Romeo et Maserati. Pas exactement des boîtes à savon, on en conviendra.

Je passe souvent devant ce concessionnaire. Je regarde les bolides dans la vitrine. Et chaque fois je pousse un long soupir en me disant: « Peut-être un jour. » Je me verrais au volant d’une Maserati. Une Maserati décapotable. Les cheveux qu’il me reste dans le vent, j’emmènerais ma blonde « sur tous les chemins d’été », comme le chantait Steve Fiset dans sa Camaro. Mais je rêve. Seul dans ma Kia, je rêve.

L'idée de conduire une Maserati décapotable fait plutôt rêver notre chroniqueur Denis Gratton.

Autre question pour ceux qui sont scandalisés de voir un vendeur de Porsche s’installer près d’un quartier dit défavorisé. Saviez-vous ce qui se trouvait là avant l’arrivée des Maserati et des Alfa Romeo ?

Réponse: un concessionnaire d’automobiles. Bélisle Automobiles, pour ne pas le nommer. Une famille francophone qui a vendu des Cadillac et des Oldsmobile à cet endroit pendant près de 60 ans.

Chaque fois que mon père passait devant, il regardait les Cadillac dans la vitrine et il poussait un long soupir en se disant « peut-être un jour ». Il se voyait au volant d’une grosse Cadillac chromée et tout équipée. Mais il rêvait. À son décès, en 1994, on a vendu sa Chevette…

Puis un dernier point – et non le moindre – avant d’en finir avec ce débat:

Géographiquement parlant, ce terrain où sera construit le concessionnaire de voitures Porsche ne se trouve même pas à Vanier. Le territoire de cette ancienne ville s’arrêtait à la rue Ducharme et l’église Notre-Dame-de-Lourdes, un demi-kilomètre avant les Cadillac d’autrefois, les Maserati d’aujourd’hui, et les Porsche de demain.

Donc vous pouvez cesser de pleurer pour les pauvres petits Vaniérois. Je pense qu’ils s’en fichent pas mal de la construction future d’un concessionnaire Porsche à l’angle du chemin de Montréal et du boulevard Saint-Laurent. On vend des chars – des « gros » chars – à cet endroit depuis les années 1950. Ce n’est rien de nouveau.

C’est même un petit coin qui, un peu comme le gros lot de la 6-49, nous permet de rêver.