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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
La famille Vandoorslaert posera ses valises à Trois-Rivières pour de bon, après près de quatre ans de voyage autour du monde. À l’avant, Louise et Charles, qui sont avec leurs parents Charlotte et Jean-François ainsi que la petite Victoria.
La famille Vandoorslaert posera ses valises à Trois-Rivières pour de bon, après près de quatre ans de voyage autour du monde. À l’avant, Louise et Charles, qui sont avec leurs parents Charlotte et Jean-François ainsi que la petite Victoria.

Poser ses valises, le coeur encore un peu en voyage

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CHRONIQUE / C’est un visiteur bien spécial qui a attiré l’oeil des automobilistes et des passants au centre-ville de Trois-Rivières, lundi après-midi. L’autobus de la famille Vandoorslaert, ces voyageurs belges qui parcourent le monde depuis près de quatre ans maintenant en compagnie de leurs trois enfants ont fait un arrêt devant l’hôtel de ville. Cet arrêt qui fut temporaire dans des centaines d’autres villes à travers le monde, il sera permanent chez nous. Les voyageurs posent leurs valises et s’installent dans cette ville pour laquelle ils ont eu le coup de foudre.

Charlotte Vandoorslaert s’empresse de nous tendre le crayon-feutre noir dès qu’on s’approche de l’autobus. Sur le métal, il est requis d’apposer sa signature, d’y laisser une trace. Ce véritable musée ambulant a traversé près de 30 pays en Europe et en Amérique, et transporte avec lui des milliers de noms, de mots, d’histoires. Si ceux qui l’ont vu ont voulu y graver leur signature, ils ont aussi laissé la trace de leurs visages et leurs sourires dans le coeur de cette famille qui n’a rien d’ordinaire.

Devant l’hôtel de ville, même le maire Jean Lamarche n’a pu s’empêcher d’aller les saluer et signer ce musée roulant. «Heureux qui comme Ulysse...», inscrira-t-il, avant de souhaiter officiellement bienvenue aux nouveaux Trifluviens.

Il y a quelques années, Jean-François Vandoorslaert travaillait pour le traiteur du palais royal de Belgique, rien de moins. Installée à Waterloo, commune belge située à environ vingt kilomètres au sud de Bruxelles, la famille menait «une vie très confortable», de confier le papa. Mais une remise en question à la suite d’ennuis de santé a eu pour effet de transformer leur destinée. Jean-François avait envie d’être plus présent pour ses enfants, Charlotte avait envie de voyager, de rencontrer, de découvrir le monde. Ils ont tout plaqué!

À bord de cet autobus sur lequel ils ont travaillé pendant deux ans pour le préparer au voyage, ils vivent et vont à la rencontre des gens, surtout des jeunes auprès desquels ils ont développé le projet My Tiny School, qui a permis de rencontre plus de 4000 enfants partout dans le monde pour leur partager cette expérience et véhiculer des messages positifs de persévérance scolaire et d’ouverture au monde. Transportant plus de 20 000 crayons, ils ont aussi organisé des concours de dessins dans plusieurs écoles pour inciter les jeunes à mettre de l’avant leurs forces et leurs talents.

Mais voilà, Charles, 14 ans, et Louise, 12 ans et demi, ont aussi eu envie de se poser quelque part après tout ce temps. Ils ont eu envie de s’attacher à des gens, de tisser des liens plus durables. Pour Victoria, qui n’a que quatre ans et demi, l’autobus a pour ainsi dire toujours été sa maison. Elle y est embarquée à huit mois et a fait ses premiers pas quelque part en Allemagne. Elle qui dort dans le lit du bas, au-dessous de celui de sa soeur, commence tranquillement à verbaliser qu’elle aimerait aussi avoir sa chambre de princesse à elle.

C’est à Trois-Rivières que s’arrêtera donc le voyage. Un choix mûrement réfléchi pour la famille qui avait déjà fait un détour par la Mauricie en 2019, et qui avait toujours gardé une place dans son coeur pour cette région où ils avaient vécu un petit coup de foudre.

«Et après huit mois dans l’Ouest canadien, la spontanéité des Québécois nous manquait», lance Jean-François en éclatant de rire.

«Heureux qui comme Ulysse...» a inscrit le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, sur l’autobus de la famille belge.

De Trois-Rivières, ils avaient surtout gardé des contacts avec quelques personnes qui avaient été marquantes. De ce nombre, il y avait Alain Rivard, l’un des copropriétaires de la microbrasserie Le Temps d’une Pinte. Devant la forte pénurie de main-d’oeuvre et la possibilité de recruter un homme d’expérience dans la restauration, la question ne se posait même pas.

En plus, on dit que les Belges s’y connaissent plutôt bien, en bières...

«Je ne voulais pas juste me trouver un travail. Ça, en ce moment, c’est facile. Je voulais joindre une équipe, faire partie d’un projet qui m’emballe. Le Temps d’une Pinte, c’est une belle entreprise qui a su rebondir durant la pandémie. C’est ce qui m’a plu et qui reflétait l’esprit de Trois-Rivières. C’est un projet de vie qu’on vient débuter ici alors ça le reflète bien aussi», constate celui qui attend tout de même que tous les papiers soient en règle afin d’obtenir un permis de travail et de pouvoir débuter sa nouvelle carrière.

Charlotte, pour sa part, ira continuer d’aider les autres en devenant préposée aux bénéficiaires pour la résidence La Belle Époque, du secteur Trois-Rivières-Ouest. Et à plus long terme, la petite famille espère que les démarches pour immigrer de façon permanente se solderont en une réussite, au même titre qu’ils souhaitent que leur intégration en soit une.

En attendant, Victoria pourra enfin avoir sa chambre de princesse à elle, dans une maison du secteur Cap-de-la-Madeleine où ils emménageront à la fin de l’été.

Poser ses valises pour de bon, ils l’espèrent. Même si les voyages pourraient finir par leur manquer. Mais le bus ne sera jamais bien loin, stationné dans la cour arrière et ouvert à quiconque voudra venir leur rendre visite. Un véritable petit musée sur roues qui traîne avec lui presque quatre ans de souvenirs.

Et des milliers de visages et de sourires.