Portrait statistique des immigrants de Québec

L’immigration est devenue plus que jamais cette semaine un des enjeux significatifs de l’élection du 1er octobre en raison des positions divergentes des principaux partis.

La Coalition avenir Québec souhaite abaisser à 40 000 par an le nombre d’immigrants admis. Le Parti québécois va plus loin et évoque un seuil de 35 000 à 40 000.

Le Parti libéral et Québec solidaire souhaitent pour leur part maintenir le rythme actuel de 50 000 immigrants par an et n’excluent pas de l’augmenter.

Avant d’aller plus loin dans le débat, j’ai trouvé utile de retourner aux données du dernier recensement 2016 pour savoir qui sont les immigrants sur le territoire de la grande région de Québec. Qui sont-ils? D’où viennent-ils? Où habitent-ils et travaillent-ils?

Prenons les chiffres pour ce qu’ils nous disent, sachant qu’un portrait statistique sera toujours par nature très incomplet.

Il ne dit rien des efforts, des rêves, des épreuves, des joies et des échecs de ces dizaines de milliers de personnes qui ont choisi de venir vivre ici.

Sauf indication contraire, tous les chiffres et tableaux sont tirés du Recensement 2016 dans la RMR de Québec, ce qui inclut Québec, Lévis et les MRC périphériques.

1. VENUS POUR RESTER

  • Qui sont-ils?

Près de 94 % des immigrants installés dans les limites de la ville de Québec en 2011 y étaient encore lors du recensement de 2016.

Pareil taux de rétention des immigrants aurait semblé invraisemblable il y a quelques années à peine à Québec.

Il faut maintenant se rendre à l’évidence : les immigrants qui viennent à Québec y restent.

Je n’ai pas mis la main sur le taux de rétention pour l’ensemble de la région métropolitaine de Québec, mais il serait étonnant que ce soit très différent.

La moitié des 44 500 immigrants qui habitent aujourd’hui la grande région de Québec sont arrivés après 2006, ce qui coïncide avec l’essor de l’économie locale.

Une forte proportion des immigrants arrivés dans la région de Québec entre 2006 et 2015 connaissent le français (71 %) et sont instruits. Près de 60 % ont 14 années ou plus de scolarité.

Combinés à une économie qui tourne en accéléré et à une pénurie de main-d’œuvre, ce sont des facteurs qui facilitent l’intégration et le désir de rester.

Les 44 550 résidents de la région de Québec nés à l’étranger représentent 5,6 % de la population totale de la RMR Québec (800 296).
C’est une proportion en hausse, mais qui reste bien inférieure à celle des villes de même taille au Canada.

2. DOUCE FRANCE

  • D’où viennent-ils?

Personne ne sera surpris d’apprendre que la France est encore, et de loin, le pays d’origine du plus grand nombre d’immigrants dans la région de Québec.

Les Français comptent pour près du quart de tous les citoyens nés à l’étranger et le rythme de leur arrivés s’est même accéléré entre les recensements de 2011 et de 2016.

La proportion reste moindre qu’à l’époque de Jacques Cartier ou de Champlain, mais c’est beaucoup plus qu’à Montréal, où la France arrive au quatrième rang des pays d’origine (7,5 %), derrière l’Algérie, le Maroc et Haïti et tout juste devant la Chine.

Les missions de recrutement de la Ville de Québec et de Québec International dans des pays francophones et en France en particulier n’y sont sans doute pas étrangères.

Le nombre d’immigrants en provenance d’Afrique est en forte progression à Québec entre 2011 et 2016, notamment à cause des situations politiques troubles dans plusieurs pays.

Curiosité statistique, l’ordre des pays d’origine est légèrement différent entre la rive nord et la rive sud. On retrouve la Chine et Haïti plus haut sur la liste de Chaudière-Appalaches que sur celle de la Capitale Nationale.

3. PRENDRE PAYS, C'EST PRENDRE LA VILLE

  • Où habitent-ils?

Le portrait statistique des lieux de destination n’a pas besoin de beaucoup d’explications.

Les immigrants choisissent la ville plutôt que la campagne ou la périphérie. Ils choisissent aussi la Ville de Québec à près de 83 %.

Lévis arrive au second rang, loin derrière. Plus on s’éloigne des centres, moins on retrouve d’immigrants.

4. TRAVAILLER C'EST TROP DUR!

  • Où travaillent-ils?

Les immigrants de la région de Québec sont plus nombreux à travailler en proportion que les citoyens locaux nés au pays.

Il s’agit d’un cas unique à travers les 13 RMR de taille comparable au Canada.

Les immigrants sont non seulement plus nombreux en proportion à travailler, mais ils sont aussi plus nombreux à chercher du travail, ce qui se reflète dans un taux d’activité supérieur à celui des non immigrants (voir le tableau 4 ci-dessous).

Ce constat statistique semble aller à l’encontre des discours publics et idées reçues sur les difficultés des immigrants à trouver du travail.

Dans les faits, la «performance» des immigrants pour les taux d’emploi et d’activité s’explique surtout par leur moyenne âge.

Les immigrants sont plus jeunes que les résidents nés au pays dont plusieurs ont atteint l’âge de la retraite et ont cessé d’être disponibles à l’emploi. Ils sortent alors des statistiques.

La vraie réalité est que le taux de chômage des immigrants de Québec (7 %) demeure en 2016 près du double de celui des non immigrants (4,3 %).

La moins bonne maîtrise de la langue, l’inadéquation entre la formation et les besoins du marché, les réflexes corporatistes des corporations professionnelles, les choix de priorités familiales différents et la méfiance à l’égard de l’étranger sont autant de facteurs pouvant expliquer la difficulté accrue à trouver du travail.

La pénurie de main-d’œuvre pourrait cependant changer les choses. Plus de la moitié des emplois créés au Québec depuis 2006 ont été pourvus par des immigrants, rapporte le Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion.

Les immigrants sont en proportion plus nombreux déjà que les travailleurs «locaux» à travailler dans plusieurs domaines où il y a pénurie de main-d’œuvre.

On peut en voir quelques exemples au tableau 4 ci-dessous.