L’énorme chantier de réfection des quatre étages du stationnement intérieur de l’édifice Marie-Guyart coûtera 7 millions $ de moins que le dernier estimé de 59 millions $, et 13 millions $ de moins que l’estimation initiale de 65 millions $.

Politique et gaspillage

CHRONIQUE / On a le préjugé facile à l’endroit de nos gouvernements. Gaspillage, incompétence et corruption se retrouvent fréquemment dans le lexique des batailles politiques et des chroniques journalistiques. Personne n’y échappe, même pas moi…

Lundi matin, j’ai profité d’une conférence de presse sur la gestion des immeubles gouvernementaux, pour demander au ministre Pierre Arcand et au président de la Société québécoise des infrastructures (SQI), Yves Ouellet, s’il y avait des dépassements de coûts dans la réfection des stationnements de l’édifice Marie-Guyart à Québec. Le G — comme on l’appelle toujours —, c’est le plus haut gratte-ciel de la colline parlementaire, qui abrite l’Observatoire de la capitale.

J’étais convaincu qu’on m’annoncerait un dépassement des coûts. Erreur : l’énorme chantier de réfection des quatre étages du stationnement intérieur coûtera 7 millions $ de moins que le dernier estimé de 59 millions $, et 13 millions $ de moins que l’estimation initiale de 65 millions $.

«On a de beaux succès», m’a déclaré Yves Ouellet, qui venait aussi de dire que le nouvel hôpital de Baie Saint-Paul coûterait 40 millions $ de moins que prévu, et que la construction du nouveau centre administratif de Saint-Jérôme se fait à 15 % moins cher que les coûts initialement annoncés.

Heureusement qu’on a de beaux succès! Parce que l’histoire est généreuse en catastrophes financières. Lundi, le ministre Pierre Arcand a annoncé une série de nouvelles mesures pour améliorer la gestion du parc immobilier du gouvernement. Ces mesures sont une réponse à l’enquête de la Vérificatrice générale du Québec sur le scandale de la vente de trois immeubles du gouvernement en 2008, impliquant trois collecteurs de fonds du Parti libéral. La ministre responsable de la Société immobilière du Québec (SIQ), à l’époque, Monique Jérôme-Forget, avait reconnu ne pas avoir surveillé ce dossier.

Ce que Pierre Arcand a annoncé, lundi matin, c’est que les transactions de plus de 10 millions $ devront avoir l’autorisation du Conseil du trésor, et celles dépassant 50 millions $, l’aval du Conseil des ministres. De plus, le gouvernement augmentera le nombre d’espaces de bureau dont il est propriétaire. Il cherchera aussi à relocaliser certains ministères ou organismes dans les secteurs urbains où les taux de location sont moins élevés que dans les centres-villes. C’est le cas pour l’est de Montréal par exemple. Il y aurait des économies à réaliser de l’ordre de 500 millions $ sur cinq ans selon M. Arcand.

Il est difficile de critiquer les mesures annoncées, sauf que les suites à ce projet dépendront de la volonté politique du prochain gouvernement. Il faudra donc attendre le résultat des élections.

Tout le monde s’entend pour réduire le gaspillage. En fin de semaine, la Coalition avenir Québec y est allée de son cru et promis des économies de 800 millions $ en réduisant certaines dépenses inutiles de l’État. À cinq mois des élections, tout devient tellement facile… Il faut donc prendre ça avec un grain de sel.

En attendant, il est frustrant de voir la lenteur de l’appareil administratif et judiciaire dans l’étude des scandales passés. En novembre, la Vérificatrice générale a dénoncé le laxisme entourant la vente des immeubles gouvernementaux à des collecteurs de fonds du PLQ en 2008. L’Unité permanente anticorruption (UPAC) fait enquête, et la SQI attend le résultat de cette enquête pour tenter de récupérer une partie des sommes dilapidées.

C’est long les enquêtes policières. Et d’ici à ce qu’on en connaisse les résultats, il y aura plein d’autres cas, petits et grands, de gaspillages présumés. Alors vous comprenez que les beaux succès, dont parlait Yves Ouellet, ça ne reste pas très longtemps dans l’actualité.