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Léa Martin
Les Coops de l'information
Léa Martin
Inutile de le répéter, les réseaux sociaux sont des endroits de partage et de division intenses bourrés de faits alternatifs.
Inutile de le répéter, les réseaux sociaux sont des endroits de partage et de division intenses bourrés de faits alternatifs.

Petit cours de bienséance sur les réseaux | Leçon 1, retour sur les acquis

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CHRONIQUE / On est tous à cran, plus particulièrement depuis la dernière année. Je vous en ai déjà parlé et vous avez lu, entendu et regardé 1 000 chroniques à ce sujet. Inutile de le répéter, les réseaux sociaux sont des endroits de partage et de division intenses bourrés de faits alternatifs. Mais vous savez quoi, il semblerait qu’on n’ait toujours pas compris. Je me suis dit qu’il fallait qu’on en discute, entre nous et avec des experts: un petit retour en classe dans le fond. 

Au cours d’une charmante discussion au téléphone avec la professeure au département de linguistique de l’UQAM, Elizabeth Allyn Smith, on a parlé des bienfaits de la métacognition. Qu’est-ce que c’est au juste? En gros, c’est penser sur ses propres pensées. 

Elle me dit que plusieurs études démontrent les bienfaits des formations sur la qualité des sources chez les étudiants universitaires. Ça semble logique, mais lorsque l’on demande aux gens d’être plus vigilants sur la qualité de ce qu’ils consultent et partagent, ça a tendance à améliorer leurs comportements. 

Donc je vous propose quatre déclarations qui peuvent sembler évidentes, mais que l’on oublie souvent dans le feu de l’action. 

Partager des opinions vous expose au jugement des autres

Vous faites défiler les publications non nonchalamment sur les réseaux quand vous vous rendez compte avec horreur que votre collègue, votre oncle ou une connaissance vient de partager une énormité. Pas une simple photo mal cadrée prise avec une webcam achetée en 2009, mais le genre de publication qui te fait remettre en question les valeurs profondes de cette personne: une fausse nouvelle accablante, une chronique problématique, un billet intolérant… Dites-vous que si vous avez ressenti un profond malaise en voyant ça, vous ne devez pas être la seule. 

C’est ainsi que Jocelyn* avec qui vous avez eu des discussions bien sympathiques autour de la machine à café au boulot (R.I.P) devient, tout d’un coup, un vieux con raciste, homophobe, sexiste à vos yeux. Mais est-ce que Jocelyn est au courant du changement de regard que vous et plusieurs autres personnes de son entourage lui portez? Surement pas. 

Parce qu’en réalité, il a probablement réagi de façon émotive. C’est ce que confirme Elizabeth Allyn Smith. « On est dans le moment, dans l’émotion. On voit quelque chose, on le partage », explique-t-elle. Elle souligne que l’on pense peu souvent aux différentes interprétations possibles de ce que l’on partage. Elle ajoute même que nous sommes peu souvent prêts à faire face aux contre-arguments qui se présentent en réponse à l’opinion que l’on vient de partager (quelle soit la nôtre ou celle des autres).

Alors avant de partager quoi que ce soit, mieux vaut:

  • Vérifier si la source est fiable et pertinente dans ce domaine;
  • Se demander quelles sont les intentions de l’auteur de ces informations;
  • Se demander quelles émotions cette information nous fait ressentir; 
  • Quel est notre objectif en partageant ce contenu;
  • Se demander si on est prêt à faire face à la critique et au débat de façon respectueuse.

En général, ces questions m’ont toujours bien servi (et sauvées de quelques situations embarrassantes). 

* Ceci est un nom fictif emprunté pour le bien de la trame narrative de cette chronique. Les Jocelyn sont, en général, des personnes très sympathiques. 


Vos 15 000 amis/abonnés n’ont peut-être pas les mêmes référents que vous

Et ça, on l’oublie souvent. 


« Une raison pour laquelle les êtres humains ont tendance à se retrouver avec des groupes de personnes homogènes, même si ça peut paraître négatif, c’est parce qu’on a plus de facilité à communiquer avec des gens qui ont un bagage similaire au nôtre. »
Elizabeth Allyn Smith



Même si l’on parle de plus en plus des problèmes reliés aux chambres d’échos créées par les algorithmes, les réseaux sociaux nous placent souvent face à des internautes qui n’ont pas nécessairement les mêmes connaissances ou les mêmes référents culturels que nous. « Cette personne a-t-elle appris les mêmes choses que moi? Est-ce que c’est dans notre savoir partagé qu’il y a un changement climatique? Quand on n'a pas ces informations, ça devient plus difficile de calculer l’intention des gens », ajoute-t-elle à titre d’exemple.


Les gens sont plus agressifs en ligne qu’en personne

Je travaille sur des pages Facebook de médias, alors disons que la gestion des messages haineux ça me connaît. Par contre, je dois avouer que des fois, il est difficile de relativiser devant autant de colère. Le professeur au département de communication sociale et publique de l’UQAM, Alexandre Coutant, met les choses en perspective. « Quand on fait des enquêtes sur le long terme pour savoir comment les gens s’informent, avec qui ils discutent, on se rend compte que ça arrive souvent que ces personnes avouent s’être emportées et ne pas vraiment penser de cette façon », indique-t-il. 

Ce n’est pas une façon d’excuser la haine sur internet, au contraire. C’est juste qu’en passant sa journée sur les réseaux, parce qu’on n’a rien d’autre à faire depuis quelques mois, c’est facile de croire que les gens sont absolument exécrables. 

Il faut aussi garder en tête que, comme l’indique le maître de conférence en sciences de l’information et de la communication à l'Université Paris II Panthéon-Assas, Romain Badouard: « Les plateformes de réseaux sociaux ne sont […]pas exemptes de responsabilités dans ce dossier, dans la mesure où leur design comme leurs modèles économiques favorise la propagation de contenus virulents, voire haineux ». 

Comment ça se fait? Par exemple, Facebook va favoriser sur votre mur des contenus qui ont généré plus d’interactions organiques (likes, partages, commentaires), en gros, ce qui nous fait le plus réagir. Gardez ça en tête avant de faire quoi que ce soit sur internet. 


Vous n’êtes pas obligé d’avoir une opinion sur tout

Des fois, c’est plus sain de ne rien dire ou simplement d’avouer ne pas avoir de réponse. « Plutôt que de se dire “je suis d’accord” ou pas avec ce que je viens de voir, on peut se demander: est-ce que ça a l’air fiable », indique Alexandre Coutant. Quand il n’y a pas de preuves de fiabilité, on peut simplement se dire que l’on n’est pas dans un contexte où l’on peut se forger un avis: ce n’est pas plus compliqué que ça! Souvent, mieux vaut dire qu’on ne sait pas que de se mettre dans l’embarras et heurter des gens au passage. 

Bon, je crois que je n’ai rien dit qui a révolutionné votre vie, mais maintenant, la table est mise. Je vous convie à ma prochaine chronique pour un deuxième cours de bienséance sur les réseaux! 

Avant de partir, un petit devoir avant le prochain cours: allez lire notre nétiquette pour apprendre comment interagir sur nos pages dans le respect de tous. À la semaine prochaine!