Cette semaine, le premier ministre du Québec se disait certain de réaliser des gains auprès d’Ottawa avant et après les prochaines élections fédérales.

Pays rêvé ou réel pour Legault?

CHRONIQUE / Tramway de Québec, imposition de conditions au statut de résidence permanente, déclaration unique de revenus, signes religieux, transferts en santé…

Entre Québec et Ottawa, il n’existe pas de crise à proprement parler — même si ce genre de terme surgit souvent à l’esprit lorsqu’on a le nez collé sur un moment particulier.

Il existe un bras de fer comme on en est coutumier dans les relations fédérales-provinciales. 

N’empêche que cet épisode de tensions constitue un sérieux face-à-face entre le «pays rêvé et le pays réel» de François Legault lui-même; autrement dit, un défi politique personnel pour lui. Je m’explique.

S’exprimant sur la démission de la députée Catherine Fournier de l’aile parlementaire péquiste, le premier ministre a répété mercredi que les difficultés du Parti québécois (PQ) découlent du fait que depuis longtemps «les gens ne veulent pas entendre parler de souveraineté». Et que, partant de là, de nombreux Québécois ont fini par choisir, comme lui, de faire avancer le «pays réel et pas le pays rêvé» — le premier étant le Canada et le second, un Québec indépendant.

Ce n’est pas la première fois que François Legault utilise cette image. Après les élections de 2014, il avait reproché au PQ de travailler sur le pays «rêvé» ou «imaginaire», plutôt que sur le «pays réel».

Plusieurs péquistes ont bien enregistré les mots de M. Legault. Dans Qui veut la peau du Parti québécois?, l’ex-chef Jean-François Lisée fait le pari de l’échec caquiste en raison des refus d’Ottawa.

Il va sans dire qu’ils sont nombreux chez les souverainistes à souhaiter l’échec de M. Legault. Leur espoir — vain, encore une fois? — est qu’une accumulation d’insuccès redonne un jour du tonus à l’idée de la souveraineté… Certains «anciens souverainistes» devenus caquistes s’accommoderaient sans doute assez bien d’un échec général sur ce front s’il contribuait à un tel résultat.

Mais il ne faut pas croire que cette stratégie revendicatrice de François Legault face à Ottawa, entre autres en immigration, vise un tel objectif. J’y reviendrai.

Quels gains?

Cette semaine, le premier ministre du Québec se disait certain de réaliser des gains auprès d’Ottawa avant et après les prochaines élections fédérales.

Le pont de Québec est cependant une saga qui pourrait durer encore longtemps. Pour ce qui est du tramway dans la capitale, il est impensable qu’une querelle autour d’«enveloppes dédiées» au transport et à l’environnement ne se règle pas. Québec et Ottawa peuvent trouver un accord sur de telles questions de cuisine.

La déclaration de revenus unique verrait probablement le jour sous un gouvernement fédéral conservateur. Sur l’immigration, il y aurait une «ouverture» d’un gouvernement d’Andrew Scheer. Mais il est impossible de dire jusqu’où.

Une partie des succès recherchés par François Legault dépend donc du résultat du scrutin fédéral. Une partie, car, sur les transferts en santé, pour citer un autre dossier, le statu quo demeurera.

Pas de détournement

La gouvernance nationaliste et revendicatrice du gouvernement Legault contribue à sa popularité chez de nombreux Québécois. Voilà entre autres pourquoi elle est ainsi mise de l’avant, voire brandie avec fierté par M. Legault.

Cela ne signifie pas qu’il ne tirerait pas, un jour lointain, une conclusion politique d’une accumulation d’échecs — si c’est ce qui devait se produire... et si l’aiguille de l’opinion publique bougeait. Mais ça ne serait pas dans ce mandat-ci.

Le chef caquiste ne détournera pas son mandat électoral sur une question aussi majeure. C’est, j’en suis sûr, une chose sacrée pour lui.