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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Julie Baillargeon, directrice des services infirmiers aux Terrasses Dominicaines, a pu accompagner la famille de Yolande Borgo dans les derniers instants de sa vie, en avril dernier. La résidence a mérité un prix provincial pour le protocole mis en place afin que cette femme puisse mourir entourée de toute sa famille. Mme Baillargeon est ici accompagnée de Kathleen Duguay, directrice adjointe de la résidence.
Julie Baillargeon, directrice des services infirmiers aux Terrasses Dominicaines, a pu accompagner la famille de Yolande Borgo dans les derniers instants de sa vie, en avril dernier. La résidence a mérité un prix provincial pour le protocole mis en place afin que cette femme puisse mourir entourée de toute sa famille. Mme Baillargeon est ici accompagnée de Kathleen Duguay, directrice adjointe de la résidence.

Un dernier souffle en toute dignité

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Trois-Rivières — C’est un véritable privilège qui a été vécu par la famille de Yolande Borgo, en avril dernier. «Un privilège extraordinaire», résume au bout du fil sa fille Marie-Claire Borgo. En pleine crise sanitaire, au plus fort de la pandémie, alors que plusieurs aînés sont décédés seuls sans avoir la chance d’avoir leurs proches à leurs côtés, Yolande Borgo a pu quitter ce monde entourée de tous les siens, dans son appartement de la résidence Terrasses Dominicaines à Trois-Rivières. Une gymnastique orchestrée à la fois par son médecin de famille, la Dre Marie-Claude Pinard, et l’équipe des soins infirmiers des Terrasses Dominicaines, qui vient d’ailleurs de remporter un prix provincial pour souligner l’initiative.

Yolande Borgo et son mari vivaient depuis à peine quelques semaines aux Terrasses Dominicaines lorsque la pandémie a frappé la province et que le confinement total a été décrété. Tous les résidents étaient confinés à leur unité, sans possibilité de visite. Mme Borgo n’a pas été infectée par la COVID, mais vivait tout de même des ennuis de santé. Lorsqu’il est apparu évident que son état de santé s’était dégradé au point où il fallait envisager les soins palliatifs, il a fallu prendre de lourdes décisions.

«Je ne pouvais pas envisager que l’on transfère ma mère dans une unité où mon père n’aurait pas pu aller la voir», indique Marie-Claire Borgo. Pour la directrice des soins infirmiers des Terrasses Dominicaines, Julie Baillargeon, l’idée de séparer ce couple qui s’aimait comme au premier jour alors que la dame vivait ses derniers moments était tout aussi impensable. «J’ai toujours voulu avoir une pratique humaine, c’est pour ça que je voulais travailler dans une résidence comme ici. Je voulais que l’on puisse donner ce service, que ça soit possible qu’elle soit avec ceux qu’elle aime», résume Mme Baillargeon.

La Dre Marie-Claude Pinard, qui assurait le suivi médical du couple depuis de nombreuses années, a travaillé de concert avec l’équipe soignante pour autoriser le protocole dans de pareilles circonstances... et Marie-Claire Borgo s’est confinée avec ses parents pour vivre les derniers jours de sa mère dans l’appartement où elle vivait. Son frère est également venu afin d’être présent pour les derniers instants, dans le plus grand respect des mesures sanitaires. Le petit-fils de Mme Borgo a pu rendre visite à sa grand-mère quelques jours avant son décès en respectant lui aussi l’ensemble des directives.

Un soir, alors qu’elle s’apprêtait à quitter son travail pour rentrer à la maison, le cellulaire de Julie Baillargeon a sonné. Yolande Borgo vivait ses derniers instants et la famille voulait que l’infirmière vienne les soutenir.

Son mari et ses deux enfants entouraient Mme Borgo. La directrice des soins infirmiers a tenu le iPad au bout duquel était connecté son petit-fils pour être présent lui aussi, dans les circonstances. «C’était un moment rempli de beauté, de zénitude. Ils lui flattaient les cheveux. Ils ont échangé de magnifiques paroles. Et au bout d’un moment, elle est partie doucement. C’est difficile à expliquer, mais c’était d’une grande beauté. Un peu comme une naissance. C’était un privilège que d’avoir pu être là», se souvient Julie Baillargeon.

Pour la fille de Yolande Borgo, ce moment restera longtemps gravé dans sa mémoire. «Ça a été extraordinaire, un cadeau du ciel. Je n’aurais jamais pensé qu’elle puisse mourir à la maison, et malgré la peine, ça s’est vécu dans une belle atmosphère», constate Marie-Claire Borgo, qui demeure reconnaissante envers la médecin de famille et l’équipe, et qui espère que le protocole mis en place cette journée-là a pu inciter la résidence à répéter l’expérience pour d’autres familles depuis. Pour sa part, Marie-Claire Borgo a poursuivi son confinement avec son père pendant les trois semaines qui ont suivi le décès de sa mère. «C’est une chance qui nous a été donnée. Je ne suis pas certaine qu’on aurait accepté ça partout», considère-t-elle.

Évidemment, le travail des équipes soignantes n’a pas été facile pour personne depuis le début de la pandémie, confie Julie Baillargeon. «Je ne savais pas que nous étions capables d’autant d’acrobaties en si peu de temps», résume-t-elle, rappelant que l’ensemble des équipes dans toutes les résidences reçoivent pratiquement chaque semaine de nouvelles directives qui forcent les équipes à revoir tout le plan de travail, modifier les protocoles et jongler avec l’impossible, tout en s’assurant que les changements affectent le moins possible des habitudes et la qualité de vie des résidents.

En effet, le moindre changement à leur routine peut avoir des effets importants sur leur qualité de vie. Par exemple, une directive comme celle donnée cette semaine, de fermer les salles à manger et de servir les repas dans les chambres, peut faire la différence pour des aînés qui ont besoin de ce contact humain pour maintenir l’habitude de se nourrir et se souvenir des petits gestes associés à la prise du repas. Pour Julie Baillargeon et son équipe, cette unique nouvelle directive signifie un énorme défi non seulement organisationnel, mais également de santé et de sécurité de la personne.

«Mais quand on vit des moments comme celui vécu ce printemps, on sait pourquoi on travaille. On se regarde et on se dit: aujourd’hui, j’ai fait la différence dans la vie de quelqu’un», confie Julie Baillargeon.

Récemment, le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) a remis un prix provincial à la résidence Terrasses Dominicaines pour cette initiative qui a permis à Yolande Borgo d’être entourée de sa famille pour ses derniers instants, malgré la pandémie. La résidence a reçu le prix de l’engagement exceptionnel dans la catégorie reconnaissances employés Ambassadeurs, pour les résidences de 99 unités et moins.

«Quand on a eu l’annonce du prix, j’ai dit à mon équipe: rendez-vous compte les filles! Nous sommes de si belles étoiles et on brille au provincial même en pandémie. On pourrait être sombres, blasées, découragées, ce serait si facile d’aller là. On a accompli ce que plein de gens n’auraient pas accompli parce que la procédure dictait autre chose, ou que le personnel était manquant. Mais on est allé jusqu’au bout», se félicite Mme Baillargeon.

Une plaque soulignant ce mérite a été accrochée au mur de la résidence, signe que le passage de Yolande Borgo aura aussi laissé une trace indélébile dans le souvenir et le coeur de ceux qui y vivent et y travaillent chaque jour.