Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Le téléthon du Noël du Pauvre a amassé plus de 705 000 $ vendredi soir, un record de tous les temps en cette année de pandémie.
Le téléthon du Noël du Pauvre a amassé plus de 705 000 $ vendredi soir, un record de tous les temps en cette année de pandémie.

Quand une région se serre les coudes

CHRONIQUE / 705 810 $. C’est encore difficile à croire, même après quelques jours. Mais le téléthon du Noël du Pauvre de Radio-Canada Mauricie et Centre-du-Québec a bel et bien pulvérisé tous les records vendredi soir. Avec un spectacle sans public. Avec deux heures de moins à l’antenne. Avec des contraintes techniques jamais vues. On a quand même battu, et de très loin, le record de 570 000 $ amassé en 2018.

Mais j’ai un secret à vous confier. Le téléthon n’a pas amassé 705 810 $. Il a amassé un peu plus que ça. 

Parce que pendant que les six enfants qui s’occupaient de présenter le chiffrier final cette année montaient sur scène, les téléphones continuaient de sonner en arrière, auprès de la dizaine de téléphonistes qui n’ont pas chômé de la soirée. Les gens continuaient de donner à coup de 100 $ ou de 200 $, des montants qui n’apparaissaient pas encore au chiffrier final. Le téléthon a quitté les ondes à 22 h, et les téléphones ont sonné encore pendant 30 minutes. 

Ajouté aux collectes effectuées dans les différents secteurs par les organismes en charge, comme à Nicolet où l’on a amassé un record de tous les temps de 48 644$, ou encore à Shawinigan avec le montant record de 117 000$, la collecte de cette année restera clairement gravée dans l’histoire.

Ça fait de nombreuses années que le Nouvelliste participe au téléthon, en s’assurant de fournir des bénévoles pour assumer le rôle de téléphonistes. J’en suis chaque année, depuis presque quinze ans. C’est devenu une tradition et ça résonne chaque année avec le début officiel de mon temps des Fêtes.

Un travail plus dans l’ombre, mais ô combien gratifiant, parce qu’on a la chance de vous parler, de vous entendre. Cette position privilégiée que l’on occupe aurait de quoi nourrir des heures et des heures de diffusion tellement ce qu’on peut entendre est riche et plein d’humanité.

Cette année pourtant, j’ai eu l’oreille en feu, le bras mort à force d’écrire et le cou un peu raide samedi matin d’avoir tenu le combiné entre mon épaule et mon oreille pendant cinq heures consécutives. Vous avez été au rendez-vous plus que jamais. Dès les premières minutes de diffusion, on le sentait bien qu’il se passait quelque chose. On voyait bien que cet appel à la générosité lancé en cette année peu banale où tant de gens ont eu besoin d’aide faisait son chemin jusque chez vous.

Ça n’a jamais dérougi. Je n’ai jamais eu le temps d’avaler une bouchée. J’ai dû demander de l’assistance pour ouvrir une bouteille d’eau parce que je n’y parvenais même pas entre deux téléphones. Au bout de deux heures, lorsque la productrice Nancy Sabourin est passée pour voir si tout allait bien, elle a bien vu l’enthousiasme dans nos yeux. «Nancy, vous allez péter tous les records ce soir, c’est sûr». Le temps nous a donné raison.

Cette année, j’ai eu l’oreille en feu, le bras mort à force d’écrire et le cou un peu raide samedi matin d’avoir tenu le combiné entre mon épaule et mon oreille pendant cinq heures consécutives. Vous avez été au rendez-vous plus que jamais.

À coup de 10 $, de 50 $, de 200 $, de 500 $ et même de 1000 $, les appels rentraient les uns après les autres faisant grimper le chiffrier à vue d’oeil. Et derrière chacun de ces appels, des sourires, des histoires, des témoignages...

Comme cet homme qui a fait un don très généreux et qui voulait lancer un appel à tous les aînés qui ont touché un montant d’argent du gouvernement au printemps, avec le confinement. «Je n’en ai pas besoin de cet argent-là. J’en garde une partie parce que je sais que l’impôt va passer dessus, mais je donne le reste. Et tous les aînés qui sont un peu en moyen devraient faire comme moi. On n’en a pas besoin, mais il y a du monde qui en ont besoin». 

Sa voix s’est ensuite brisée par l’émotion. J’ai pris le temps d’écouter ce qu’il avait à dire. «Ma femme est décédée du cancer au début de l’été. Je vous donne également sa partie à elle. Cet argent-là, il faut qu’il serve à donner du bonheur». N’en déplaise à ceux qui attendaient en ligne pour qu’on prenne leur appel, j’ai eu besoin de quelques secondes pour me remettre de cet appel-là.

Puis cette autre dame qui téléphone et, toute fière, me dit qu’elle va donner 100 $. «Vous savez, j’ai eu besoin du Noël du Pauvre pendant plusieurs années. C’est moi qui allais chercher le chèque. Aujourd’hui, je travaille et mes enfants sont grands. Je n’ai pas besoin de cet argent-là, pas autant que d’autres personne en tout cas. Je redonne pour ceux qui sont aujourd’hui comme moi j’ai été autrefois».

Et ce flot d’appels incessant durant toute la soirée a évidemment causé un engorgement des lignes téléphoniques. Un heureux problème, lance cet homme qui me confiait avoir tenté à vingt reprises d’avoir la ligne. 

Merci cher monsieur, de ne pas avoir abandonné et d’avoir rappelé jusqu’à ce que quelqu’un décroche! 

Merci aussi à ceux qui ont donné dans les barrages routiers, qui ont parrainé une famille, qui ont donné dans les commerces, sur le site web ou même en personne le soir-même sur la rue des Forges. 

Merci à ceux qui ont été patients devant l’attente, et qui ont vu que cet engorgement était juste la manifestation d’une immense vague de générosité qui a déferlé sur une région qui en avait bien besoin. 

Parce que c’est un peu ça qu’on a tous fait, collectivement, vendredi soir. On a montré qu’en se serrant les coudes, on pouvait être bien plus forts et plus entêtés que ce maudit virus et que tous les dégâts qu’il aura laissé derrière lui. Que quand on sait tendre la main, la lumière finit toujours par se frayer un chemin à travers l’ombre.