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Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
Le prix de certains logements dans les Premiers quartiers de Trois-Rivières fait de plus en plus sourciller les associations de locataires.
Le prix de certains logements dans les Premiers quartiers de Trois-Rivières fait de plus en plus sourciller les associations de locataires.

Logements à louer: sortez le chéquier!

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Logement à louer, deux chambres, non chauffé non éclairé, pas de stationnement, en plein cœur de la Petite Pologne à Trois-Rivières. On demande 800 $. Logement à louer dans le quartier Sainte-Cécile au deuxième étage, trois chambres, non chauffé non éclairé, à proximité des Artisans de Paix, de Comsep et de plusieurs autres organismes communautaires luttant contre la pauvreté. On demande 1000 $.

Si vous êtes actuellement à la recherche d’un logement à Trois-Rivières et que votre budget est très limité, les prochaines lignes ne vous surprendront pas. Vous connaissez probablement déjà le phénomène, qui est devenu un véritable problème dans les Premiers quartiers aux yeux des organismes qui viennent en aide aux locataires, et aux yeux des locataires eux-mêmes.

Le prix des loyers situés dans les quartiers généralement plus défavorisés est de plus en plus élevé. Encouragé par un taux d’inoccupation à moins de 2,3 % selon les dernières données de la SCHL, de même qu’une bulle immobilière qui a touché Trois-Rivières il y a quelques années et qui a été exacerbée par la pandémie, le marché locatif qui s’adresse à une clientèle qui a moins de moyens s’effrite de plus en plus, laissant place à des logements qui se louent maintenant à des prix impossibles à envisager pour cette clientèle. Un phénomène bien implanté, et qui semble également vouloir tranquillement s’étendre vers Shawinigan, selon Info-Logis Mauricie.

Cet organisme ne sait plus où donner de la tête depuis quelques années, et spécialement depuis la pandémie, à force d’entendre des histoires de personnes qui ne peuvent plus trouver à se loger sans y faire passer la presque totalité de leurs revenus mensuels.

«Et le pire c’est que ça fonctionne, parce que le taux d’inoccupation est tellement bas que les locataires n’ont pas beaucoup d’options. Beaucoup de personnes se retrouvent prises à la gorge. On a vu des gens décider de s’en aller en colocation parce qu’ils ne pouvaient plus se permettre leur loyer. On en voit aussi accepter de vivre dans des loyers insalubres, des fois avec le toit qui coule dans la chambre à coucher, parce que c’est tout ce qu’ils peuvent se permettre», énonce Carol-Ann Côté, coordonnatrice d’Info-Logis Mauricie.

Il y a, dans cette équation, le phénomène que l’organisme appelle la «rénoviction» qui entre en ligne de compte. Par différents moyens dont il dispose, le propriétaire reprendra le loyer pour y faire des rénovations ou des améliorations afin de le remettre sur le marché plus tard, à un prix beaucoup plus élevé. Jusque-là, c’est la loi du marché qui prévaut et le propriétaire est dans son droit le plus strict, si les moyens utilisés sont légaux.

«Mais le problème, c’est que parfois, on voit que ce sont des rénovations très de base qui ont été effectuées, des travaux qui relèvent de l’entretien normal du bâtiment. On refait la toiture, on rafraîchit un peu la salle de bain et voilà. On remet sur le marché à 200 $ ou 300 $ plus cher par mois», constate Mme Côté.

Sur un groupe Facebook de location d’appartements à Trois-Rivières consulté par Le Nouvelliste, des internautes en ont profité pour se vider le cœur face à cette réalité. «Êtes-vous virés fous? Depuis quelques mois, je vois des logements au coût de 1000 $ pour un 5 et demi qui n’est pas chauffé ni éclairé. Des 3 et demi pour 700 $, Hydro inclus, mais dans un bloc de m***. Beaucoup de personnes perdent leurs jobs à cause de la situation (NDLR: pandémie). En tant que locataire, on essaie de garder la tête hors de l’eau et de survivre avec le peu que le gouvernement nous donne», écrit une internaute.

Info-Logis Mauricie milite d’ailleurs depuis plusieurs années pour obtenir davantage de logements sociaux pour aider la clientèle plus défavorisée. D’ailleurs, on apprend ce matin que trois projets viennent de recevoir le feu vert de Québec afin de construire 81 nouvelles unités de logement sociaux, un investissement de plus de 9,3 M$. Mais Info-Logis Mauricie plaide également pour un contrôle obligatoire et universel du prix des loyers qui serait imposé par le gouvernement.

Carol-Ann Côté, coordonnatrice d’Info-Logis Mauricie.

Toutefois, ce contrôle serait une très mauvaise idée, croit la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) qui prônerait davantage des mesures qui favoriseraient l’augmentation de l’offre des loyers, ce qui pourrait naturellement rééquilibrer le marché.

Selon le porte-parole de la CORPIQ, Hans Brouillette, les propriétaires sont eux aussi en lien avec des fournisseurs, des assureurs, bref un paquet de monde qui cherche à faire un profit. «Présentement, les loyers augmentent moins vite que les coûts reliés aux bâtiments. Les associations de locataires voudraient contrôler les prix, mais ne peuvent pas contrôler les coûts», signale-t-il, rappelant que la logique d’un investisseur demeure évidemment celle de réaliser un profit sur son investissement, d’abord et avant tout.

Hans Brouillette invite d’ailleurs à la prudence lorsque vient le temps d’évaluer si cette tendance est réellement à la hausse, alors que les cas recensés dans le cadre de la présente chronique sont des prix annoncés, mais que le loyer n’est pas pour autant loué. Il note qu’en plus de nombreux loyers encore affichés à des prix plus bas, il existe aussi tout un marché locatif peu visible actuellement, celui de la cession de bail, qui permet de céder un bail d’un locataire à un autre et qui maintiendra le prix bas du loyer. Ceci sans compter les nombreux logements, à bon prix et bien entretenus, que les locataires ne quitteront jamais ou presque.

La bulle immobilière a également causé cette réalité: de grands joueurs de l’immobilier de Montréal ou Toronto achètent maintenant des immeubles à Trois-Rivières sans même venir les visiter. «Ils achètent des immeubles en se basant sur les cartes et la localisation géographique. Le prix des blocs reste tellement abordable pour eux et ce sont des sociétés qui ont d’immenses portefeuilles, alors l’immobilier de Trois-Rivières est véritablement une aubaine pour eux. On savait que le phénomène s’en venait tranquillement depuis les dernières années, mais là je peux vous dire que c’est totalement installé», martèle Carol-Ann Côté.

Cette dernière signale que le phénomène se voit également de plus en plus à Shawinigan, mais qu’il n’est pas encore aussi implanté qu’à Trois-Rivières.

Un phénomène peu surprenant pour la CORPIQ, qui remarque que le canal d’investissement dans le locatif à Montréal est délaissé par les investisseurs, puisque les prix des loyers sont nettement insuffisants pour espérer rentabiliser le prix d’achat et les coûts d’entretien d’un immeuble. Résultat: les investissements ne se font plus à Montréal, mais dans les régions, dont Trois-Rivières.

Hans Brouillette est toutefois d’avis que la pandémie apportera une hausse du taux d’inoccupation, une hausse qui se fait déjà ressentir à Montréal et qui devrait être confirmée par la SCHL ailleurs au Québec bientôt. De nombreux étudiants n’ont pas vu, cette année, l’intérêt de prendre un appartement près de leur cégep ou de leur université pour y suivre des cours à distance. L’immigration a également baissé depuis mars 2020. Ce ne sont là que quelques exemples qu’il donne.

Dans la province, l’étude menée par le regroupement des comités logements démontre que les loyers affichés au Québec entre février et mai 2020 étaient annoncés 30 % plus chers que le prix moyen estimé par la SCHL.

La CORPIQ réplique toutefois en signifiant qu’à Trois-Rivières, entre 1992 et 2019, le loyer moyen a progressé de 1,7 % par année, étant à 395 $ en 1992 et à 625 $ en 2019. «Et encore, ce taux inclut les loyers des logements neufs qui sont forcément loués plus chers et qui tirent donc la moyenne vers le haut. Globalement, l’inflation des loyers à Trois-Rivières a donc été de 58 % durant cette période et de 55 % pour l’indice des prix à la consommation au Québec», ajoute Hans Brouillette.

En toutes circonstances, Info-Logis Mauricie rappelle que les locataires peuvent avoir des recours sur certains agissements et que, malgré la lourdeur administrative que ces recours peuvent entraîner, il est d’abord et avant tout impératif que le locataire connaisse ses droits et n’hésite pas à se renseigner s’il croit être lésé.