Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Paule Vermot-Desroches
La classe virtuelle, c’est ce que vivent bien des enfants de la région ces jours-ci. Et les parents s’adaptent.
La classe virtuelle, c’est ce que vivent bien des enfants de la région ces jours-ci. Et les parents s’adaptent.

Ces premières lignes...

CHRONIQUE /  J’écris ces premières lignes.

Nouvelle chronique, heureuse de pouvoir m’adresser à vous à travers elle.

Pourtant, j’écris ces premières lignes avec le vertige de l’anormal et du tourbillon qui gère nos vies depuis des mois. J’écris à moitié à genou à côté de ma fille, à essayer de comprendre cette nouvelle bibitte dans ma vie qu’est Google Classroom.

Parce que oui, comme bien d’autres élèves de la région, mon aînée est confinée pour plusieurs jours parce qu’un ami de la classe a été testé positif. Il a fallu fermer la classe, vider le pupitre et ramener tous les souliers dans un petit sac d’épicerie un peu troué.

Parce qu’on le savait le 11 mai dernier, et on le sait encore aujourd’hui: anticiper le virus dans les écoles et envisager des fermetures sporadiques, c’était le prix à payer pour retrouver un semblant de vie normale. Pas par excès d’égoïsme de parents qui veulent pouvoir travailler en paix. Jamais!

D’abord pour elle. Pour ces dix semaines passées à la maison à ne pas avoir de routine, à se demander à quoi tout ça peut rimer. À se chercher la vie chaque jour, entre les amies qui nous manquent, la famille qu’on ne peut pas voir et papa et maman qui jouent aux funambules pour être à la fois performants au travail et dignes d’être de bons parents, qui multiplient les congés pour leur offrir un peu de temps, mais que la réalité du monde du travail finit vite par rattraper. Ça ne devrait pas être ça, sa vie d’enfant.

«Maman, est-ce qu’il y aura, un jour, une autre pandémie dans ma vie? Parce que si oui, j’aime mieux mourir tout de suite...»

C’est sur ces mots, et avec un bon suivi professionnel pour elle, que s’est terminé mon printemps 2020. Des intentions finalement sans grand fondement, du haut de ses presque huit ans. Mais peu importe, ça transperce le coeur d’une maman.

Alors oui, j’ai voulu qu’elle retourne à l’école. Pour qu’elle retrouve le sourire, le petit rose sur ses joues, son envie de se lever le matin et le bonheur d’être fatiguée le soir d’avoir beaucoup trop appris, trop couru et trop joué avec les amis.


« Alors oui, j’ai voulu qu’elle retourne à l’école. Pour qu’elle retrouve le sourire, le petit rose sur ses joues, son envie de se lever le matin et le bonheur d’être fatiguée le soir d’avoir beaucoup trop appris, trop couru et trop joué avec les amis. »
Paule Vermot-Desroches

Même si ça veut dire que ce matin, je dois être à genou à côté d’elle pour programmer Google Classroom.

J’écris ces premières lignes en même temps que je programme mon nouveau clavier Bluetooth. Parce qu’après plusieurs mois à la maison, j’ai envie de m’arracher le bras droit. Ergonomie oblige, on construit sa nouvelle réalité comme on fabrique le meilleur des numéros d’improvisation mixte ayant pour titre «le télétravail».

L’îlot de la cuisine, la table de la salle à dîner, même le divan du salon, pour atterrir sur un bureau plus stable, dans le coin de la salle à manger. Ajuste la chaise, monte l’écran, tasse la souris, incline tes pieds, commande-toi ci, commande-toi ça! Après le coronavirus, le mal-au-bras-droit deviendra définitivement le mal de 2020!

J’écris ces premières lignes dans un monde virtuel, où je commence cette nouvelle vie professionnelle virtuellement. Mais j’écris aussi ces premières lignes avec l’envie profonde que tout redevienne comme avant le plus rapidement possible. Qu’on ne se laisse pas prendre au piège d’adapter pour économiser, et d’oublier la fraternité, le contact, les sourires et le besoin de ventiler sa dernière angoisse ou célébrer son plus récent bonheur face à face, pas au téléphone ou en Zoom.

J’écris ces premières lignes avec, bien naïvement, le sentiment qu’on saura en tirer le meilleur à la fin de tout ça. Le plus vite sera le mieux, toutefois.

D’ici là, j’écris ces premières lignes avec humilité et respect envers vous, chers lecteurs, qui avez le droit chaque jour d’exiger de nous que nous soyons encore meilleurs que la veille. Et c’est à côté de votre tasse de café, bien au chaud sur nos plateformes et tournée vers nos nouveaux défis, que je tâcherai d’être à la hauteur de ce grand privilège qui m’est donné depuis presque 20 ans: celui de vous informer.

À ma façon cette fois!