Patrick Duquette

Nous ne sommes pas des cobayes

CHRONIQUE / Big Brother n’est pas toujours là où on l’attend.

Voilà que des centres commerciaux de la société immobilière Cadillac Fairview se font faits pincer à utiliser des logiciels de reconnaissance faciale à l’insu de leurs clients au Canada. On avait dissimulé des caméras derrière les écrans tactiles des bornes d’information.

Patrick Duquette

À la conquête du monde virtuel

CHRONIQUE / Il fait nuit. Vous êtes seule, assise dans un abribus de la Société de transport de l’Outaouais. Un individu louche sort du bar d’en face. Quand il vous aperçoit, il entreprend de traverser la rue.

Bien vite, son corps s’encadre dans l’ouverture de l’abribus. Vous réalisez qu’il est trop tard. Que toute retraite est impossible. L’homme s’approche, il s’assoit près de vous. Il avance le bras. Pour vous enlacer. Pour vous coincer. Pour vous forcer.

Patrick Duquette

Erreur sur la personne

CHRONIQUE / Dites-moi, seriez-vous Isabelle par hasard ?

La femme blonde attablée au petit café du département de sciences sociales de l’Université d’Ottawa a tourné son visage vers moi. Avant même qu’elle n’ouvre la bouche, j’avais compris mon erreur. Ce n’était pas la femme de la photo.

« Non, désolé », m’a-t-elle répondu en souriant gentiment, sans doute pour soulager mon embarras. J’ai rougi en réalisant que j’avais l’air du gars qui fait erreur sur la personne lors d’un rendez-vous galant.

J’ai retraité sans demander mon reste.

C’est ironique parce que j’étais à l’Université d’Ottawa non pas pour une blind date, mais pour faire une entrevue avec une chercheuse dont le domaine est justement… la reconnaissance faciale. Un champ de recherche fascinant à notre époque où les enjeux de sécurité prennent toute la place.

Quand la vraie Isabelle Boutet est arrivée — une blonde aux yeux bleus, avec des fossettes sur les joues, comme sur sa photo de profil universitaire — je lui ai raconté ma méprise. J’ai pointé discrètement la femme qui lui ressemblait, à l’autre bout du café.

Elle a ri, en remarquant que je m’étais fié à ses cheveux pour l’identifier. Alors que ce sont les yeux qui offrent le plus d’indices pour reconnaître un visage familier, m’expliquera-t-elle en entrevue.

Dans leurs plus récentes recherches, Mme Boutet et son équipe du département de psychologie se sont intéressées à une question fascinante : pourquoi se trompe-t-on lorsque vient le temps d’identifier un visage qui nous semble familier ?

La question peut sembler anecdotique.

Mais elle ne l’est pas lorsqu’on est policier, douanier ou encore le témoin oculaire d’un crime.

Dans de telles situations, la capacité de reconnaître correctement un visage est vitale, que ce soit pour assurer la sécurité du pays ou pour guider le tribunal vers la vérité.

C’est dans ce domaine que Mme Boutet et son équipe ont fait une percée intéressante. Deux types d’erreurs peuvent survenir lors de la reconnaissance faciale.

Soit on prend un étranger pour quelqu’un qu’on connaît. Soit on ne reconnaît pas quelqu’un qu’on connaît. Les jeunes adultes commettent les deux types d’erreurs. Mais pas les adultes de 55 ans et plus. C’est ça la découverte d’Isabelle Boutet : les plus vieux sont coupables seulement de la première erreur. Ils ont tendance à confondre de parfaits étrangers avec des connaissances.

Ce n’est pas si grave, vous dites ?

Pas si ça se produit une fois ou deux. Mais ce genre de méprises, si elles surviennent à répétition, peuvent amener une personne âgée à douter de sa santé mentale et la plonger dans l’isolement, explique la chercheuse. Et ça, c’est plus grave. Surtout que la sénilité n’aurait rien à voir avec ce type d’erreur sur la personne.

La coupable, ce serait plutôt la vue qui baisse avec l’âge.

Ça, et le fait que les gens âgés ont emmagasiné tellement de visages dans leur mémoire qu’il leur est plus facile de les confondre entre eux.

« L’affaiblissement de la vision serait un des principaux facteurs à l’origine des erreurs de reconnaissance faciale, contrairement à la croyance selon laquelle la perte de mémoire serait généralement en cause », explique Mme Boutet.

Avec ses études, Isabelle Boutet vient ajouter son grain de sel à d’autres recherches réalisées ailleurs dans le monde. En Allemagne, des recherches ont démontré que les douaniers d’expérience performent moins bien que les novices lorsqu’il s’agit de reconnaître un visage sur un passeport. 

Une autre étude a démontré le même phénomène chez des notaires. Un résultat inattendu que les chercheurs peinent à s’expliquer.

Est-ce parce que les employés plus vieux sont blasés ? Moins attentifs ?

L’étude de Mme Boutet vient apporter un éclairage nouveau. Ces douaniers vieillissants auraient peut-être intérêt à porter davantage leurs lunettes pour mieux accomplir leur travail et éviter un départ à la retraite prématuré. Quant à moi, il me faudrait sans doute m’en procurer une bonne paire pour éviter d’autres rencontres embarrassantes !

Chronique

Les 180 gestes du Dr Nault

CHRONIQUE / La chirurgie, c’est un peu comme le tennis. À force de toujours répéter des milliers de fois les mêmes gestes précis, toujours dans le même ordre, on finit par devenir bon. Très bon même.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Patrice Nault a eu l’occasion de peaufiner sa technique au cours des 15 dernières années passées au département de chirurgie vasculaire de l’hôpital de Hull.