Patrick Duquette

Les démons du pot

CHRONIQUE / Le pot? «Avoir su, je n’aurais jamais touché à ça!», laisse tomber Ulrique Collin, un Gatinois de 36 ans atteint de schizophrénie paranoïde.

Une des craintes formulées dans la foulée de la légalisation du cannabis au Canada, c’est que sa consommation augmente le risque de développer des maladies mentales. Or pour Ulrique Collin, il est clair que la substance a accéléré l’apparition de sa maladie alors qu’il fréquentait l’école secondaire de l’Île dans les années 1990.

«Le pot a été le déclencheur», affirme-t-il.

Lui qui entendait déjà des petites voix dans sa tête au début de l’adolescence a senti les symptômes s’accentuer après avoir fumé ses premiers joints de pot dans la cour d’école. Il s’est mis à entendre des voix de plus en plus pressantes. Des voix souvent effrayantes, alors qu’il n’arrivait plus à discerner la ligne entre ses hallucinations et le monde réel.  

«Tout avait l’air vrai dans ma tête. Quand tu crois dur comme fer que le diable te parle, c’est assez épeurant!», a-t-il raconté à un auditoire venu l’entendre raconter son histoire à la cafétéria de l’UQO, plus tôt cette semaine, dans le cadre de la semaine de la santé mentale.

Après ses premiers joints de cannabis, les voix ont enflé au point de devenir un choeur obsédant et destructeur. Il avait l’impression que le monde entier complotait contre lui. Il a cessé de faire du sport et de voir ses amis, sa paranoïa le poussant même à douter de ses parents.

La souffrance l’a poussé à consommer de plus en plus et à attenter à ses jours. Il a plongé dans une psychose si sévère qu’il a cru ne jamais en sortir.

Il aura fallu un séjour prolongé à l’Institut psychiatrique Pinel de Montréal, de même que des années de traitements et de thérapie avant qu’il reprenne le dessus sur la schizophrénie. 

Après son rétablissement, il est devenu pair-aidant pour l’organisme L’Apogée de Gatineau. À ce titre, il vient en aide bénévolement à l’entourage des personnes affectées par des troubles graves de la santé mentale.

Patrick Duquette

On se calme le pompon

CHRONIQUE / Entre 200 et 300 élèves de la polyvalente de l’Île sont sortis manifester jeudi matin. Sont pas contents de partager leur école avec les élèves sinistrés de Mont-Bleu. Pas contents du double horaire décidé dans l’urgence par la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO).

Les jeunes de de l’Île auraient voulu avoir leur cours le matin, et pas l’après-midi. Ils auraient voulu avoir voix au chapitre dans la décision prise par la CSPO. « La solidarité, on veut bien !, nous a expliqué une jeune manifestante de 15 ans. On veut bien leur donner du pain (aux sinistrés), mais sont pas obligés de partir avec tout le repas ! »

Patrick Duquette

Un avertissement du ciel

CHRONIQUE / Quand l’alarme de tornade a retenti sur mon cellulaire vendredi, ma fille mangeait son macaroni dans la cuisine. Ma fille qui a peur du vent et des orages. Chaque fois que la maison craquait à cause d’une rafale, elle rentrait la tête dans les épaules. « C’est quoi ce bruit, papa ? » T’en fais pas ma chérie, c’est juste le vent qui souffle. Je la rassurais, sûr de mon fait, sans me douter qu’à quelques kilomètres de chez moi, des vents furieux arrachaient des toits et jetaient des maisons à terre dans le Mont-Bleu et à Dunrobin.

Plus tard, j’ai vu ce père de famille à la télé. Il racontait comment la tornade a arraché le toit de son logement, dans le Mont-Bleu. Il a retenu le bras de sa fille pour éviter qu’elle parte au vent. La pluie rendait sa prise humide et glissante. Juste au moment où le père allait lâcher prise, le vent a cessé. Je le regardais pleurer à la télé. C’était à vous arracher le cœur. De le voir ainsi revivre les événements, son bras droit levé vers le ciel comme s’il essayait encore de retenir la petite. Une petite qui, comme la mienne, a peur des bourrasques.

Patrick Duquette

Pas tellement éclairant, non

CHRONIQUE / Qu’est-ce qu’on retient de ce premier débat des chefs ?

En tout premier lieu, l’air bête de Mme Chagnon de Mirabel qui a confié d’entrée de jeu aux chefs sa peur de finir dans un CHSLD surchauffé et malodorant comme son mari de 83 ans. Et surtout, sa suave réplique au modérateur Patrice Roy qui lui demandait si les réponses des chefs l’avaient éclairée.

« Pas tellement », a-t-elle lâché – sans se départir de son air de bœuf.

La réponse de Mme Chagnon, qui est vite devenue un mot-clic sur les médias sociaux – #pastellement – a vite résumé l’esprit de ce débat.

Je plains le pauvre citoyen qui essayait de comprendre quelque chose aux échanges très techniques des chefs sur la rémunération des médecins ou le développement de l’industrie éolienne en Gaspésie.

Les candidats donnaient souvent l’impression d’être plus préoccupés à se prendre en défaut et à se traiter de menteurs qu’à éclairer l’électeur moyen sur leurs propositions électorales. Ce n’est rien pour arranger l’opinion de plus en plus répandue, malheureusement, que les politiciens vivent dans des tours d’ivoire et qu’ils sont déconnectés de la réalité.

En tout cas, il n’y a sûrement pas que Mme Chagnon qui avait envie de dire qu’elle n’avait « pas tellement » été éclairée par ce premier débat des chefs. Rien n’est perdu, il y en aura deux autres d’ici l’élection du 1er octobre.

On a aussi beaucoup parlé de l’Ontario, invoqué à maintes reprises comme une sorte de paradis où tout est mieux qu’au Québec, avec un système de santé plus efficace et des impôts moins accablants. Mon Dieu, ont-ils oublié Doug Ford et ses politiques trumpesque ? Et comme l’a souligné Jean-François Lisée, ça coûte 50 $ par jour pour envoyer ton enfant à la garderie.

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Qui a gagné ce débat ?

François Legault devait démontrer qu’il est le candidat du changement et qu’il a la prestance d’un premier ministre. Mais a-t-il seulement parlé de changement ? À part son engagement d’offrir la maternelle 4 ans, qui a été dénoncé par tous ses adversaires, il ne s’est pas clairement distingué sur ce front-là.

Philippe Couillard devait défendre son bilan, et il l’a fait sans grande conviction. Il a rappelé que plus de Québécois avaient un médecin de famille. « Ça donne quoi d’avoir un médecin de famille s’il n’est pas disponible quand tu es malade ? », lui a souligné François Legault. En Outaouais, bien des gens ont dû se reconnaître dans cette réplique…

Le premier ministre sortant a mis du temps à se réchauffer. M. Couillard a semblé désarçonné quand Jean-François Lisée, qui a été comme on s’y attendait le plus à l’aise dans ce débat, l’a accusé de manquer de compassion envers les patients victimes du système de santé. M. Couillard a répliqué… en citant des chiffres. Pas exactement le meilleur moyen d’avoir l’air de compatir à la douleur des autres.

Philippe Couillard a paru se dégeler un peu sur le thème de l’économie. Avec le plein-emploi et une économie qui roule à plein régime au Québec, il avait de quoi se péter les bretelles. Mais c’est toujours difficile pour un premier ministre de s’attribuer les mérites d’une bonne performance économique, surtout quand l’économie mondiale en général va bien.

Manon Massé ? La co-porte-parole de Québec Solidaire n’a pas su marquer ce débat comme savait le faire Françoise David. Et puis, c’est facile de régler tous les problèmes des CPE, des écoles, des urgences et de l’environnement quand tu as autant de millions à dépenser que Québec Solidaire. Lorsqu’est venu le temps de parler d’environnement, c’est cependant elle qui a paru la plus sincère.

« On s’en va droit vers un mur », a-t-elle dit. Malgré leurs belles paroles, les autres chefs n’étaient visiblement pas animés par la même urgence d’agir pour contrer les changements climatiques. Quant au débat sur l’immigration, dont on attendait des étincelles, il est demeuré au ras des pâquerettes.

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Le gagnant ? 

Certainement pas l’électeur moyen qui a dû ressortir de ce débat dans le même état de confusion que Madame Chagnon.