Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a menacé de pénaliser les omnipraticiens si 85 % des Québécois n’avaient pas un médecin de famille d’ici la fin de l’année.

Youpi, j’ai un médecin de famille

CHRONIQUE / Vous ai-je dit que j’ai un médecin de famille ? Non ? Et bien, j’ai un médecin de famille. Pour la première fois depuis mon arrivée en Outaouais, il y a 20 ans.

J’ai même eu mon rendez-vous de prise en charge. C’était à la nouvelle superclinique MédiGo à Gatineau. La  salle d’attente était à moitié pleine. Moi, je n’ai pas attendu, pas une minute, tralalilalère. Parce que j’avais un rendez-vous.

Une infirmière a pris la mesure de ma pression, de mon poids, de ma grandeur. Puis elle m’a envoyé voir un docteur souriant qui semblait n’attendre que moi dans son grand bureau neuf et lumineux. Il m’a posé des questions. Vous fumez ? Non. Drogue ? Non. Alcool ? Si peu. Vous dormez bien ? Oui. Sport ? Tous les jours. Vous mangez vos 5 portions de fruits et légumes par jour ? Euh… ça compte-tu, le jus d’orange ? Non ? Alors non, les fruits et légumes, pas toujours.

De mon côté, j’avais une question, une seule, à lui poser.

« Dites-moi, docteur… Vous êtes bien gentil de vous intéresser à ma santé comme ça. C’est important, la prévention. Mais je me demandais… le jour où je tombe malade, je pourrai vous voir ? Je veux dire: aussi rapidement qu’aujourd’hui ? J’aurai un rendez-vous la journée même ? Ou, au pire, le lendemain ? »

Je ne me rappelle plus de la réponse exacte de mon nouveau médecin de famille. Je me souviens surtout que ce n’était pas le oui clair et net que j’espérais.

Alors voilà, je lisais cette semaine que je n’étais pas le seul à avoir obtenu dernièrement un médecin de famille en Outaouais. 

Les listes d’attente se vident à toute vitesse. Depuis le début de novembre, plus de 9400 personnes se sont vues attribuer un médecin de famille, rapportait Radio-Canada. À lui seul, un groupe de médecine familiale d’Aylmer a pris 850 nouveaux patients.

Vous savez pourquoi ça bouge aussi vite? Parce que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a menacé de pénaliser les omnipraticiens si 85 % des Québécois n’avaient pas un médecin de famille d’ici la fin de l’année. Alors les listes se vident, mon vieux. Et vite.

Pour accélérer les choses, on a même permis aux médecins de prendre de nouveaux patients sans l’obligation préalable du rendez-vous de prise en charge. Il peut maintenant être remis, parfois jusqu’à trois ans plus tard.

J’imagine les libéraux et le ministre Barrette se frotter les mains de contentement. Les élections provinciales arrivent l’automne prochain. Regardez-les bien se vanter d’avoir vidé les listes d’attente. 

Regardez-les dire que tout le monde, ou presque, a maintenant un médecin de famille.

Mais est-ce vraiment ce qui se passe ?

Quand on regarde le portrait d’ensemble, on a moins l’impression que ce sont des patients qui se trouvent des médecins de famille… que des médecins qui se trouvent des patients pour satisfaire les diktats du ministre Barrette.

C’est bien beau de rattacher administrativement tous les Québécois, ou presque, à un médecin de famille. 

Mais dans les faits, les temps d’attentes aux urgences ne s’amélioreront pas du jour au lendemain. Les infirmières ne seront pas moins épuisées pour autant. Et il n’y a pas tellement plus de médecins qu’avant.

Est-ce que le fait de nous avoir tous attitré un médecin de famille nous donnera, comme par magie, un meilleur accès aux soins de santé ? C’est la grande question. 

Et de ce côté, la preuve reste à faire.