Les partisans de l’asphalte veulent renflouer le budget de pavage avant d'investir dans le plein air urbain.

Voir plus loin que le nid-de-poule

CHRONIQUE / Peut-on voir plus loin que le prochain nid-de-poule à Gatineau ?

C’est la même chose chaque année lors de la préparation du budget municipal. Voilà quelques années, on s’est enfermé dans un débat ridicule opposant les défenseurs des bibliothèques aux partisans de l’asphalte. Comme s’il fallait choisir entre l’un OU l’autre. Comme s’il n’y avait pas moyen d’investir à la fois dans l’un et dans l’autre !

Cette année, on a droit à une variation sur le même thème, gracieuseté de la conseillère Louise Boudrias : l’asphalte avant le plein air urbain, prône-t-elle.

Car imaginez-vous que Gatineau se voit devenir la capitale du plein air urbain au Québec, rien de moins ! Il faut admettre qu’avec la présence du parc de la Gatineau, de la rivière des Outaouais et de ses nombreux parcs et boisés, elle a tous les atouts pour y parvenir.

Mais voilà, les partisans de l’asphalte, Louise Boudrias en tête, poussent les hauts cris. C’est bien beau le plein air urbain, clament-ils, mais il faut d’abord renflouer le budget de pavage.

Et Mme Boudrias de proposer qu’on retarde d’un an le projet de plein air urbain. Ce qui permettrait d’ajouter un demi-million de dollars de plus dans le pavage. De quoi asphalter, quoi ? Un petit bout de rue supplémentaire de 500 m ? Ça ne vaut même pas la peine d’en parler.

S’il faut parler des avantages économiques à développer le plein air urbain, je soumets à Mme Boudrias l’exemple de la ville américaine de Denver, au Colorado, qui compte un impressionnant réseau de parcs et d’espaces verts.

Dès sa création au début des années 1900, ce réseau de parcs était en partie destiné à devenir un outil de développement économique qui allait faire rayonner Denver bien au-delà des frontières de l’État.

Au départ, des parcs et des promenades historiques ont été aménagés par l’urbaniste George Kessler, sous la houlette du célèbre maire Robert Speer. Les efforts se sont poursuivis tout au long du dernier siècle avec le design « City Beautiful » du Civic Center, en passant par le verdissement de l’ancien aéroport de Stapleton.

Bref, aujourd’hui Denver compte 6200 acres d’espaces verts, 29 centres récréatifs, 309 terrains sportifs et de superbes sentiers aménagés en bordure des cours d’eau.

La beauté de l’affaire ?

Les gens de Denver ont mesuré la valeur économique réelle de ces espaces verts en 2010. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Ainsi, la proximité des parcs a fait augmenter la valeur des résidences, permettant à la Ville de Denver d’empocher 4,1 millions $US en taxes supplémentaires par année. Les revenus nets provenant des dépenses touristiques s’élevaient, quant à elle, à 18 millions $US.

Avantage collatéral d’avoir des espaces verts partout dans une ville : la population est plus active, et donc, plus en santé. La fréquentation des parcs de Denver s’est traduite par une économie de près de 65 millions $US en soins de santé.

Les espaces verts d’une ville contribuent également à la cohésion sociale. Ils permettent aux gens de connaître leurs voisins. Si les gens se mobilisent pour préserver ou améliorer leurs parcs, cela contribue même à prévenir des problèmes sociaux et la criminalité. Au bout du compte, les économies pour le système de justice se chiffrent à environ 2,7 millions $US, évalue l’étude. 

Payant le développement des espaces verts ? En devenant la capitale du plein air urbain au Québec, Gatineau se donnerait le potentiel de générer assez de richesse pour combler tous les nids-de-poule dont peut rêver Louise Boudrias