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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Le virus est en train de se répandre dans nos écoles. Alice* était aux premières loges lorsqu’il a fait irruption dans sa classe.
Le virus est en train de se répandre dans nos écoles. Alice* était aux premières loges lorsqu’il a fait irruption dans sa classe.

Une pensée pour les profs

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CHRONIQUE / Le virus est en train de se répandre dans nos écoles. Alice* était aux premières loges lorsqu’il a fait irruption dans sa classe. D’ailleurs, je l’entends renifler et tousser au bout du fil…

Cette prof du primaire enseigne dans une des écoles les plus durement touchées par la vague actuelle d’éclosions à Gatineau. Elle pense avoir attrapé la COVID d’un enfant de sa classe qui avait un petit frère positif dans une autre classe. Mais bon, allez savoir qui fait rentrer la COVID dans une école. Le virus ne sonne pas à la porte avant d’entrer…

Bref, Alice a commencé à ressentir les premiers symptômes de la maladie le lundi midi, quand elle est sortie faire des courses durant sa période libre. Mais c’était si diffus… Une gorge qui pique, ce peut être dû à tant de choses. À une allergie, ou encore à cette poussière en suspension dans l’air printanier.

Mais à la fin des classes, Alice a dû se rendre à l’évidence. Il se passait quelque chose. Sans plus tarder, elle a avisé la direction de ses doutes. Le lendemain, mardi, elle se faisait tester. Et se confinait à la maison dans l’attente du résultat…

Manque de pot, c’est arrivé la semaine où la machine à tester du CISSSO est tombée en panne. Si bien qu’Alice n’a eu son résultat que le samedi suivant: positif.

Le plus stupéfiant dans cette affaire?

L’école et la Santé publique ont attendu le résultat du test d’Alice avant de fermer sa classe. Quatre jours à attendre alors que les cas se multipliaient à son école, alors que l’état d’Alice elle-même se dégradait de jour en jour. Alors que tous les indicateurs du tableau de bord étaient au rouge. Pourquoi attendre qu’un prof reçoive un résultat positif à un test de dépistage avant de fermer sa classe? C’est incompréhensible, surtout avec la présence plus que probable de variants dans nos écoles. Plus on attend, plus on risque que le virus se répande.

Et Alice n’est pas un cas isolé. J’ai parlé à une autre prof, d’une autre école. Appelons-la Livia*. Son cas est un copier-coller de celui d’Alice. Testée le lundi, Livia n’a eu son résultat que le jeudi. L’école et la Santé publique ont attendu 3 jours avant de fermer sa classe. Alors que les cas positifs se multipliaient dans l’école, alors que l’état de Livia se détériorait de jour en jour.

Tout comme Alice, Livia est convaincue d’avoir attrapé la COVID d’une fratrie. C’est dire que des parents continuent d’envoyer un frère, une soeur à l’école malgré la consigne de maintenir toute la bulle familiale en quarantaine.

Alors voilà, cela me donne la furieuse impression que l’Outaouais a pris une longueur de retard sur ce foutu virus et qu’elle ne pourra s’éviter un retour en zone rouge.

J’écoutais la présidente du Syndicat des enseignants de l’Outaouais, Suzanne Tremblay, réclamer des mesures de prévention accrue dans les écoles. Des cliniques de dépistage mobile, voire des campagnes de vaccination préventive comme dans certains quartiers de Montréal.

La présidente du Syndicat des enseignants de l’Outaouais, Suzanne Tremblay

Mais à supposer qu’on ait les moyens de mettre tout cela en place rapidement, ce sera trop peu, trop tard pour l’Outaouais.

Une pensée pour les profs en terminant.

Autant Livia qu’Alice ont ressenti de la pression pour continuer d’enseigner à distance, alors qu’elles ne sont pas guéries. Pour des raisons financières, Livia a accepté de le faire. Cette semaine, même malade, elle a recommencé à enseigner de la maison, de concert avec un prof suppléant présent dans sa classe.

«Je suis mère monoparentale et je ne veux pas épuiser ma banque de congés de maladie. Je n’ai pas les moyens de tomber sur l’assurance-salaire avec 70 % de revenus», m’a-t-elle expliqué. Quelle tristesse.

Chaque jour, les profs se mettent à risque malgré les masques. Il n’y a pas un milieu au Québec où les gens sont plus collés les uns sur les autres que dans nos écoles. Pourtant, les profs n’ont droit ni aux vaccins ni aux primes. Et voilà qu’on les presse de retourner au travail, même malades? On devrait avoir la décence de les laisser guérir avant de les renvoyer au front.

*Nom fictif pour conserver l'anonymat de la professeure