L’affaire du projet Bloome est le syndrome «pas dans ma cour» dans toute sa splendeur.

Un affreux terrain vague

CHRONIQUE / C’est le syndrome du « pas dans ma cour » dans toute sa splendeur. Vingt-six citoyens pourraient bloquer, à eux seuls, un projet d’habitation de 100 millions à Gatineau.

Pourtant, toute la population du centre-ville de Gatineau devrait avoir le droit de se prononcer sur la valeur du projet Bloome, que le groupe Kevlar veut ériger au coin du boulevard Saint-Joseph et Montclair.

Gatineau cherche depuis des années à peupler et à densifier son centre-ville. Or le groupe Kevlar projette de construire 350 logements sur un terrain vague envahi par les mauvaises herbes. Tout ça au moment où la municipalité vit l’une des pires crises du logement de son histoire.

Le terrain pressenti par le promoteur est idéal. C’est peut-être le meilleur terrain en ville pour densifier. Il est à deux pas d’une station du Rapibus. Tout près d’une épicerie, d’une pharmacie et d’un centre commercial. En matière d’emplacement, difficile de trouver mieux !

Et pourtant, des habitants d’une tour voisine s’y opposent. De crainte que les futures tours de 10, 17 et 30 étages leur gâchent la vue sur la fontaine du Casino du lac Leamy. Les résidants de l’immeuble Blackburn sont peu nombreux à s’opposer. Mais ils ont la loi provinciale de leur bord.

En vertu des règles actuelles, il suffit que 26 des 148 personnes éligibles dans la zone touchée signent un registre. Et le projet Bloome serait bloqué sous sa forme actuelle. C’est leur droit le plus strict, bien sûr. Et c’est tout à fait normal qu’ils exercent leur droit de regard sur un projet immobilier qui risque de perturber leur milieu de vie immédiat et la valeur de leur propriété.

Le problème, c’est que les propriétaires de condos de l’immeuble Blackburn ne devraient pas être les seuls à décider. Pas quand c’est un projet d’une telle importance pour le centre-ville de Gatineau. Ici, les enjeux dépassent largement le voisinage immédiat. On parle de densification du centre-ville, de revitalisation d’un terrain à l’abandon, tout cela dans le contexte d’une inquiétante pénurie de logements. Il y a ici bien d’autres critères à considérer que la perte d’une vue imprenable sur une fontaine et une circulation accrue dans le secteur.

Un peu comme pour les tours Brigil, les projets d’une telle ampleur devraient être évalués par toute la population. Dès qu’un projet immobilier atteint une certaine valeur, la consultation devrait être élargie en conséquence.

Des maires ont d’ailleurs fait des représentations en ce sens par le passé. Mais l’ancien gouvernement libéral n’a pas voulu aller jusque là lorsqu’il a réformé le processus d’adoption référendaire. Dommage !

Il reste que les opposants auraient intérêt à discuter avec le promoteur. Le rapport de force est en leur faveur. Et le groupe Kevlar se dit prêt à réduire la hauteur des tours. Qu’ont-ils à perdre à le rencontrer ? Rien.

Les habitants de l’immeuble Blackburn craignent de perdre leur point de vue imprenable sur la fontaine du lac Leamy. Je les comprends. Mais il leur suffit de baisser le nez un peu pour avoir sous les yeux le terrain envahi de mauvaises herbes au coin de Montclair et Saint-Joseph. Un spectacle qui gâche la vue de tout le monde.

Depuis longtemps.

Tout le monde a intérêt à ce que l’on construise quelque chose d’intéressant sur cet affreux terrain vague.