Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Au moins trois écoles ont bâti des baby-foot géants dans leur cour d’école.
Au moins trois écoles ont bâti des baby-foot géants dans leur cour d’école.

Sport de pandémie

CHRONIQUE / Cette pandémie ne fait pas que des ravages, elle force aussi la créativité.

Je prends à témoin ce nouveau sport d’équipe qui se pratique à deux mètres de distance dans la cour d’école: le baby-foot géant.

C’est une enseignante en éducation physique de Sayabec, dans le Bas-du-Fleuve, qui en a eu l’idée pour faire bouger ses élèves ramollis par le confinement.

Avec des riens — quelques palettes de bois recyclées, des sangles, des tuyaux de PVC et deux buts, elle a monté un jeu de soccer sur table à échelle humaine dans sa cour d’école.

Vous l’aurez deviné, ce sont les élèves qui jouent le rôle des figurines. En tout temps, ils doivent garder les mains sur un tuyau qui les maintient à deux mètres de distance les uns des autres. Un système aussi ingénieux qu’efficace!

À tel point que cette idée issue de la pandémie, qui coûte des pinottes en plus d’être étonnamment rassembleuse, a fait des petits un peu partout au Québec. Y compris en Outaouais où au moins trois écoles se sont mobilisées pour bâtir, en un temps record, des baby-foot géants dans leur cour d’école.

Au fait, c’est amusant, ce jeu-là?

«C’est tellement trippant!», assure Normand Veillette de Loisir Sport Outaouais, qui a aidé deux écoles, à Saint-André-Avellin et Gatineau, à bâtir leur propre terrain de baby-foot grandeur nature.

«C’est très rassembleur, reprend M. Veillette. Comme le jeu est statique, il équilibre les chances entre les plus vieux et les plus jeunes, en plus d’éviter les bousculades. Il comporte aussi une dimension sportive intéressante. Les joueurs peuvent se retrouver à jouer dos au ballon – comme dans un vrai jeu de baby-foot!»

Au-delà du plaisir qu’il procure aux enfants, les projets de baby-foot ont souvent un effet mobilisateur dans la communauté. Ce fut le cas à l’école Providence/J.-M. Robert de Saint-André-Avellin.

Les élèves de l'école Providence/J.-M. Robert de Saint-André-Avellin peuvent jour tout en respectant les règles de distanciation sociale.

Là-bas, une enseignante de maternelle, Any-Claude Carrier, cherchait un moyen de faire bouger les jeunes lors du retour à l’école. Quand elle a vu passer un reportage sur le baby-foot de Sayabec, elle s’est dit: bingo. Un appel à tous sur les médias sociaux, et c’était parti. Des parents, des entrepreneurs locaux, même de purs inconnus lui ont offert de l’approvisionner en palettes de bois.

«En quelques jours, on avait tout ce qu’il nous fallait, soit 28 palettes de la même dimension», raconte-t-elle.

Ils ont monté le baby-foot dans la cour d’école en famille, mercredi soir dernier. Any-Claude, son mari et ses trois grands enfants bricoleurs. Mais aussi sa soeur, qui enseigne à la même école, avec son mari et son fils.

En tout et pour tout, le projet n’aura coûté qu’une centaine de dollars grâce aux dons reçus, évalue-t-elle.

Les élèves, eux, ont pu étrenner leur nouveau terrain lundi matin. Verdict?

«Le jeu fait fureur», assure Any-Claude Carrier.

Loisir Sport Outaouais a contribué 500 $ au projet de l’école de Saint-André-Avellin, et un montant similaire à l’école Saint-Jean-de-Brébeuf, à Gatineau. Un troisième baby-foot géant a été construit à Grand-Remous, explique Normand Veillette.

Vous savez quoi?

Malgré tous ses mérites, je ne pense pas que ce jeu-là délogera le bon vieux soccer. Ni même que le baby-foot géant survivra à la pandémie. Rien ne vaudra jamais le bon vieux foot…

N’empêche, quelque chose me ravit dans ce projet: son extraordinaire simplicité.

Dans l’univers ultra-normé des commissions scolaires, on a autorisé ce genre d’initiative vite et sans faire de chichis.

Des parents, des entrepreneurs locaux, même de purs inconnus offert des palettes de bois.

Juste ça, c’est rafraîchissant.