Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
François Legault, premier ministre du Québec
François Legault, premier ministre du Québec

Qui rit dans sa barbe aujourd’hui?

CHRONIQUE / Vous vous souvenez de la campagne électorale de 2018? De cette promesse irréfléchie de la Coalition Avenir Québec?

François Legault était débarqué en Outaouais, tout sourire, en pleine opération charme. Prêt à tout pour conquérir la forteresse libérale, le chef de la CAQ avait sorti un lapin de son chapeau.

Il s’engageait à construire un nouvel hôpital de 170 lits à Gatineau.

Oui, avait-il insisté devant le public ébahi.

La CAQ s’engage à bâtir un troisième hôpital urbain, distinct des deux autres, sur un nouveau site qui lui sera propre.

Mieux, François Legault assurait que les premiers patients y seraient soignés dès 2023!

C’était tellement gros que même les électeurs de l’Outaouais, pourtant habitués à se faire miroiter toutes sortes de choses en santé, en sont restés bouche bée.

D’ailleurs, les questions ont vite fusé.

On manque de main d’oeuvre en Outaouais, M. Legault. Vous allez faire travailler qui dans votre nouvel hôpital?

Et les tracasseries administratives, M. Legault?

Et la bureaucratie de l’immense ministère de la Santé, M. Legault? Comment allez-vous faire pour la déjouer et réaliser si vite un nouvel hôpital?

Celui qui allait devenir ministre régional de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, avait balayé ces objections du revers de la main.

S’il le faut, jurait-il, le futur gouvernement caquiste mettra le projet d’hôpital sur la fast-track.

Dans tous les cas, laissait entendre le futur député de Papineau, l’Outaouais aura un nouvel hôpital plus vite avec la CAQ qu’avec les libéraux…

Or vous connaissez le dicton.

Quand ça a l’air d’être trop beau pour être vrai, et bien… c’est souvent parce que c’est trop beau pour être vrai.

On le voit depuis quelques mois.

La CAQ ne cesse de réduire les attentes à l’endroit du futur hôpital. Elle ne parle plus d’un hôpital distinct, mais évoque plutôt l’agrandissement d’un hôpital existant.

L’échéancier de 2023 semble de plus en plus irréalisable. Quant à la «fast-track» évoquée par le ministre Lacombe, on se demande où elle est passée.

Le chat est sorti du sac la semaine dernière: une dirigeante du CISSS de l’Outaouais a affirmé travailler sur un scénario de 10 à 15 ans pour le nouvel hôpital.

Autrement dit, pendant que la CAQ s’accroche à sa promesse irréaliste, les fonctionnaires travaillent à leur propre rythme, beaucoup plus lent…

Oui, la COVID a sûrement ralenti la planification. Mais la pandémie n’explique pas tout.

De toute manière, vous savez quoi?

Je trouve tout à fait sain et intelligent que le CISSS de l’Outaouais planifie soigneusement la conception du futur hôpital.

C’est un exercice complexe, qui nécessitera des investissements énormes.

S’il faut prendre quelques années de plus pour le faire comme il faut, qu’il en soit ainsi.

Si possible en consultant la population qui devait avoir son mot à dire sur une infrastructure aussi vitale pour son avenir.

Dans toute cette histoire, c’est la promesse de la CAQ qui était du grand n’importe quoi.

En fait, c’est le genre d’engagement à éviter en campagne électorale.

Un engagement racoleur, irréaliste, irréfléchi, qui ne passe pas le test de la réalité.

Le genre d’engagement qui, à la fin, vient renforcer le cynisme ambiant à l’égard de la politique. Un climat nocif que le premier ministre Legault s’était pourtant engagé à améliorer.

Qui rit dans sa barbe aujourd’hui?

Le camp libéral qui avait qualifié d’«irréaliste» la promesse de François Legault…