Le Parti libéral du Canada a sorti un vieux discours du chef conservateur Andrew Scheer qui s’élevait contre le mariage gai. Mercredi, M. Scheer a confirmé qu’il ne participera pas au défilé de la fierté.

Ouin, pis?

CHRONIQUE / Ce vieux discours d’Andrew Scheer où il s’oppose au mariage gai m’a fait réaliser à quel point les mentalités ont évolué à une vitesse folle depuis 15 ans.

Les libéraux ont abondamment partagé cette vidéo datant de 2005, jeudi, où le chef conservateur expose ses arguments à l’encontre du mariage entre personnes de même sexe.

« Il n’y a rien de plus important pour la société que le fait de mettre des enfants au monde puisque la survie même de la société en dépend », plaidait à l’époque M. Scheer à la Chambre des communes.

Alors député conservateur d’arrière-ban, M. Scheer continuait de plus belle : « Deux personnes du même sexe (…) peuvent s’engager à être monogames. Ils peuvent promettre de vivre toute leur vie une relation d’amour. En ce sens, ils ont de nombreuses caractéristiques secondaires du mariage. Mais ils n’ont pas sa caractéristique intrinsèque, car ils ne peuvent s’engager à procréer naturellement. Ils ne peuvent, en conséquence, être mariés. »

J’écoutais le discours d’Andrew Scheer, et je ne pouvais m’empêcher de sourire. Il y a 15 ans à peine, des gens s’entendaient pour dire que l’objectif premier du mariage était de faire des enfants. C’était même une question de « survie » pour la société. Wow !

Aujourd’hui, c’est l’inverse. Il s’en trouve pour dire que la meilleure solution de lutter contre les changements climatiques est d’éviter de mettre des enfants au monde.

Étude scientifique à l’appui, des couples refusent même de procréer sous prétexte qu’ils seront incapables de contrôler la quantité de gaz à effet de serre émise par leur progéniture. À l’ère des bouleversements climatiques, la « caractéristique intrinsèque » du mariage en prend pour son rhume.

Dans son discours sorti des boules à mites, M. Scheer fait l’apologie de la famille nucléaire avec des enfants. Un père, une mère et la marmaille qui court autour. Quinze ans plus tard, des juristes mettent de la pression pour faire reconnaître la triparenté, voire la multiparenté au Québec. Avec le nombre croissant de « donneurs de force génétiques », et de familles recomposées, le droit de la famille n’aura pas le choix d’évoluer. Et c’est tant mieux, selon moi. Un enfant n’aura jamais trop de parents aimants pour prendre soin de lui.

J’écoutais le discours d’Andrew Scheer, et je l’imaginais assister à la lever du drapeau de la Fierté, lundi dernier, à l’hôtel de ville d’Ottawa. J’y étais quand une personne a pris la parole au micro, se présentant comme mi-Cherokee par son père, mi-Irlandaise par sa mère. « Et à la question : suis-je un homme ou une femme ?, la réponse est : oui », a-t-elle lancé sous les applaudissements d’une foule brandissant des drapeaux arc-en-ciel.

Oui, les mentalités ont évolué rapidement en 15 ans à peine. Même la sortie du placard du maire d’Ottawa Jim Watson n’a pas soulevé de vagues.

Il a eu droit à des félicitations de la communauté LGBTQ, trop heureuse d’avoir un nouveau champion en la personne du premier maire gai de l’histoire de la capitale fédérale.

Le reste de la population a accueilli cette révélation avec une bienveillante indifférence.

« Le maire est gai ? Ouin, pis ? » Et c’est parfait ainsi.