Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Le panorama à l’ombre du parlement risque de changer radicalement avec un nouveau pont et une annexe au Château Laurier qui aura des airs de radiateur.
Le panorama à l’ombre du parlement risque de changer radicalement avec un nouveau pont et une annexe au Château Laurier qui aura des airs de radiateur.

Ne gâchons pas le paysage [PHOTOS ET VIDÉO]

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Chaque fois que j’assiste aux Grands Feux du Casino à Gatineau, je m’extasie devant la beauté du panorama.

Le parlement d’Ottawa qui surplombe la rivière majestueuse, le pont Alexandra sur la gauche, le dôme vitré du Musée des beaux-arts, les tourelles de cuivre du Château Laurier, la Cour suprême, le canal Rideau (un site de l’UNESCO), le Musée canadien de l’histoire...

C’est comme si quelqu’un s’était amusé à placer dans le même quadrilatère les plus grands chefs d’oeuvre architecturaux du pays. Il en résulte un paysage urbain d’une valeur inestimable où sont installés le siège du pouvoir et les plus fameux attraits touristiques de la nation.

L'un des plus beaux panoramas au pays avec le Musée de l'histoire, le Parlement, le Musée des beaux-arts, la rivière des Outaouais qui coule en dessous risque de changer prochainement.

Et voilà que deux éléments de ce remarquable ensemble sont menacés.

Les propriétaires du Château Laurier, mythique hôtel du centre-ville où ont défilé les grands de ce monde, proposent d’ajouter une aile carrée, sans saveur, en forme de radiateur à l’arrière de leur bâtiment. Ils en sont à leur énième mouture du projet, mais le compte n’y est toujours pas. Le conseiller municipal Mathieu Fleury a raison de râler!

À LIRE AUSSI: Château Laurier: deux comités, deux décisions

L’annexe qu’on veut ajouter a toujours l’air d’un radiateur. D’un modèle différent des précédents certes, mais d’un radiateur quand même. Où est la référence aux courbes élégantes et raffinées du bâtiment original? Je ne suis pas un expert. Mais mon oeil de profane ne les retrouve pas dans le projet de Larco Investment. Un avis partagé par Michel Prévost, président de la Société d’histoire de l’Outaouais. «Le projet ne respecte en rien l’histoire et l’architecture du Château Laurier», dit-il.

Le président de la Société d’histoire de l’Outaouais, Michel Prévost

Je m’inquiète, et peut-être devriez-vous vous en inquiéter aussi, de ce qu’on vienne gâcher irrémédiablement le visage majestueux de la capitale fédérale.

La Ville d’Ottawa a fait l’erreur d’approuver trop vite le projet d’agrandissement de Larco. Si bien qu’il lui manque un levier, aujourd’hui, pour négocier un projet à la hauteur de la réputation du Château Laurier.

Or je l’ai déjà écrit dans cette chronique, les enjeux liés au Château Laurier débordent largement le cadre municipal. On parle d’un hôtel historique, iconique, qui fait partie intégrante du paysage de la colline parlementaire. Qu’attend le gouvernement fédéral pour se mêler du dossier?

Quant au pont Alexandra, autre joyau de l’architecture canadienne, le fédéral essaie de vendre à la population l’idée que sa destruction est inéluctable. Trop vieux, trop coûteux à entretenir… Il faudra le démolir, nous dit-on.

Encore ici, on parle d’une structure iconique. Au moment de sa construction, en 1901, le pont Alexandra était le plus grand pont en acier d’Amérique du Nord et le 4e au monde. Il a été reconnu lieu historique national de génie civil en 1995.

Or j’ai sursauté en lisant dans mon journal cette semaine que l’une des options envisagées est de le remplacer par… un vulgaire pont à dalles.

Voyons donc! On mérite mieux qu’un pont bon marché.

S’il y a un endroit au pays où il vaut la peine d’investir dans la beauté, c’est bien à l’ombre de la colline parlementaire. Surtout que le pont Alexandra pourrait devenir un des rouages d’un futur tramway reliant les centres-villes d’Ottawa-Gatineau.

Selon Michel Prévost, un mouvement s’organise pour sauver le pont Alexandra de la destruction pure et simple. Avant de jeter aux poubelles un pont de cette qualité (debout depuis 120 ans!), il faut y penser à deux fois. Surtout que sa démolition, prévient l’historien, pourrait paver la voie à la destruction du vieux pont de Québec, de même style et de la même époque.

S’il faut absolument remplacer le pont Alexandra, qu’on lance un concours d’architecture. Qu’on s’assure que le nouveau pont s’inscrive dans la continuité de l’ancien par des rappels architecturaux. Par pitié, ne gâchons pas le magnifique paysage de la capitale fédérale…