Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Julia Nicol a dû attendre 36 heures avant de pouvoir faire passer un test de dépistage à la COVID-19 à sa fille, avant d’attendre un autre quatre jours pour les résultats de celui-ci.
Julia Nicol a dû attendre 36 heures avant de pouvoir faire passer un test de dépistage à la COVID-19 à sa fille, avant d’attendre un autre quatre jours pour les résultats de celui-ci.

L’hiver sera long

CHRONIQUE / Dimanche soir dernier, la petite de 10 ans tousse. Elle a le nez bouché. Un rhume ? Une grippe ? La COVID ?

Qu’est-ce que je fais ?

En temps normal, Julia Nicol aurait retourné sa fille à l’école. À part la toux, le nez bouché, tout va bien. Même que la petite déborde d’énergie…

Mais nous vivons une époque tout sauf normale.

La Gatinoise consulte l’outil d’auto-évaluation en ligne. Le verdict est clair : il faut faire tester sa fille. Elle ne peut la retourner dans sa classe de 3e année sans présenter un test négatif à la COVID-19.

De toute manière, se dit Mme Nicol, comment pourrais-je retourner ma fille à l’école si elle tousse ? Ces jours-ci, le moindre toussotement en public vaut à son auteur de se faire dévisager comme un pestiféré…

Mme Nicol essaie donc de joindre les numéros prescrits pour obtenir un rendez-vous : le 811, puis le 1-877… Chaque fois la ligne coupe après quelques options. Si bien qu’elle ne réussit à parler… à personne.

Le lundi matin, elle se présente en personne au centre de dépistage sur le boulevard Saint-Raymond. Elle n’en croit pas ses yeux : il est fermé pour la journée. « Je veux bien croire que c’est le congé de la fête du Travail, rumine-t-elle. Mais le virus, lui, ne prend pas de vacances ! »

Bref, elle retourne au centre de dépistage tôt mardi matin. Une dame, super sympathique, distribue des billets aux gens qui attendent. Sur son billet, Julia apprend qu’elle a hérité d’un rendez-vous pour un test de dépistage à 14 h 20, l’après-midi même.

Parfait.

Mais elle s’étonne tout de même d’une chose : la dame super sympa tombe rapidement à court de billets. À 9 h 30, tous les rendez-vous de la journée sont déjà comblés…

Un homme passe un test de dépistage de la COVID-19.

Julia Nicol songe aux personnes qui vont se présenter au centre de dépistage plus tard dans la journée.

Des gens qui arriveront peut-être d’Aylmer, de Gatineau, de Masson-Angers en voiture, en autobus… Combien d’aller-retour devront-ils faire avant de passer un test ?

Le mardi après-midi, Julia Nicol retourne au centre de dépistage. Le test de sa fille se déroule rondement. Mais, nouvelle surprise : elle n’aura pas de résultat avant quatre jours. La mère fait un rapide calcul mental : en comptant les 36 heures de tataouinage pour se faire dépister, plus les quatre jours de confinement à la maison dans l’attente des résultats, ça fera une semaine sans école pour sa fille.

Elle appelle à l’école.

Comment s’arrange-t-on pour ma fille ? Aura-t-elle droit à des cours virtuels ?

C’est là qu’elle réalise une autre chose : le ministère de l’Éducation n’a rien prévu pour les enfants confinés à la maison en attente d’un test COVID.

Elle n’en veut pas à l’école. Le personnel est débordé, elle le voit bien…

« N’empêche, je vois mal comment on pourra continuer ainsi quand on sait que les enfants ont des petits rhumes tout au long de l’hiver », reprend-elle.

Parce que cette partie de ping-pong pour faire tester sa fille pourrait se répéter la semaine prochaine avec son autre fille. Et peut-être le mois suivant, et le mois d’après…

Il suffira d’un nez qui coule, d’un peu de fièvre, pour relancer la ronde des appels au 1-877 et des visites au centre de dépistage.

Mme Nicol, une avocate de profession, ne dit pas ça pour se plaindre. « Je vais survivre, j’ai un bon salaire et j’ai la chance de travailler de la maison. »

Mais comment feront ceux qui ont un boulot précaire ? se demande-t-elle. Ceux qui n’ont pas de congés payés ? Qui n’ont pas le luxe du télétravail ?

Au CISSS de l’Outaouais on reconnaît avoir eu des problèmes (maintenant réglés) avec la ligne COVID. Et on annonce que les heures des cliniques de dépistage seront élargies dès la semaine prochaine.

Il faut y voir. Au Québec, on a fait le choix d’envoyer les enfants à l’école sans masque et sans distanciation en classe.

Si on veut que ça marche, il faut un dépistage rapide des cas de COVID. Et un meilleur soutien scolaire pour les enfants confinés à la maison en attente d’un test.

C’est absolument essentiel.

Sinon, l’hiver sera long, très long.