Des centaines d’étudiants ont convergé vers la colline parlementaire, vendredi, à l'occasion d'une manifestation pour le climat.

Les jeunes héros du climat

CHRONIQUE / Au début, personne ne voulait aller manifester pour l’environnement avec Greta Thunberg.

La jeune fille de 15 ans avait gagné un concours d’écriture organisé par un journal suédois où elle insistait sur la nécessité d’agir tout de suite en matière de changements climatiques.

Des écologistes l’ont approchée pour organiser une grève étudiante dans la cour de récréation ou dans les classes. Mais Greta voulait en faire plus, elle voulait porter sa cause devant le siège du Parlement suédois à Stockholm, selon le récit qu’en fait le Courrier International.

Elle a essayé de convaincre des camarades de se joindre à elle. Mais personne n’était intéressé. Alors elle est allée se planter seule devant le Parlement, en août dernier, assise sur une natte de camping. Avec une pancarte où était inscrit : grève scolaire pour le climat.

Des hurluberlus qui se plantent avec une pancarte devant un Parlement, il y en a dans tous les pays du monde. Allez savoir pourquoi, cette jeune fille autiste, qui ne parle pas pour ne rien dire, mais qui passe aux actes sans attendre personne, a réussi là où tant d’autres ont échoué.

Par la force de l’exemple, elle a lancé un mouvement étudiant mondial en faveur du climat. Ainsi sont nées les grèves étudiantes du vendredi. Une tradition qui est en train de s’incruster à Stockholm, et dans plusieurs pays du monde.

Un mouvement qui a gagné le Canada et la grande région d’Ottawa-Gatineau vendredi. Des centaines d’étudiants ont convergé vers la colline parlementaire. Je les ai entendus clamer le même message que Greta a lancé devant le Parlement suédois : « Vous êtes en train de me voler mon avenir ».

D’ailleurs, j’ai souri en les entendant crier qu’ils voulaient donner un avenir à leurs enfants. Je me suis tourné vers l’un des manifestants. Il s’appelle Loïc Carpentier, un jeune cégépien de l’Ange-Gardien. « Dis donc, Loïc, ça fait drôle de vous entendre dire que vous voulez donner un avenir à vos enfants. C’est vous, les enfants ! Tu pourrais être mon fils ! » Il a ri à son tour. « Oui, ce slogan-là vient d’une discussion qu’on a eue entre nous. Des gens disaient qu’ils refuseraient de donner naissance à des enfants dans un monde devenu invivable en raison des changements climatiques. »

J’avoue que ça m’a ému de les voir manifester avec un tel enthousiasme. Oui, ils s’expriment au nom des jeunes. Oui, tout comme Greta, ils s’adressent aux générations qui les ont précédés. Mais je n’ai pas senti qu’ils voulaient nous faire la morale. Au contraire, ceux à qui j’ai parlé savent très bien qu’ils ne sont pas des écolos irréprochables. Eux aussi circulent en voiture solo, produisent trop de déchets, consomment trop d’énergie. Eux aussi sont victimes d’un mode de vie propre à une société de consommation. Ils font leur possible, ils tentent de recycler plus, ils consomment moins de viandes, ils tentent de réduire les emballages…

Pour l’instant, leur message est beaucoup plus conciliant que celui de Greta Thunberg. En janvier dernier, elle a lancé aux hommes d’affaires et personnalités politiques réunis à Davos : « Les adultes ne cessent de nous dire qu’ils veulent donner de l’espoir aux jeunes. Je n’en veux pas de votre espoir. Je ne veux pas que vous espériez. Je veux que vous paniquiez ! »

Paniquer ? En matière d’environnement, on sait tous que le train fonce dans le mur. Et on reste assis à boire notre café. Peut-être que les adultes devraient se joindre à la prochaine grève du vendredi ? Les jeunes disent que le feu est pris en matière de climat. Après tout, ce sont les plus vieux qui ont mis le feu à la baraque.