En Outaouais, un groupe de parents bien organisés, en majorité musulmans, s’est mobilisé contre les cours d’éducation sexuelle, selon ce que rapporte TVA.

Les eaux mouvantes de la sexualité

CHRONIQUE / Ainsi, la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) a accepté de soustraire près de 200 élèves à des contenus d’éducation à la sexualité — un nombre gigantesque par rapport au reste du Québec.

La raison ?

C’est qu’en Outaouais, un groupe de parents bien organisés, en majorité musulmans, s’est mobilisé contre les cours d’éducation sexuelle, rapporte TVA.

D’après le porte-parole de ce groupe, Ibrahim Sballil (cité par TVA), ce sont les contenus sur l’homosexualité et l’identité de genre qui seraient en cause. Ceux-ci manquent de « neutralité », selon l’organisme, qui prétend que le point de vue religieux est présenté comme une « perspective à combattre ».

Bref, les motifs légaux invoqués par ce groupe ont fait reculer la CSPO qui a accordé un nombre exceptionnellement élevé de 192 exemptions — soit 81 % du total de tout le Québec !

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C’est un précédent qui risque de faire des vagues. Voyant qu’un groupe de pression a réussi à faire plier une commission scolaire en Outaouais, d’autres pourraient s’essayer ailleurs.

D’ailleurs, la première question à se poser en lien avec cette affaire, c’est si les groupes de pression auront davantage le champ libre avec le projet de loi 40 sur l’instruction publique.

Le gouvernement Legault souhaite accorder plus de pouvoirs aux parents et aux membres d’une communauté dans son nouveau modèle de gouvernance.

Impliquer les parents dans la vie scolaire est souhaitable. Mais il ne faudrait pas que ça se fasse en livrant nos écoles en pâture à des groupes de pression — religieux ou autres.

Le Québec a déjà joué dans ce film-là et personne ne souhaite un retour à cette époque obscure.

Dans ce cas précis, je trouve que la CSPO abdique ses responsabilités en donnant des exemptions à gauche et à droite.

La mission première de l’école est de développer l’esprit critique des jeunes et leur capacité de jugement. Et quand je lis le programme d’éducation sexuelle, c’est exactement ce qu’il fait.

Il explique aux jeunes de 10-15 ans comment la discrimination basée sur l’identité, l’expression de genre et l’orientation sexuelle peut affecter les gens.

On leur dit que les stéréotypes sexuels sont des référents sociaux « non obligatoires ». On leur dit qu’il faut non seulement réduire la discrimination, mais aussi la dénoncer.

On les fait réfléchir à leur propre identité sexuelle. Comment ? En comparant par exemple les messages répercutés dans les médias (films, journaux, téléréalité, médias sociaux, sites pornos) par rapport aux messages de leur entourage (famille, amis, école).

Tout ça à un âge où les jeunes se forgent une identité, cherchent à acquérir de l’indépendance — tout en étant influençables et sensibles aux jugements de leurs pairs.

On rend un grand service à nos jeunes en les éduquant aux questions de genre et d’identité à l’école. Ce ne sont pas des sujets faciles à aborder à la maison. Comme parent, je serais bien en peine de faire la distinction entre le cisgenre, le genre fluide, l’allosexuel et le non binaire…

On reproche à l’école de manquer de neutralité. L’école n’est jamais totalement neutre. Pour rester pertinente, il lui faut s’incarner dans la réalité. Et la réalité, c’est que la question des genres et de l’identité sexuelle est en pleine effervescence. Les vieux stéréotypes liés au sexe éclatent.

Oui, c’est déstabilisant. Oui, on se demande quand on arrêtera d’ajouter des lettres et des chiffres à l’acronyme LGBTQ2… En même temps, c’est bien de se libérer des vieux carcans, non ?

Dans tous les cas, le rôle de l’école est d’aider les jeunes à voir plus clair dans ces eaux mouvantes. Avec près de 200 demandes d’exemptions, la CSPO se défile lâchement.