Parfois, prendre le temps de ralentir permet d’être plus productif.

Le travail, c’est la santé ?

CHRONIQUE / C’est une mesure perdue dans l’immensité du budget Leitao : 63 millions pour favoriser la pratique du sport au travail au Québec.

Voilà une idée qui m’apparaît excellente pour procurer non seulement des économies aux employeurs, mais aussi pour soulager un système de santé surchargé.

Avec son programme, Québec fait le pari qu’une entreprise qui encourage son monde à bouger augmente le sentiment d’appartenance de son personnel, réduit le taux d’absentéisme et facilite le recrutement et la rétention du personnel.

C’est un pari qui vaut la peine d’être relevé, même s’il y a du travail à faire pour changer les mentalités. Dans certains milieux de travail, c’est presque mal vu de consacrer son heure de dîner à aller faire un petit tour au gym ou à sortir pour un jogging d’une demi-heure.

Pourtant, ça n’a aucun sens de valoriser les employés qui répondent à leurs courriels à toute heure du jour ou de la nuit ou qui restent assis toute la journée à leur bureau à travailler comme des fous. C’est une autoroute vers le burn-out, avec tout ce que ça implique d’absences coûteuses pour l’employeur et pour le système de santé. L’actualité nous fournit d’ailleurs une illustration assez éloquente de ce problème. Pas plus tard que mardi, on apprenait que les infirmières qui nous soignent sont elles-mêmes en mauvaise santé. En fait, le personnel infirmier souffre de toutes sortes de maux : surpoids, obésité, tabac, cholestérol, dépression diabète…

Pourquoi cela ?

Les horaires de fous, les quarts rotatifs, les quarts de 12 heures, l’environnement de travail stressant y sont pour quelque chose. Mais il y a aussi que 77 % des infirmières ne font pas assez d’activité physique, révèle une étude de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa réalisée auprès de 410 infirmières dans 14 hôpitaux ontariens.

Les infirmières ont beau marcher d’un patient à l’autre l’équivalent de plusieurs kilomètres par jour, ce n’est pas assez intense comme exercice pour atteindre le niveau recommandé. Mais qui leur reprochera de ne pas faire assez de sport ? Après un quart de travail de 12 heures, aucun être humain normalement constitué ne se précipitera au gym. Surtout si un autre quart de 12 heures l’attend le lendemain.

Un travailleur de la santé m’a déjà confié que son métier consistait à ruiner sa santé pour prendre soin de celle des autres. En 2016, 24 000 infirmières, soit 9 % des infirmières canadiennes, ont manqué au moins un jour de travail par semaine en raison de blessures ou de maladie. Une triste réalité qui touche aussi les infirmières du Québec.

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Alors oui, ce nouveau programme pour favoriser le sport en milieu de travail est une bonne idée. Il s’inspirerait de la certification « entreprise en santé » du Bureau de normalisation du Québec. Déjà une trentaine d’organisations ont obtenu leur certification, surtout à Montréal et Québec. Aucune entreprise de l’Outaouais ne figure sur la liste.

Les projets retenus sont variés. Ça peut être aussi simple que de permettre à des employés de faire du sport sur les heures de travail. Certaines entreprises vont beaucoup plus loin en investissant dans des gymnases, des douches, voire dans l’embauche de kinésithérapeutes.

J’ai un de mes potes qui travaille au gouvernement fédéral. Vingt-cinq ans qu’il va au gym le midi. Une routine qu’il ne changerait pour rien au monde. La présence d’une douche et d’un gym figure même dans ses critères lorsqu’il se cherche un emploi. « Les gens qui s’oxygènent le cerveau le midi sont plus performants », m’assure-t-il.

Quand j’ai la chance, je vais jouer une partie de squash sur mon heure de dîner. Je suis tellement plus productif après. En plus, ça enlève de la pression sur la vie familiale. En arrivant à la maison le soir, mon sport est fait.

Avec l’état actuel de nos hôpitaux, faire du sport relève presque de la responsabilité civique !