Des élèves, des professeurs et des parents ont transformé ce terrain apparemment incultivable de l'école secondaire Gisèle-Lalonde en un vaste jardin planté de fruits et de légumes comestibles.

Le retour à la terre des jeunes

CHRONIQUE / À l’école secondaire Gisèle-Lalonde d’Ottawa, ils appellent ça leur «forêt comestible».

Encore la semaine dernière, ce n’était qu’un terrain vague et herbeux, juste à côté de la mini-serre de l’école.

Puis, ils sont arrivés avec leurs bêches et leurs pelles. Une cinquantaine de personnes. Des élèves surtout, mais aussi des profs, des parents…

En moins d’une journée de travail, ils ont transformé ce terrain glaiseux et apparemment incultivable en un vaste jardin planté de fruits et de légumes comestibles.

On y trouve désormais des pommiers, des poiriers, des cerisiers et un amélanchier.

Mais aussi des fines herbes comme de la menthe, du romarin ou de la ciboulette. Il y a aussi du thé des bois, des champignons, des citrouilles, des céleris-raves, des patates… Des ruches s’ajouteront sous peu afin de favoriser la pollinisation des arbres fruitiers.

Sans oublier le houblon qui commence déjà à escalader la clôture. Le houblon, c’est l’idée d’un prof de sciences, Alexandre Girard. «C’est fou les notions de chimie et de biologie qu’on peut inculquer à des étudiants en leur parlant de bière», rigole-t-il.

Parce que c’est bien le but de ce retour à la terre: sensibiliser les jeunes à la protection de l’environnement. Tout en leur faisant prendre conscience que la nourriture qu’ils consomment ne se retrouve pas comme par magie sur les tablettes des supermarchés…

Cette «forêt comestible», comme on l’a baptisée, n’est que la dernière pousse d’un projet écologique qui ne cesse de croître à Gisèle-Lalonde, une école réputée pour avoir le pouce vert. Voilà quelques années, elle a été la première à se doter d’une mini-serre sans empreinte écologique.

Depuis, cette mini-serre est devenue une classe autosuffisante», mue à l’énergie solaire, où on cultive à l’année des géraniums, des légumes et des épices arrosés à l’eau de pluie. Les profs de sciences viennent régulièrement y faire des expériences avec leurs élèves. Toute la communauté s’est approprié la mini-serre qui est gérée par un comité de parents.

C’est d’ailleurs une dame du quartier, Rachelle Lecours, qui a eu l’idée d’ajouter une forêt comestible à la mini-serre. La présidente du conseil de parents, Élizabeth Bengle, a fait cheminer l’idée. «Puis tout le monde, enseignants comme élèves, ont embarqué, raconte l’enseignante Nathalie Bourgeois-Pérès. Les subventions (autour de 15 000$) viennent de la Ville d’Ottawa et des associations communautaires. Les élèves se sont impliqués de près. Certains ont même rempli des demandes de subventions!»

«En impliquant dès le départ les étudiants dans la conception du jardin, on leur transmet ce sens d’être responsable de l’environnement, poursuit Alexandre Girard. Dans la vie de tous les jours, c’est utile de savoir jardiner et de faire pousser des plantes. C’est une des valeurs qu’on essaie de transmettre à nos jeunes. On va aussi amener nos classes ici pour leur parler du cycle de vie d’une plante ou de la pollinisation des arbres fruitiers par les abeilles. C’est de leur montrer comment c’est important que la nature fonctionne bien si on veut avoir de la bouffe sur les tablettes des épiceries.»

Le projet cartonne auprès des jeunes. Certains viennent travailler à la serre ou dans le jardin avant et après l’école, sur l’heure du midi, voire pendant leurs vacances scolaires. Toutes deux âgées de 18 ans, Victoria Ho et Madeleine Mullen font partie du club Enviro de l’école.

«Nous, on se sert de la serre pour sensibiliser les autres jeunes aux enjeux environnementaux», commence Madeleine. «On démontre aux gens qu’on peut s’autosuffire et que plutôt que d’acheter des légumes à l’épicerie, on peut en planter dans notre arrière-cour», enchaîne Victoria.

Les deux filles ne manquent pas de conviction. Madeleine a convaincu ses parents de construire une serre à la maison. Quant à Victoria, elle a aménagé un potager chez elle. «Comme ça, je suis sûre que ce que je mange ne contient pas de pesticides et de produits chimiques. Sur les produits qu’on trouve au supermarché, ce n’est pas toujours indiqué…»