Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Il y a moins de cas actifs à Ottawa qu'à Gatineau, même si la population ottavienne est trois fois et demie plus élevée que celle de sa voisine québécoise.
Il y a moins de cas actifs à Ottawa qu'à Gatineau, même si la population ottavienne est trois fois et demie plus élevée que celle de sa voisine québécoise.

Le mystère Gatineau

CHRONIQUE / Appelons cela le «mystère» Gatineau.

Gatineau a plus de cas actifs et plus d’hospitalisations liées à la COVID-19 que sa voisine Ottawa. Et ce, en nombres absolus!

Gatineau a recensé jusqu’à 380 cas actifs cette semaine, alors que le nombre de personnes atteintes passait sous les 260 à Ottawa.

La situation défie toute logique.

Eh!, la population d’Ottawa est trois fois et demie plus élevée que celle de sa voisine québécoise!

Toutes proportions gardées, la capitale fédérale devrait donc compter plus de cas que Gatineau… Après tout, les deux villes sont étroitement arrimées, même si les déplacements interprovinciaux sont réduits.

Autre constat qui défie toute logique: le nombre de cas est moins élevé à Ottawa malgré le fait que les restaurants et les gyms y demeurent ouverts. Comment se fait-il que la ville qui permet le plus de contacts sociaux rapporte le moins de cas d’infections?

Même en Ontario, on se perd en conjectures sur la bonne performance d’Ottawa.

La capitale fédérale est citée en exemple ces jours-ci pour sa  remarquable maîtrise de la pandémie, elle qui était pourtant une des zones les plus chaudes de la province au début du mois d’octobre. Alors que des régions comme Toronto et Peel doivent se reconfiner en raison d’importantes flambées de COVID-19, Ottawa aplatit sa courbe de jour en jour.

Qu’est-ce qu’Ottawa a compris que les autres villes n’ont pas compris? 

Des experts ont tenté des explications. Dont celle-ci: pour une fois, une rare fois, Ottawa profiterait de son statut de ville plate.

Il y a moins de cas actifs à Ottawa qu'à Gatineau, même si la population ottavienne est trois fois et demie plus élevée que celle de sa voisine québécoise.

La docilité des milliers de fonctionnaires fédéraux, habitués d’obéir aux règles, et le grand nombre d’employés en télétravail autant dans la fonction publique que dans le secteur de la haute technologie, limiteraient les risques de transmission.

C’est séduisant comme explication.

Mais alors pourquoi Gatineau, ville-dortoir par excellence des mêmes fonctionnaires, compte-t-elle autant de cas actifs? La possibilité de faire du télétravail ne suffit pas à expliquer la différence de bilan entre les deux villes.

Autre tentative d’explication: Ottawa compte moins de cas que Toronto. Logique, disent les experts. Dans une grande ville, où les gens se marchent sur les pieds, les risques de transmission sont forcément plus grands. Mais comment expliquer que Gatineau, moins densément peuplée qu’Ottawa, compte plus de cas que celle-ci au prorata de la population?

Encore là, mystère.

Dernière hypothèse, de notre cru celle-là. 

Se pourrait-il qu’Ottawa communique mieux ses messages de santé publique que Gatineau?

Je vous rappelle que la santé publique est un domaine de compétence provinciale en Ontario.

À Ottawa, tout le monde connaît la directrice de la Santé publique, Vera Etches.

Et quand elle transmet ses consignes à la population, son message est abondamment repris sur les médias sociaux et ailleurs par le maire Jim Watson et les conseillers municipaux.

Allez faire un tour sur les médias sociaux: Mme Etches et la Santé publique d’Ottawa y interagissent abondamment avec les citoyens et les communautés culturelles. Les gens s’encouragent à suivre les consignes, à ne pas lâcher…

Bref, à Ottawa, les gens ont la nette impression que la lutte à la COVID est l’affaire de la communauté locale.

Pas du gouvernement provincial à Queen’s Park!

C’est le contraire à Gatineau.

Du côté québécois, on a l’impression que les grandes décisions se prennent à Québec ou Montréal, dans les bureaux du docteur Arruda et de François Legault. 

La directrice de la Santé publique en Outaouais, Brigitte Pinard, se contente de relayer les messages dictés en haut lieu dans ses points de presse. Des messages souvent déconnectés de la réalité frontalière de Gatineau, où on fait comme si Ottawa n’existait pas…

Après, on s’étonnera que la population n’y prête qu’une oreille distraite.