Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Des voix se sont élevées pour prendre le parti de la liberté d’expression et dénoncer la «lâcheté» de l’Université d’Ottawa.
Des voix se sont élevées pour prendre le parti de la liberté d’expression et dénoncer la «lâcheté» de l’Université d’Ottawa.

Le mot honni

CHRONIQUE / Est-ce le triomphe de la rectitude politique, voire de la censure?

Perso, je n’en reviens pas de voir que le débat autour du «mot commençant par un n» dérape à ce point.

Un prof de l’Université d’Ottawa évoque le mot «nègre» dans un contexte pédagogique, et c’est le scandale. Elle a droit à une lapidation en règle sur les médias sociaux. Le plus navrant: l’Université d’Ottawa laisse honteusement tomber sa prof en prenant le parti des militants et des vertueux.

Il me semble pourtant que dans un contexte d’enseignement, de transmission du savoir, on devrait être capable de mentionner le mot honni, ou tout autre mot pertinent, sans se faire clouer au pilori. Tout est question de contexte.

Les universités, les cégeps, les écoles devraient être des lieux de liberté d’expression, de libre pensée… Le rôle de l’Université d’Ottawa, comme institution, devrait être de s’ériger en rempart contre les procès improvisés et la boue qui éclabousse tout le monde et son prochain sur les médias sociaux.

Heureusement, des voix s’élèvent pour prendre le parti de la liberté d’expression et dénoncer la «lâcheté» de l’Université d’Ottawa. D’autres profs, des centaines, ont signé une lettre d’appui à leur collègue de l’Université d’Ottawa. Le premier ministre François Legault a qualifié sa suspension de «dérapage important».

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral et première Noire à diriger un grand parti politique au Québec, a aussi déclaré: «Il est fondamental de pouvoir nommer les choses dans un contexte académique pour pouvoir les comprendre et en débattre.»

La cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade

N’est-ce pas l’évidence?

Et puis, d’où provient cette interdiction absolue de prononcer le mot maudit, en tout lieu et en tout temps, peu importe le contexte? De la culture de nos voisins états-uniens? Jusqu’à maintenant, ce copier-coller de l’idéologie américaine sur la réalité canadienne n’est pas très édifiant. Il a surtout pour résultat de polariser les débats et de nuire au dialogue. On n’a pas besoin de ça ici!

Il y a dans toute cette histoire une dérive qui fait peur.

Une prof prononce un mot tabou en salle de classe virtuelle: elle a droit à une explosion de violence verbale sur les médias sociaux. Au point, confiait-elle à La Presse+, d’en avoir peur de sortir de chez elle. En France, un autre prof, qui a voulu faire de la pédagogie avec des caricatures de Charlie Hebdo, est atrocement décapité.

Pendant ce temps, Donald Trump, à la tête de la plus puissante nation du monde, peut proférer à peu près n’importe quelle insulte raciste ou sexiste – plus personne ne s’en étonne, voire ne s’en offusque.

Dans quel monde vit-on?

Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, a fait valoir que «les membres des groupes dominants n’ont tout simplement pas la légitimité pour décider ce qui constitue une microagression».

C’est vrai, je suis mal placé pour parler de racisme. Je suis blanc, je fais partie de la majorité. Mais il me semble quand même qu’à la base d’une insulte raciste, il doit y avoir une intention malveillante. Un mépris, une haine, une intention d’humilier, de rabaisser, de faire souffrir, de dominer, d’opprimer…

Rien de tout ça dans les propos de la prof de l’Université Ottawa.