Patrick Duquette
Malgré les ravages mortels causés par la COVID-19, des militants anti-vaccin n’ont pas changé d’opinion.
Malgré les ravages mortels causés par la COVID-19, des militants anti-vaccin n’ont pas changé d’opinion.

Le monde d’après

CHRONIQUE / Qu’est-ce qui va changer après ?

Quand la question a été posée dans la salle de rédaction du Droit (comprendre notre réunion virtuelle du matin), j’ai tout de suite pensé au mouvement anti-vaccin.

Ceux-là, me suis-je dit, ils vont changer de camp. Ils vont prier, comme tout le monde, pour qu’on fabrique au plus vite un vaccin contre la COVID-19.

Comment pourrait-il en être autrement ?

Des milliards de personnes vivent en confinement. L’économie mondiale est paralysée. Sans compter les morts qui s’empilent dans nos CHSLD. Le personnel est débordé, épuisé, malade. Certains crient au « génocide gériatrique ».

Sans vaccin, l’humanité est à la merci du premier virus mortel venu. Tout le monde devrait comprendre ça, non ?

Au début de la crise, un petit comique a créé un compte Twitter au nom de la COVID-19.

« Le SIDA, à côté de moi, c’est du jus d’ananas, rigolait le virus. La varicelle m’a appelé pour me féliciter. La rougeole veut avoir le numéro de mon organisateur communautaire. Où sont les anti-vaccins ? Je vais leur payer une petite visite. »

Où sont les anti-vaccins ?

Apparemment, au même point qu’avant.

Je lisais cette semaine les propos d’une actrice québécoise connue.

« On ne me vaccinera pas, c’est-tu assez clair, on ne me vaccinera pas ! », répétait-elle, invoquant son droit inaliénable de décider de ce qu’on peut lui inoculer ou pas. « My body, my choice », ajoutait-elle, comparant les enjeux de la vaccination à ceux de l’avortement.

Je n’essaierai même pas de lui faire comprendre que la vaccination est d’abord un geste de solidarité. Le contraire du moi, me, je. Un petit sacrifice personnel consenti dans l’intérêt du plus grand nombre.

C’est peine perdue.

Dans l’univers de cette actrice, les médias font partie d’un complot mondial impliquant les gouvernements, les scientifiques et les richissimes hommes d’affaires.

Qu’est-ce qui va changer après ?

Peut-être pas grand-chose, finalement.

***

C’est un point commun à toutes les crises.

On se lance dans de grands questionnements existentiels. On prend des résolutions. On se promet une vie meilleure, plus solidaire, plus sereine, plus près des valeurs essentielles. Loin de l’hyperconsommation et de notre train de vie étourdissant.

Ce n’est pas comme ça que ça se passe, notait le sociologue Gérard Bouchard à Radio-Canada.

Après le 11 septembre, rappelle-t-il, il y a eu George W. Bush, la guerre en Irak, la censure, un regain du militarisme. Après la parenthèse Obama, ce fut Donald Trump, la montée de l’extrême droite, du racisme, de la xénophobie…

Après l’obsession sécuritaire du 11 septembre, j’ai l’impression qu’on vivra l’obsession sanitaire.

Tiens, une dame de 72 ans m’a écrit après ma chronique « Les gros yeux ».

« Je vis dans une résidence luxueuse pour personnes âgées et, pourtant, je considère que je vis dans une prison », regrette-t-elle.

L’autre jour, elle a voulu sortir en voiture pour faire son épicerie. Mais le propriétaire avait barricadé le stationnement intérieur. Elle a insisté pour qu’on lui ouvre la porte. Le proprio n’a rien voulu savoir, insistant pour qu’elle fasse son épicerie en ligne.

« Je préfère choisir moi-même mes viandes, fruits et légumes, m’écrit-elle. Devant ma ténacité, le propriétaire m’a finalement informée qu’il ouvrirait la porte si j’insistais, mais que je ne pourrais remettre les pieds dans l’immeuble ! Je trouve qu’on pousse trop loin. »

C’est ça qui va changer.

Au lieu de djihadistes, c’est un petit virus, dix fois plus mortel que la grippe H1N1, qui décidera de notre espace de liberté individuelle.