La Croix-Rouge envoie des «cadeaux» dans des enveloppes de sollicitation. Cette pratique ne plait pas à tous, dont un lecteur du Droit qui a communiqué avec notre chroniqueur.

La paire de bas

CHRONIQUE / Ceux qui ont le «malheur» d’être généreux en donnant régulièrement à des organismes de charité savent de quoi il en retourne. Bien souvent, ils seront inondés de bidules et de cadeaux non sollicités par l’organisme en question.

C’est arrivé à un ami lecteur. Dans un élan de bonté, il a fait un don de 100 $ à la Croix-Rouge canadienne, le printemps dernier, alors que les inondations chassaient des milliers de Québécois de leurs foyers. Touché par le sort de ces sinistrés transis et trempés, mais aussi par l’excellent travail de la Croix-Rouge, il a voulu contribuer… sans rien attendre en retour.

D’où sa surprise de recevoir cette semaine une grosse enveloppe cartonnée de la Croix-Rouge remplie de papiers, d’étiquettes et d’une lettre signée par deux sinistrés. Deux paires de bas en complétaient le contenu. Oui, deux paires de bas bleus et blancs avec des motifs. «Ils symbolisent la chaleur et le réconfort que vous assurez aux sinistrés en appuyant la Croix-Rouge canadienne», explique-t-on dans la lettre de sollicitation.

Mon ami lecteur en fut tout déconcerté. Par quel prodige, se demande-t-il, un don destiné à des sinistrés lui vaut-il de recevoir des bas — réconfortants, certes, mais dont il ne sait fichtrement que faire?

Avant de téléphoner à la Croix-Rouge, j’ai appelé un de mes contacts. Il a travaillé pendant plusieurs années pour un organisme de bienfaisance de l’Outaouais.

«Chez nous, m’a-t-il expliqué, quand on sollicitait des dons, on se posait toujours la question à savoir si ce qu’on allait faire serait perçu comme du gaspillage. C’était une préoccupation constante. De manière générale, on essayait de faire les choses simplement. Si possible en économisant le papier», m’a-t-il expliqué.

Il n’est pas du tout convaincu que de faire des cadeaux incite les gens à donner. «Dans bien des cas, on obtient plutôt l’effet inverse, estime-t-il. Les gens refusent de donner parce qu’ils ont l’impression que leur don ne sera pas utilisé à bon escient.»

La tentation de crier au gaspillage est forte.

Pourtant, la Croix-Rouge canadienne a une réputation enviable dans le domaine de la bienfaisance. Pour chaque dollar de don reçu à la Croix-Rouge, 89 cents servent directement à financer la cause, selon l’ONG Charity Intelligence, qui analyse les résultats financiers des organismes de charité.

À la Croix-Rouge canadienne, on se dit conscient que les «cadeaux» inclus dans les enveloppes de sollicitation ne plaisent pas à tous. D’ailleurs, les donateurs qui ont un malaise avec cette façon de faire peuvent se retirer de la liste d’envoi et contribuer autrement.

Malgré tout, la Croix-Rouge continue de s’adonner à cette pratique en vigueur depuis 2011. Pourquoi des petits cadeaux? «Tout simplement parce que ça fonctionne», laisse tomber Carl Boisvert, porte-parole de l’organisme.

La Croix-Rouge canadienne a calculé que cadeaux et autres gadgets inclus dans les enveloppes de sollicitation valaient largement la dépense. «Notre équipe de marketing a fait des tests, poursuit M. Boisvert. On s’est rendu compte que, par rapport à un groupe témoin, le nombre de donateurs quadruplait lorsqu’on incluait des crayons promotionnels dans nos envois.»

Alors voilà, ami lecteur. Les gens prétendent qu’ils veulent que chaque dollar serve à la cause, qu’il faut éviter de payer pour des frais postaux ou encore pour des bidules inutiles.

La toute plate vérité, c’est peut-être qu’une majorité aime encore recevoir des petits cadeaux.